Jeudi 18 février 1999

Amis de Fanny

La souffrance, celle qu'on apprivoise, celle qui tue

Je quitte ma cellule
Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
Je leur dis " à plus tard "

Je n' quitte pas Bordeaux
du moins pas encore
je m'évade dans les mots
et la musique des noirs

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur?
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je vous salue amis de Fanny
Et je vous plaide notre cause

Micheline, Darlène, Marie, Patrick et Juan
Bienvenue parmi les
Souverains anonymes

1- Bonjour et bienvenue à notre émission. Aujourd'hui, notre rencontre est spéciale, puisque vous êtes tous des amis de Stéphanie Cordisco qui est décédée en décembre dernier à l'âge de 27 ans suite à une overdose d'héroïne. Nous avons écouté un reportage de Radio Canada où vous rendez hommage à Stéphanie que vous appelez affectueusement Fanny. La drogue est devenue un fléau qui touche particulièrement les jeunes. Parmi les détenus de la prison de Bordeaux, plusieurs vivent l'enfer de la dépendance aux drogues fortes. Bordeaux est une forteresse où les marchands de drogues ont parfois l'allure des marchands d'armes. Avec vous, nous aimerions échanger quelques témoignages et quelques réflexions sur la toxicomanie. Mais tout d'abord, je m'adresse à toi Micheline. Tu es la mère de Fanny, dans le reportage tu faisais la description d'une robe que Fanny a créée dans le cadre de ces études. Veux-tu nous parler de cette robe et ce qu'elle représente pour toi maintenant. Est-ce que l'émotion de la perte d'un être cher laisse un peu de place à la réflexion.. ?

2- Salut Juan, tu as été le dernier amoureux de Fanny. Toi aussi tu as déjà connu l'enfer de la dépendance, mais aujourd'hui, tu es sobre. Tu fais de la musique et tu écris des chansons. Je veux savoir ce que tu retiens du départ de Fanny.. ?

3- Salut Patrick, d'après le reportage tu as été un grand ami de Fanny, tu n'as jamais touché à la drogue. Mais tu prouvais une grande amitié et une grande admiration pour Fanny. Comment tu as pu voir en Fanny autre chose qu'une droguée.. ?

4- Salut Marie, tu as été la marraine et l'amie de Fanny. Dans le reportage tu dis que tu ne savais pas à quel point Fanny était humble et discrète parce qu'elle savait cacher son côté artiste. Elle ne t'a jamais parlé de ses dessins. À ton avis, est-ce ça un rapport avec sa souffrance intérieur.. ? Pourquoi quelqu'un se ferme sur lui-même quand les autres lui offrent de l'amour et de l'aide.. ? Est-ce que ce silence et cette souffrance a un rapport avec ce que tu appelles le viol de l'âme.. ?

5- Bonjour Darlène, tu as été aussi une amie de Stéphanie. À ton avis, comment remplir le vide, le manque et l'absence que Fanny a laissée derrière elle.. ?

6- Après avoir écouté le reportage sur Fanny, j'ai écris ce poème spontanément. Je me suis senti très proche de cette fille que je n'ai jamais connue. Mais j'ai connu l'enfer qu'elle a connu. Fanny : (poème). Aujourd'hui, Fanny est en paix. Une paix que je commence à vivre moi aussi. Moi, ma souffrance, j'ai décidé de l'écrire. C'est ma façon de la soulager.

7- Vous avez été et vous êtes toujours des amis fidèles de Stéphanie. Mais il faut bien constater que dans certains cas que même l'amitié ne peut pas grande chose quand il s'agit de soulager la souffrance existentielle d'une amie. Personne n'est responsable de la mort de Fanny, mais avez-vous vécu un sentiment d'échec face à son départ inattendu.. ? ?

8- Marie, tu as dis aussi dans ce reportage qu'on cache au jeunes ce qu'ils sont, c'est à dire des géants. Je suis un jeune avec beaucoup de rêves et de projets. Bordeaux n'est qu'un passage dans ma vie. J'aimerais t'entendre me dire ce qu'on me cache.. ? Et pourquoi on me le cache.. ?

9- J'aimerais qu'on parle un peu des maisons de thérapie qui offrent leurs services mais pas toujours au profit des toxicomanes. Que pensez-vous des traitements de choc que privilégie certaines maisons de thérapie.. Ne trouvez-vous pas que ça peut aggraver la situation de ceux qui sont trop fragiles.. ?

10- Comment ne pas parler des médias et leur façon d'exploiter la souffrance des autres. À tous les jours, trois hommes se suicident au Québec. C'est ce que je viens d'apprendre dans les médias. C'est bien d'être informé. Mais ces mêmes médias, devenus des oiseaux de malheur, ne nous disent pas que beaucoup s'en sortent. Les médias n'investissent pas les AA, les CA et les NA pour dire que ça existe et que ça donne souvent des résultats. Toi Marie et toi Darlène, vous vous en êtes sorties très bien. Ça fait onze ans que tu ne consommes plus Marie. Les médias, ne sont ils pas en partie responsables de notre manque de communication les uns avec les autres.. ?

11- C'est beau d'avoir beaucoup d'organismes et de ressources pour venir en aide aux toxicomanes. L'idéal ne serait-il pas de privilégier plus de prévention et plus d'éducation.. ?

12- Ma question, je l'adresse à Marie et Darlène. Dans les femmes vivent-elles différemment leur rapport avec la toxicomanie.. ? Ont-elles une façon à elles de s'en sortir.. ? Si oui, votre recette pourrait-elle convenir aux hommes comme moi.. ?

13- Vous avez accepter l'invitation de Mohamed Lotfi à notre émission. Dans quelle démarche s'inscrit votre présence parmi nous.. ? Autrement dit, que souhaitez-vous qu'on retienne le plus de votre passage parmi nous.. ?

14- Il y a des chansons célèbres qui ont été écrites sous l'effet d'une substance douteuse. La chanson que je vais vous chanter, je l'ai écrite après avoir bu deux verres d'eau fraîche. Vous me direz si l'eau était bonne :

15- Salut Juan, c'est à ton tour maintenant de nous parler d'amour en parole et en musique.

16- Ce qui nous réunis aujourd'hui, c'est la souffrance existentielle d'une personne à laquelle nous pouvons tous s'identifier. Ce que vous avez dit sur Stéphanie Cordisco aujoud'hui a agrandi le cercle de ses amis. J'ose croire que par l'amitié, la solidarité et l'amour du prochain, une victoire est possible dans la bataille avec la souffrance. Entre une souffrance apprivoisée et une autre qui tue, le choix est possible si nous sommes plus qu'un à le désirer. Je vous invite à approfondir votre réflexion sur la souffrance en lisant cette conférence du philosophe Marc Chabot qui a déjà écrit un livre sur le suicide intitulé " En finir avec soi ". Micheline, Darlène, Patrick, Juan, Marie et FANNY, Merci d'avoir été avec nous et au nom de tous mes camarades, je vous déclare Souverains anonymes..


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©M.L. 1998