Radio Souverains

Alexandre Belliard

Je quitte ma cellule
Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
Je leur dis " à plus tard "

Je n' quitte pas Bordeaux
Du moins pas encore
je m’évade dans les mots
et la musique des noirs

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je te salue homme de foi,
Et je te plaide notre cause

Alexandre Belliard

Bienvenue parmi les
Souverains anonymes

Alexandre Belliard et les Souverains

Regardez l’émission
avec Alexandre Belliard

7 mars 2013

1h 35mn

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1- Bonjour Alexandre, je m’appelle Ben, nous sommes particulièrement contents de te recevoir à notre émission. Aujourd’hui, tu es un souverainiste chez les Souverains. Aujourd’hui, nous sommes réunis entre hommes pas pour se raconter des histoire, mais pour raconter l’histoire.. La raconter en parole et aussi en musique. Alexandre, avec ton album, légende d’un peuple, ton objectif est de rapprocher le québécois de son histoire pour apprendre la connaître, à l’assumer et pour en être fier. La fierté d’un peuple passe aussi par la connaissance de son histoire. Et l’histoire se transmet par toutes sortes de moyens. Nous avons apprécié ta façon de mettre en musique ces personnages comme Paul Chomedy. Je sais maintenant que Chomedy ce n’est pas juste un quartier et un Boulevard à Laval. Je sais que tu donnes beaucoup de spectacle en solo pour raconter la légende d’un peuple. Aujourd’hui, c’est à nous que tu raconteras cette légende.. Nous allons te raconter aussi la notre. Pour commencer raconte-nous d’abord ta légende personnelle, qui es-tu Alexandre Belliard..? Par quel bateau tu es arrivé de la Nouvelle France ? Es-tu passé par la Grosse île avant d’être accepté comme nouvel arrivant sur la terre d’Amérique..?

2- Bonjour Alexandre, je m’appelle Jean, j’ai écouté ton album « Légende d’un peuple » Tome deux. J’ai lu aussi le petit livre d’histoire qui l’accompagne. C’est un livre qui fait mal à lire parce qu’il nous rappelle à quel point nous avons été un peuple opprimé.. Et nous le sommes encore en quelque sorte. Mais, je suis particulièrement heureux de voir qu’il existe des artistes québécois, passionnés de poésie et d’histoire. L’histoire du Québec est particulièrement négligée dans nos écoles et dans nos médias et pourtant ne nous manquons pas d’historiens. L’histoire du peuple québécois est passionnante pour celui ou celle qui prend la peine de la découvrir. C’est l’histoire d’une longue résistance. Depuis quatre siècles, les québécois luttent pour la survie de leur culture, leur langue et aussi pour continuer à se distinguer du reste de l’Amérique du nord. Je suis content de parler histoire avec toi aujourd’hui. Je vais te raconter une petite histoire. Lorsque ma femme est entrée pour la première fois au Canada en arrivant de la France, elle a rencontré une douane canadienne qui lui a fait comprendre que les francophones du Canada étaient une minorité ethnique appelée, plus ou moins, à disparaître. C’est contre ce genre de traitement que les québécois luttent encore aujourd’hui. Mais le problème ne vient pas uniquement du Canada anglais. C’est peut-être à nous de sortir du complexe du colonisé en commençant par valoriser notre histoire et la faire connaître aux jeunes surtout. Un des facteurs qui cause un problème d’identité chez les jeunes aux Québec, c’est l’absence d’un sentiment d’appartenance à une histoire. Si je ne me trompe pas Alexandre, tu essayes d’inculquer la passion de l’histoire du Québec par la musique et la poésie, ma question : Est-ce que ça marche..?

3- Bonjour Alexandre, je m’appelle Christopher. Je viens de drumundville. Il y a un groupe rap québécois dont les membres sont nationalistes comme toi, en matière d’histoire, ils sont un modèle à suivre. Ils n’hésitent pas d’afficher leur appartenance souverainiste, je parle de Loco Locass.. En fait, je me demande si le rap pourrait aussi exalter l’histoire et la rendre plus accessible aux jeunes.. ?

4- Bonjour Alexandre, je m’appelle Romano. Je suis un italien du Québec. Je voudrais surtout te dire que j’ai apprécié ton album. Réalisé avec beaucoup de soin.. Tu aurais pu tomber dans le style floklorique pour parler de ces personnages historiques. Avec ta guitare et ton style folk, tu les a dépoussiéré. On a envie de les connaître plus.. Parmi ces hommes, il y a Gabriel Dumont, qualifié parmi les derniers hommes libres.. Veux-tu m’en parler un peu plus.. STP ?

