Radio Souverains

Houda Lamqadam et Missila Izza

Je quittes ma cellule
Je traverses les couloirs
Je salues mes amis
je leur dis "à plus tard"

Je n'quitte pas Bordeaux
Du moins pas encore
Je m’évade dans les mots
et la musique des noirs

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je vous salue femmes debout
Et je vous plaide notre cause

Houda et Missila

Bienvenue parmi les
Souverains anonymes

Houda et Missila.

écoutez l’émission
avec Houda et Missila sans téléchargement

13 septemnbre 2012

Première partie 57mn 15'

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1- Salut Houda et Missila, je m’appelle Jimmy. Nous sommes particulièrement contents de vous recevoir à notre émission. Houda, tu es à ta troisième visite à notre émission. La première fois c’était pour parler du printemps arabe. Cette fois c’est pour parler du printemps érable. Toutes les deux, vous avez appuyé le mouvement étudiant contre la hausse des frais de scolarité. Vous êtes Houda êtes deux étudiantes au CEGEP. Vous avez été en première ligne des manifestations. Trois rapeurs montréalais, Dramatik et K-Rim et Dame de pique, ont un rap qui s’appelle Debout pour appuyer Québec solidaire aux dernières élections.
Dans ce rap, on retrouve l’esprit et l’ambiance du printemps érable. Dans ce rap, on appelle les citoyens à être debout et à rester solidaires. À partir du thème de votre rap, nous les Souverains, nous avons préparé des témoignages personnels. Mais avant de vous confier de quelle façon, nous essayons de rester debout malgré les difficultés, malgré les murs et contre vents et marées, je vais vous poser une question importante, prenez votre temps pour y répondre.
Le 4 septembre dernier, 71% des québécois, en âge de voter, sont allés voter pour choisir une nouvelle Assemblée Nationale. À votre avis, à la lumière des résultats des élections que vous connaissez et suite au printemps érable qui a interpellé tout le Québec, est-ce qu’on peut dire que les québécois se sont mit debout ce 4 septembre 2012.. ?

2- Vous savez, à mon âge, rester debout ce n'est pas une chose toujours facile. Je suis atteint de certaines maladies qui m'empêchent parfois de rester debout. Qui m'empêchent parfois de marcher. Lorsque physiquement vous avez de la difficulté à rester debout, cela vous atteint moralement, c'est un peu mon cas.. Mais, je crois que toute ma vie j'ai été debout. En tant qu'exilé, j'ai dû faire face à toutes sortes de difficultés et je crois avoir tenu le coup. Ma façon à moi de tenir le coup c'est de rester positif quoi qu'il arrive. De garder le sourire et de ne jamais se priver de rire de tout ce qui fait rire. Quand on me dit ‘’Merci Vainqueur’’ Je réponds ‘’C’est de bon cœur’’. Mais je vous avoue que lorsque je suivais la grève des étudiants, je n'avais pas toujours envie de rire. Lorsque j'ai appris qu'un manifestant avait perdu un œil à cause de la brutalité policière, je n'ai pas rit. Je suis contre la violence qu'elle vienne de qui que ce soit. Je crois que la violence est l'apanage des faibles. Malgré ma maladie, je crois que mes enfants sont fiers de leur père. Ils garderont de moi le modèle d'un homme fort. Je ne me suis jamais apitoyé sur mon sort.. Je suis fier, de mes actions, de mon histoire, de mes origines.. Bravo les jeunes! Continuez à rester debout. Dites-moi Houda et Missila, qu’est-ce que vous avez le plus aimé le plus aimé dans la lutte des étudiants.. ?

3- Salut Houda et Missila, je m’appelle Alla. Comme vous je suis maghrébin, et comme vous je suis enfant d’immigrants. Dans la chanson Debout Karim termine par ces mots : C’est à notre tour, la troisième solitude. J’ai compris qu’il fais allusion à la solitude des immigrants.. Ceux qui subissent toutes sortes de discriminations. Je suis d’accord avec lui. Mais à votre avis, rester debout, ce n’est pas une façon de lutter contre ces discriminations ? Si oui, quelle est la meilleure façon pour un immigrant de lutter pour faire sa place dans la société d’accueil ?

