Jeudi 11 septembre 2008

Don Bosco

Centre de formation à Brest, France.


La rue a été utile à ma vie, parce que j’ai su en sortir au bon moment
SA


Première heure


Deuxième heure

partie 1 - 27.50' - partite 2 - 27.04'



Je quitte ma cellule
Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
Je leur dis " à plus tard "

Je n'quitte pas Bordeaux
du moins pas encore
je m’évade dans les mots
et la musique des noirs

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je vous salue brave gens
Et je vous plaide notre cause

Valérie KERVRAN, Jérémy DUGAY,
Abdoulaye Badiane, Véronique Gani

Bienvenue pour la deuxième fois parmi les
Souverains anonymes





1- Bonjour Valérie, Jérémy, Véronique et Abdoulaye. Bonjour La France, Bonjour la Bretagne. Bienvenue à Montréal. Ici vous êtes dans un château qu’on appelle Bordeaux et nous sommes les Souverains du château. Nous communiquons avec le monde par la magie de la radio. Moi et mes amis Souverains nous sommes très heureux de vous recevoir à notre émission radio. En préparant cette rencontre spéciale, nous avons appris que vous Véronique et Aboulay, vous êtes deux éducateurs spécialisés au Centre de formation Don Bosco qui se trouve à Brest en Bretagne. Vous travaillez auprès des jeunes qui ont décroché de l’école. Vous les aidez à reprendre goût à l’école et à la vie. Valérie, Cynthia et Jérémy, vous êtes trois jeunes bretons qui ont repris le chemin de l’école après l’avoir quitté un certain temps. Si je me trompe pas, parmi ceux et celles qui fréquentent le Centre de formation Don Bosco, y’en a beaucoup qui ont connu l’expérience de la rue. D’ailleurs, ce qui fait l’intérêt de notre rencontre aujourd’hui, c’est le fait que nous ayons tous en commun d’avoir vécu l’expérience de la rue. Parmi nous aussi, certains essayent de reprendre le chemin de l’école. Moi-même, c’est la première fois que je profite de mon passage en prison pour retourner à l’école. Il y’a dans cette prison, un grand Centre de formation où j’ai pu terminer quelques cours en français et en mathématique et je vous avoue Pque j’en suis vraiment fier. Pour moi et pour beaucoup parmi nous, la rue nous a donné ce que l’école ne peut pas nous donner. Mais il faut reconnaître que la rue ne pourra jamais nous donner ce que l’école peut nous donner. En préparant cette rencontre, nous avons beaucoup parlé de la rue, de l’école et de la vie, c’est pourquoi Mohamed nous a proposé une question à laquelle je vous invite à répondre selon vos expériences : À quel point l’école peut contribuer à faire de nos leçons de rue, des leçons de vie..? Pour répondre à cette question, nous avons préparé des témoignages. Mais avant d’changer nos témoignages, nous aimerions vous entendre d’abord nous parler un peu de votre Centre de formation Don Bosco. Quelle est sa mission auprès des jeunes..?

2- Bonjour Valérie, Jérémy, Véronique et Abdoulaye. Je m’appelle Ben, moi avant de connaître la rue, j’ai connu l’école. Du primaire jusqu’à l’université, l’école a été une campagne de vie. La rue n’avait jamais été prévue dans mon plan de carrière si je peux dire.. Des circonstances de la vie m’on amené dans la rue et je reconnais que c’est la rue qui m’a amené en prison, mais je dois reconnaître aussi que si je n’avais pas bien connu l’école, j’aurais pu tomber dans certains pièges de la rue qui m’auraient amené peut-être six pieds sous terre. Je suis très heureux d’avoir connu l’école avant de connaître la rue.. Et je ne cesserai jamais de conseiller à mes frères de reprendre le chemin de l’école. Comme dirait Lenorman, le chemin de l’école, c’est le chemin de la vie… Ma question s’adresse à Valérie et Jérémy. En reprenant le chemin de l’école dans le cadre du Centre de formation, avez-vous l’impression que c’est le chemin de la vie que vous reprenez..?