5- Bonjour Alexandre, je m’appelle Snyder. Je suis d’origine haïtienne, mais je suis né au Québec. En préparant la rencontre, Mohamed m’a posé cette question. Entre l’histoire du Québec et l’histoire d’Haïti, laquelle je connais le plus et laquelle me donne un sentiment d’appartenance.. ? Après, une belle discussion, force est de constater que je connais beaucoup moins l’histoire du Québec que celle d’Haïti. Des personnages comme Jean-Jacques Dessalines ou Toussaint Louverture me sont plus proches que Jacques Cartier ou Louis-Joseph Papineau. J’ai même commencé à me sentir un peu coupable, d’ignorer l’histoire d’un pays où je suis né. Je me pose cette question que je te pose Alexandre, si le Québec était déjà un pays indépendant comme Haïti, qui est une république depuis 1804, est-ce que son histoire aurait fait l’objet autant et d’ignorance et d’indifférence..? Si je connais l’histoire d’Haïti c’est aussi parce que les haïtiens se sont battus pour se réapproprier leur histoire.. À ton avis Alexandre, à quel point les québécois sont prêts à battre pour se réapproprier leur histoire..?

6- Salut Alexandre, c’est encore Ben. Je suis le résultat de plusieurs cultures. Si je me sens un citoyen du Québec, c’est parce que j’ai les pieds bien ancrés d’abord dans ma culture marocaine, africaine. Depuis trente ans, je suis devenu canadien et québécois. Je suis même capable de dire sans accent « Va chercher le char chez Richard ».. Mais la culture que le destin a mis sur mon chemin, c’est la culture des Souverains anonymes. Depuis 2007, j’ai fréquenté cette culture à quelques reprises et chaque fois quand je suis au Souverains anonymes, c’est pour moi un voyage extraordinaire dans toutes les cultures. Ce programme me donne l’occasion de découvrir l’autre et de faire découvrir à l’autre ma propre culture. Aujourd’hui, c’est l’histoire du Québec que je rencontre incarnée par un jeune artiste nommé Alexandre Belliard. Je partage avec toi l’amour de la musique et l’amour de l’histoire. En tant que marocain, je suis aussi porteur d’une histoire où la colonisation à pris une place entre 1912 et 1956. Je voudrais en faire la démonstration avec une chanson très particulière qui raconte l’histoire d’un marocain à l’époque de la colonisation au Maroc. L’histoire d’un ouvrier qui a osé dire un jour « Bonjour Madame » à une dame appartenant à la classe dominante. Cette dernière s’est sentie insultée qu’un un ouvrier ose lui adresser la parole. Par fierté et orgueil, ce dernier n’a pas aimé l’attitude hautaine de la dame, alors il a fait ce qu’il devait faire dans les circonstances d’un colonisé et il s’est trouvé en prison pour une année et un jour : (Ben chante Ben Soussan).

7- Salut Alexandre, je m’appelle Ronald. Je suis un vieux Souverain. Je peux vous témoigner Alexandre qu’ici à Souverains anonymes, toutes les cultures passent par ici, nous acceptons même les gens de culture québécoise. Je plaisante, mais à propos de culture québécoise, j’ai de la misère à assumer à 100% mon appartenance au Québec. Peut-être parce qu’à l’âge de 19 ans, on m’a arraché à mon Haïti chérie alors que j’aurais aimé y rester au moins pour quelques années encore, le temps de construire mon identité sur des bases solides. Aujourd’hui, je suis le père de 4 enfants, tous nés au Québec. C’est donc par mes enfants que je vais assumer un jour mon appartenance à la culture et l’histoire du Québec. Je vais le faire lorsque je serais retourné en Haïti pour me connecter avec mes racines. Comme on dit, pour savoir où on va, il faut savoir d’où l’on vient. Je n’ignore pas que je viens d’Haïti, mais c’est mon corps qui réclame un retour à la terre patrie. Et toi Alexandre, aujourd’hui, tu chantes l’histoire du Québec, tu rappelles les grands personnages historiques. Tu exaltes l’héroïsme des anciens. Mais comme tu sais, l’histoire des uns s’inspire souvent de celles des autres. Entre le Québec et Haïti, c’est une histoire qui se tisse au fil des années.. Il manque cependant parfois un peu de curiosité des uns envers les autres.. Peut-être que la musique peut remédier à ça. Alors, quand est-ce que tu vas chanter l’histoire du Québec en créole..?