4- Salut Houda et Missila, je m’appelle Kevin, je suis debout parce que j’aime ce que je fais et ce que je fais ce sont des œuvres artistiques. Des dessins, des guitares, des chansons, des poèmes. J’aurais pu me dire que la prison ne m’inspire pas. Que d’être privé de liberté ne m’aide pas à créer. Que certaines conditions de vie dans mon secteur ne me donnent aucun goût à l’expression. Or, je ne sais pas pourquoi, mais malgré toutes ces conditions je me sens particulièrement stimulé dans ma créativité. Je crois que d’être avec mes amis Souverains et les entendre exprimer leur vécu et leurs créations, me donne envie de me dépasser dans ma propre création. J’ai fabriqué de mes mains je ne sais à combien de guitares. Juste avec du carton. Actuellement, je travaille sur un grand dessin pour souligner le 100 me anniversaire de la prison de Bordeaux (1912 – 2012). Rester debout pour moi, c’est aussi de savoir qu’à ma sortie de Bordeaux, il y’a des êtres chers à mon cœur qui m’attendent. Ce sont eux qui me permettent, par leur amour inconditionnel de rester debout dans mes valeurs, rester debout dans mes rêves, rester debout jusqu’au bout.. J’ai envie de m’adresser aux deux jeunes étudiantes du CEGEP. Avec des milliers d’autres jeunes québécois, vous avez fait preuve d’un courage et d’une persévérance qui a suscité l’admiration de beaucoup de milliers de citoyens.. Ça fait longtemps que ça n’est pas arrivé.. Comment expliquez-vous que les jeunes soient soudainement réveillés pour nous réveiller.. ?

5- Salut Houda et Missila, je m’appelle Jean-Philippe. Pour moi être debout, ça veut dire beaucoup de choses. Debout pour moi, c’est d’abord être debout contre l’autorité. Chaque fois que l’autorité veut abuser de son autorité avec moi, je deviens arrogant, je deviens méchant et finalement, c’est toujours moi qui en paye le prix. En voulant me battre contre l’autorité, je finis par tomber entre ses mains. Je me trouve en dedans. Le profilage racial existe. Je ne suis pas le seul noir à en être victime. Personne ne peut nier que notre société est malade de racisme.. Toute la question qui se pose pour moi aujourd’hui, c’est comment je peux rester debout devant l’autorité sans en payer le prix.. ? Autrement dit, comment ne pas devenir agressif devant l’agressivité de l’autorité.. ? J’essaye de m’inspirer de grands modèles à suivre. Des Maka Koto, des Dany Laferrière, des Boule noire et même de Nelson Mandela. De grands hommes qui ont su être debout et réaliser de grandes choses. Au cours du printemps érable, beaucoup d’étudiants ont goûté aux matraques de la police. Plusieurs arrestations ont eu lieu.. Y’en a même un qui a perdu un œil. À votre avis, la police a t-elle fait son travail ou t-elle a abusé de son autorité en mélangeant les manifestants pacifiques et les manifestants agressifs..?

6- Salut K-Rim, Dramatik, Houda et Missila, je m’appelle Fabrice. Pour moi être debout a un sens particulier. J’ai été en Haïti quand la terre a tremblé. J’ai vu des maisons tombé et d’autres sont restées debout. J’ai vu des personnes tombées et d’autres restées debout. Je me suis vu moi-même resté debout alors que d’autres pas loin de moi sont tombés. Rester debout, c’est aussi parfois une question de chance. Quand on survit à un tremblement comme celui dont j’ai été témoin, on a envie de rester plus que jamais debout. On apprécie chaque jour de la vie comme un cadeau du ciel. Je veux vivre pleinement ma vie, j’ai des projets, retourner à l’école, terminer mon secondaire 5, trouver un travail et surtout ne jamais oublier d’aller voter, chose que je n’ai jamais fais encore.

7- Salut Houda et Missila, je m’appelle Anson. Une des façons d’être debout, c’est d’être bien dans sa peau. Et pour être bien dans sa peau, il faut être bien dans son identité.. En tant qu’enfant d’immigrant, la question de l’identité s’impose. Entre la culture des parents et celle du pays d’accueil, un enfant d’immigrant se trouve souvent déchiré entre deux cultures.. Celle des parents veut qu’il se sente complètement marocain, complètement haîtien ou complètement algérien.. et Celle du pays d’accueil veut qu’il se sente d’abord et avant tout québécois. Beaucoup d’enfant d’immigrants ne se sentent pas d’abord et avant tout québécois, même s’ils sont nés ici, même s’ils parlent québécois et parfois même s’ils ont eux-mêmes des enfants québécois.. Cette difficulté de ne pas se sentir québécois alors qu’on a vécu toute sa vie au Québec crée des problèmes d’identité.. Vous quatre, vous êtes tous des enfants d’immigrants.. À votre avis, est-ce qu’on peut être debout si on sait pas d’abord qui on est.. ?