3- Bonjour Valérie, Jérémy, Véronique et Abdoulaye je m’appelle Richard, j’aimerais vous dire d’abord que je suis content de rencontrer des personnes qui viennent de la France. Un pays que j’aimerais un jour visiter. Mes ancêtres viennent de là. Moi mon expérience avec la rue est un peu particulière. La même rue qui m’a amené dans les banc d’école, plus tard, elle m’a amené sur les bancs des bars.. C’est dans les bars que j’ai appris certaines choses de la vie.. Le meilleur, mais surtout le pire :

4- Bonjour Valérie, Jérémy, Véronique et Abdoulaye je m’appelle Rollo, au moment où on se parle, il y’a plusieurs détenus de cet Établissement qui sont en train de suivre différents cours dans un Centre de formation scolaire où on retrouve aussi une grande bibliothèque, des cours de musique et de poterie. Comme je disais au début, c’est grâce à ce Centre de formation que j’ai repris le chemin de l’école. J’ai l’intention après ma sortie de prison d’aller voir les policiers qui m’ont arrêté pour leur monter mon diplôme. Je vais leur dire. ‘’Vous vouliez m’envoyer en prison. Votre prison, j’en ai fais une école’’. Il appartient à chaque détenu de faire de la prison ce qu’il veut, une école du crime ou une école de la vie. Le Centre de formation de Bordeaux et tous ses professeurs méritent mon grand respect. J’aimerais maintenant demander à Valérie, à Cynthia et à Jérémy si vous êtes aussi reconnaissant à votre Centre de formation Don bosco à Brest que moi je le suis pour le Centre de formation de l’Établissement de Détention de Montréal..?

5- Bonjour Valérie, Jérémy, Véronique et Abdoulaye je m’appelle Maurice. Dans mon cas, jpeux dire que la rue m’a tout donné. Je n’arrive pas à voir dans mon expérience de la rue quelque chose de vraiment négatif. Si je ne suis pas tombé dans certains pièges de la rue, peut-être parce que j’avais un bagage d’éducation reçu de ma famille. La rue ne m’a jamais fait oublier la notion du bien et du mal. Même si parfois la rue peut être très dure, je n’ai jamais perdu mon sens de l’honneur et de la politesse. Et pour tout vous dire, il n’est pas impossible que je retourne à l’école. Je suis déjà des cours au Centre de formation de Bordeaux. Si la rue a été une école de vie, l’école sera une école de vie aussi.. Et moi aussi je ferai tout pour que mes enfants aillent à l’école. Je veux que l’école soit plus importante dans leur vie qu’elle ne l’a été dans la mienne. Parce que je ne confonds pas leur vie avec la mienne. Et ça aussi, je l’ai appris dans la rue.. Merci.

6- Bonjour Valérie, Jérémy, Véronique et Abdoulaye je m’appelle Saad, il y’a deux ans, nous avons reçu à notre émission un homme de chez vous que vous connaissez peut-être. Il s’appelle Samuel Allo, il est breton comme vous. Ce qui fait l’originalité de cet homme, c’est sa façon d’utiliser la rue. Samuel Allo a marché dans des milliers de rues pour faire le tour du monde. Le soir, il frappait sur les portes pour demander l’hospitalité et en échange, il racontait des histoires aux gens qui lui offraient le gite.. C’est comme ça d’ailleurs qu’il est arrivé jusqu’à nous, en frappant simplement sur la porte de notre château. Pour moi personnellement, l’expérience de Samuel Allo est inspirante. Utiliser la rue pour voyager c’est une autre façon de vivre la rue. Qui sait ? Un jour peut-être, je me trouverai dans le nord de la France. En passant que pouvez-vous me dire sur les rues de votre pays pour m’attirez chez-vous..?