8- Bonjour Alexandre, je m’appelle Pierre-Louis. Dans ton album, il y a deux collaborateurs qui ont déjà été à notre émission. Le réalisateur de l’album Hogo Perreault est déjà venu avec le groupe Okoumé en 1997. Et Richard Séguin qui est venu plusieurs fois à notre émission. Il a même participé à la réalisation de notre album « Libre à vous ». Si tu as remarqué, la seule affiche exposée dans notre studio est celle de Richard Séguin.. Il y a même un petit mot de lui qu’il avait écrit suite à son premier passage en 1994. C’est Richard Séguin qui a rédigé la préface de ton livre. Mais à part Richard Séguin, te sens-tu supporté par les médias et par d’autres artistes pour raconter ta légende d’un peuple..?

9- Bonjour Alexandre, je m’appelle Daniel. Il y a un personnage historique qui ne figure pas dans ton album, il s’appelle Mathieu Da Costa. Ce nom doit te dire sûrement quelque chose, il paraît que c’est le premier noir du Québec. Il serait arrivé vers 1604. Plus tard il deviendra l’interprète de Samuel de Champlain auprès des iroquois. L’histoire ne dit pas si Da Costa a eu une descendance. Nous savons par ailleurs que Samuel de Champlain a marié Hélène Boullé issue d’une riche famille française. Elle avait à peine 12 ans. Samuel lui, avait plus de 40 ans. À l’époque c’était l’équivalent d’un vieillard. Mais le viagra n’existait pas encore. Dans ce contexte, on peut imaginer Da Costa remplir d’autre rôle. Mais cela reste de l’imagination. Quand l’histoire ne raconte pas toute l’histoire, l’imagination a tendance à prendre la relève. Dans ton album Légende d’un peuple, est-ce qu’il y a une place à l’imagination.. ?

10- Salut Alexandre, je m’appelle Guido. Je suis mexicain devenu canadien et québécois. J’ai vécu durant des années dans l’ouest du Canada avec les Cow-boy de l’Alberta. Si je porte sur moi cette casquette avec une fleur de lys, c’est parce que je revendique mon appartenance à la culture et à l’histoire du Québec. Je ne me suis jamais senti étranger au Québec. Mais je t’avoue que si j’ai quitté le Mexique, le Mexique ne m’a jamais quitté. Je vais sûrement y retourner un jour. Je ne peux pas te dire que je connais très bien l’histoire du Québec, mais je connais bien l’histoire actuelle depuis octobre 70 et tous les mouvements sociaux qui ont rendu le Québec moderne. Je suis très attaché au Québec, c’est mon deuxième pays après le Mexique. J’espère de tout cœur que les québécois vont combattre leur peur de l’avenir en prenant pleinement connaissance de leur passé.. D’ailleurs, je me promets après l’écoute de ton album « Légende d’un peuple » d’approfondir mes connaissances de tous ces personnages historiques que tu nous fais connaître en musique. Question : De tous ces personnages historiques du Québec, lequel qui t’inspire le plus de confiance dans l’avenir du Québec..?

11- Rebonjour Alexandre, c’est encore Jean. Avant de passer à la musique, j’aimerais te faire part d’une petite réflexion. Comme on dit souvent, il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où on va. J’ai l’impression que le Québec est dans cette situation là. Beaucoup de québécois n’ont pas une grande conscience de leur histoire. Ils ne savent pas tout à fait d’où ils viennent, c’est peut-être pour ça qu’ils ont de la misère à se fixer un objectif claire quand à leur avenir. Je me demande d’ailleurs à qui profite cette mauvaise connaissance de l’histoire du Québec..? À ton avis Alexandre..?

12- Alexandre Bélliard, c’est le moment tant attendu pour passer de la parole à la musique. Nous allons célébrer l’histoire du Québec.. À toi de jouer et à nous de t’applaudir.. ?

13- Alexandre Bélliard. Dans sa rencontre avec les Souverains anonymes, il y a20 ans, le grand poète Gaston Miron a répété cette phrase Saint John Perse: « Les peuples sans Histoire sont condamnés à mourir de froid ». Avec ton album Légende d’un peuple, tu apportes un peu de chaleur à une mémoire collective pas toujours en bonne forme. Je souhaite un grand succès à ta mission. J’espère que par ta musique certains noms de notre histoire québécoise retrouveront leur place dans la mémoire de tous.. Je te souhaite bonheur et succès. Peut-être que ce n’est pas le dernière fois que tu passes chez les Souverains. Au nom de tous mes camardes, je te déclare Alexandre Belliard. Souverain anonyme.


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©M.L 2010