Jeudi 20 avril 2000

Audrey Benoit

"La façon dont on nomme les choses, modifie les choses que l'on nomme... Sylvie"

Je quitte ma cellule
Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
Je leur dis " à plus tard "

Je n' quitte pas Bordeaux
du moins pas encore
je m'évade dans les mots
et la musique des noirs

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je te salue femme de jeu et de mots
Et je te plaide notre cause

Audrey Benoit
Bienvenue parmi les
Souverains anonymes

1- Bonjour Audrey, c'est la troisième fois que tu viens rencontrer les Souverains de Bordeaux. En cette journée mondiale du livre, tu nous arrive avec ton premier Roman " Sylvie ". C'est l'occasion pour nous de parler avec toi de l'écriture, de la lecture. Juste avant de commencer à parler de livre, parlons un peu de toi. Tu es ex mannequin, comédienne et écrivaine.. Quand tu es venue la dernière fois à Souverains anonymes, tu venais de quitter l'univers de la mode.. Aujourd'hui, es-tu contente toujours de l'avoir quitté.. Tu ne t'ennuies pas des beaux photographes..? Qu'est-ce que tu as gagné en choisissant des métiers moins payants..?

2- Salut Audrey, ceux parmi nous qui ont lu ton livre ne sont pas ici parce qu'ils ont été libérés ou empêchés par d'autres activités. Mais Mohamed Nous a lu des extraits de ton roman " Sylvie ". Nous savons qu'il s'agit d'une jeune femme de 25 ans qui se met à nu dans son journal pour mieux se découvrir. Qu'est-ce qu'un lecteur devrait retenir d'essentiel de ton roman à part que " Sylvie " ne croit pas à l'amour, ne croit pas à la vie, ne croit pas à grand chose..?

3- Salut Audrey. D'après les extraits que Mohamed nous a lu de ton roman, on comprend que Sylvie souffre d'un manque d'amour de son père, d'un manque de complicité avec sa mère.. Mais on dirait que toute cette souffrance lui donne plus de lucidité. Crois-tu que la souffrance donne plus de lucidité..?

4- Salut Audrey. Vers la fin de son journal, Sylvie écrit cette phrase qui me touche : " Je ne veux pas vivre mais je veux gagner contre la vie ". Personnelement, j'ai commencé à gagner contre la vie quand J'ai appris à ne pas faire vivre aux autres ce que je vis. Plusieurs fois j'ai pensé au suicide moi aussi. Mais parce que je suis croyant cela m'a sauvé. Le problème de Sylvie ne serait-il pas celui de ne pas être croyante..?

5- Salut Audrey. À propos de suicide, il y a six ans, tu avais écris dans un article au sujet du référundum que si les québécois se disait encore non, le taux de suicide va augmenter. C'est vrai que le Québec est champion dans le taux de suicide.
Mais depuis que les québécois ont dit non à la souveraineté, le suicide n'a ni baissé ni augmenter.. Je veux savoir si 5 ans après le référundum tu penses toujours qu'au Québec le suicide, le racisme vont augmenter..?

6- Salut Audrey. On sait que tu es souverainiste et tu milites pour la souveraineté du Québec. La question de l'identité du québécois te préocuppe. Si ton personnage Sylvie vivait dans un Québec Souverain, est-ce qu'elle aurait moins de questions existentielles à se poser. Autrement dit, est-ce que l'identité individuelle est étroitement liée à l'identité collective..

7- Salut Audrey. Moi personnelement, je n'ai jamais pensé au suicide parce que je me dis que le bon Dieu ne m'a pas donné un talent pour rien. Je sens que j'ai quelque chose à donner. C'est un bonheur pour moi, surtout ici à Bordeaux et à SA de donner ma musique, mes chansons et ma voix aux autres. Est-ce qu'on peut dire que ton personnage Sylvie se serait suicidé si elle n'avait un journal à écrire.. ?

8- Salut Audrey. Ton roman fini avec cette phrase de Sylvie qui s'adresse à son journal : " Je vais arrêter de t'écrire. Je n'ai plus rien à te dire " Quand on n'a plus rien a écrire dans un journal, est ce que ça veut dire qu'on a compris ce qu'il y a à comprendre et qu'on ne souffre plus..?

9- Salut Audrey. Nous sommes dans la journée internationale du Livre. À Bordeaux, nous avons une bibliothèque pleine de livres et nous recevons annuellement de l'association des éditeurs du Québec deux boites de livres.. Lire ou écrire un livre en prison c'est une belle évasion. Malheureusement, tout le monde ne sait pas l'utiliser.. Pour toi Audrey, entre la lecture et l'écriture laquelle est la plus importante pour toi..?

10- Salut Audrey. Après avoir écrit le dernier mot de son journal, Sylvie a dû se sentir mieux dans sa peau. Est-ce que Audrey s'est senti aussi bien.. ?
- Qu'est ce que cela t'a donné d'écrire le journal d'une autre?..
- Est-ce que ton roman aurait pu simplement s'intituler Audrey?
- Pourquoi passer par un personnage pour parler de soi..?
Parmi les phrases de ton roman, il y a une qui me frappe particulièrement.
" La façon dont on nomme les choses modifie les choses que l'on nomme "
Si ton roman s'apellait Audrey au lieu de Sylvie, Est-ce qu'il serait différent..?

11- Salut Audrey, je m'appelle Marcel. Parfois le hasard fait bien les choses en prison. Dans mon cas, il a fallu que je vienne souvent en dedans pour finalement rencontrer l'homme qui m'a donné des nouvelles de mes enfants. Mes enfants qui pensaient que j'étais mort. Mes enfants que je n'ai pas vu depuis 11 ans. L'histoire est longue à raconter. Mais le plus important à dire c'est que je ne me reconnais plus depuis ma rencontre avec cet homme. Il y a quelques semaines encore j'avais des plans et des projets criminels. Aujourd'hui, mes projets c'est de retrouver mes enfants, de ratrapper le temps perdu et peut-être raconter mon histoire dans un livre. J'ai une vie à écrire, mais je ne suis pas écrivain. Je ne connais pas d'écrivains. Si Sylvie n'étais pas un personnage de roman, je lui aurais proposé le projet d'écrire ma vie et surtout mon histoire avec mes enfants. Audrey, tu connais ton personnage mieux que moi. Penses-tu que Sylvie aurais accepté mon projet.. Arrêter de parler d'elle et de commencer à parler d'un autre. " MOI MARCEL ", un beau titre d'une biographie…?

12- Audrey Benoit, en préparant cette rencontre, Mohamed nous a lu une lettre signée le 6 decembre 1994. Une lettre que tu as envoyée aux Souverains anonymes après ta première rencontre avec eux. Cette lettre nous a beaucoup touché parce qu'elle dit beaucoup sur nous, sur toi et sur l'importance d'aimer vivre. Avant de nous quitter, j'aimerais me faire plaisir en te lisant cette lettre qui apparaîtra certainement un jour dans un livre.

13- Marco est un auteur-compositeur-intérprete et un Souverain, il a préparé pour toi un petit programme musical avec ses chansons dont une est écrite par Luc Markov dédié à notre ami Jean-Pierre Lizotte.

13- Audrey Benoit, Merci de nous rendre visite pour la troisième fois. Ce n'est peut-être pas la dernière fois. Au nom de tous mes camarades, je te déclare Souveraine anonyme.


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©M.L. 2000