7- Bonjour Valérie, Jérémy, Véronique et Abdoulaye. Je m’appelle Amadou, vous pouvez m’appeler Ti-guidou. Moi aussi j’ai bien connu la rue. Et dans mon cas, je peux dire que ce n’est pas la rue qui m’a marqué, c’est moi qui a marqué la rue. Un jour, une rue de Montréal portera mon nom. La rue St-Catherine deviendra un jour la Rue Tiguidou.. Si je peux parler sérieusement, je crois que la rue m’a donné ce qu’elle avait à me donner. C’est le temps pour moi de la quitter pour revenir à l’école. J’ai quand-même laissé une grande école de Montréal qui s’appelle Polytechnique. J’aurais pu devenir aujourd’hui un grand ingénieur, mais j’avais probablement d’autres choses à vivre avant de revenir à L’école. Mais à ma sortie de Bordeaux, ce n’est pas à Polytechnique que je vais retourner. Je vais choisir quelque chose de plus simple et moins ambitieux mais qui va me permettre de gagner ma vie honnêtement. Et je vous le souhaite à vous aussi Valérie et Jérémy.

8- Bonjour Valérie, Jérémy, Véronique et Abdoulaye je m’appelle Mario. J’ai moi aussi une longue expérience de la rue.. Elle a été utile à ma vie, parce que j’ai su sortir de la rue au bon moment. En tant que jeune noir qui a quitté son pays natal très jeune, la rue m’a permis de me faire une identité. La rue est devenu mon pays. C’est dans la rue que je me suis fait une personnalité. J’ai appris à me défendre de certain racisme. J’ai appris à faire des mauvais coups pour me valoriser devant les copains. Et quand les choses ont commencé à déraper, j’ai commencé à prendre mes distances avec la rue. Malheureusement, ce n’est pas le cas de tous mes frères. Moi aussi, j’ai pris le chemin de l’école et quand j’ai eu des enfants.. Plus que jamais l’école est devenue à mes yeux plus importante que la rue..

9- Bonjour Valérie, Jérémy, Véronique et Abdoulaye je m’appelle Kleeford, je vous annonce Messieux Dames que demain, je serais un homme libre. Vous êtes mon cadeau de départ et je vous remercie d’être venu de la France jusqu’à Montréal pour célébrer ma libération qui aura lieu demain matin à 9h. Puisque nous parlons de la rue, pour moi demain la rue, ça sera celle qui va me conduire tout droit vers chez-moi. Vers mes deux enfants et ma femme. Je vais prendre le boulevard Gouin vers l’est, je tourne vers le Boulevard Henri Bourrassa. Arrivé à St-Michel, je vais tourner à droite jusqu’à la rue qui m’amènera chez-nous. Une fois dans ma famille, je crois que je vais rester quelques jours avant de sortir de nouveau dans la rue. En fait, j’ai l’attention de prendre toute les directions sauf celle qui me ramènera en prison.. Et s’il faut aller à l’école pour éviter la prison, Et ben j’airais à l’école.. Merci encore une fois d’être venu de la France pour me porter chance..

10- Bonjour Valérie, Jérémy, Véronique et Abdoulaye, je m’appelle Taille. Dans mon cas j’ai quitté l’école pour la rue et la rue m’a amené au Casino et le Casino m’a amené en prison. En préparant l’émission, j’ai appris qu’ils existent des jeunes ici et en France qui reviennent à l’école après avoir passé des années dans la rue. Franchement, je trouve ça très courageux. Moi, ma scolarité s’est arrêté au secondaire cinq. Je me vois mal, à mon âge dans une classe d’école. Mais je suis en même temps admiratif de gens comme toi Jérémy, toi Valérie et toi Cynthia parce que j’aimerais bien suivre votre exemple. J’ai une jeune fille de 5 ans. Bientôt elle commencera l’école. J’aimerais être un bon model pour elle. On ne sait jamais, Peut-être que je retournerai à l’école en même temps que ma file.. Merci.

11- Valérie, Jérémy, Véronique et Abdoulaye. Bientôt, vous serez de retour en France. Vous allez j’imagine poursuivre vos études, obtenir des diplômes et trouver un travail et surtout retrouver cette valeur que nous cherchons tous à garder, la dignité. En tout cas, je vous le souhaite et je le souhaite à nous tous. Au nom de tous mes camarades, Valérie, Jérémy, Véronique et Abdoulaye je vous déclare tous Souverains anonymes.






Ont participé musicalement à la réalisation de cette émission,
Les Souverains : Ben, Rollo, Klleford, François et Richard





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©M.L. 2008