8- Salut Houda et Missila, , je m'appelle Allan. Moi, je voulais juste vous dire que la façon d'être debout dépend de la façon de marcher. En quittant Bordeaux, j’ai le choix de marcher à droite ou de marcher à gauche. Je crois que je suis rendu à un point ou je dois marcher ni à droite ni à gauche, mais marcher droit devant moi.. Surtout pas reculer.. Parce que le chant des sirènes m’invitera, je le sais à marcher dans toute sortes de directions, sauf celle qui fera vraiment mon bonheur.. Mon bonheur est de marcher tout droit jusqu’à ma fille. C’est elle qui me fait supporter ma sentence, c’est elle qui me donne de l’espoir, c’est ma petite lumière au bout du tunnel.. MERCI !

9- Salut Houda et Missila, je m'appelle Guillaume, en préparant cette rencontre, j'ai fait un témoignage que je n'aurais jamais fais devant tout le monde. Un témoignage très personnel que j'aurais fait devant un psy. En fait, je me suis confié à mes amis Souverains comme on se confie à des amis très proche.. La peur d'être jugé m'a souvent empêché d’exprimer des choses importantes de ma vie. On n’est jamais sûr à qui on parle. La semaine dernière, j'ai reçu de mes amis Souverains un soutien moral dont j'avais vraiment besoin. Et j'en profite pour les remercier.. Depuis quelque temps la prison est devenu un enfer pour moi. Et pourtant, ce n'est pas la première fois que je fais du temps. En une semaine, j'ai appris que ma grand-mère a fait une crise cardiaque et comme si c'était pas assez, j'ai appris que ma mère a eu le cancer.. Le plus dur, c'est de se sentir complètement impuissant. Le plus dur c'est de me sentir coupable en pensant que tous ces malheurs sont arrivés à cause de moi. Parce qu'à cause de moi et de mes actions ma mère a beaucoup souffert, elle a beaucoup stressé.. Peut-être que son cancer n'a rien avoir avec moi, mais peut-être que oui. De toute façon, j'aurais aimé être à côté de ma mère, j'aurais aimé pour une fois que ce soit moi qui soit debout pour elle. Parce que elle, elle a toujours été debout pour moi. C'est la première fois qu'il m'arrive de remettre sérieusement en question mon mode de vie. J'espère que ma mère me verra bientôt comme elle a toujours voulu me voir, c'est à dire debout! Merci d'être debout à vote manière et Merci d'avoir écouté mon témoignage.

10- Salut Houda et Missila, je m’appelle Norddine. Moi je n’ai pas grand-chose à dire sur moi, je veux juste exprimer mon admiration devant le courage de mon ami Guillaume qui a partagé sa douleur avec nous. C’est ça que j’appelle être debout, c’est quand tu oses partager avec tes amis pas seulement tes joies, mais aussi tes peines. C’est encore moins évident en prison de partager sa peine. Heureusement que Souverains anonymes est là pour nous permettre de le faire sans avoir peur d’être jugé.. Alors, je dis à nos chers auditeurs, MERCI de ne pas nous juger plus que nous le sommes déjà. MERCI !

10- Bonjour Houda et Missila, je m'appelle Jimmy. Pour moi être debout c'est d'abord et avant tout être debout pour mes enfants. J'en ai deux que j'aime plus que tout. C'est grâce à eux que j'ai appris à être debout. Tous les projets que je me construis, c'est pour eux que je le fais, pour leur avenir. Je veux compléter mes études, je veux travailler honnêtement. Je veux me donner une vie plus propre, plus sereine.. Je remettais toujours à plus tard ces projets jusqu'à la naissance de mes enfants.. Là, j'ai senti le besoin et l'urgence de me relever, comme si pour la première fois dans ma vie, j'ai découvert une belle raison de vivre. Alors, sur le thème de DEBOUT, j'ai écrit un rap que voici: (.............) MERCI

11- Houda et Missila, J’aimerais vous dire combien je suis fier de vous deux. Fier de vous avoir rencontré. Deux jeunes filles qui n’ont pas froid aux yeux.. Deux jeunes filles debout. Deux jeunes filles que tout jeune homme rêve d’avoir comme copine.. Vous avez été les copines des Souverains aujourd’hui. Houda, c’est un plaisir de te voir pour la troisième à notre émission, c’est peut-être pas la dernière. Je te vois aller loin en politique. Missila, tu as hérité de tes ancêtres kabyles le goût de la lutte contre les injusticse. Je pense à la guerrière Kahina.. Merci à vous quatre d’avoir été nos invités d’aujourd’hui. Merci à Kattam d’être fidèle à nous.. Au nom de tous mes camarades, je vous déclare Houda et Missila, Souverains anonymes.

Houda

Missila


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