Radio Souverains

La fierté d'être lorsqu'on est un homme
lorsqu'on est une femme... noir

Je quitte ma cellule
Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
Je leur dis " à plus tard "

Je n' quitte pas Bordeaux
ce n'est pas un drame
je m’évade dans les mots
et les yeux de sept femmes

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je vous salue belles et braves femme
Et je vous plaide notre cause

Lysbertte Cerné, Muriette Michelot,
Kadiatou Diop, Aminata Ndeye,
Coumba Carrie Bathily,
Awa diop et Bineta Ndoye

Bienvenue parmi les
Souverains anonymes

Lysbertte, Muriette, Kadi, Aminata, Coumba, Awa,
Bineta et Kattam

écoutez cette émission en deux parties
sans téléchargement.

Première partie 55mn 33'

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Deuxième partie 56mn 42'

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06 octobre 2011

1- Bonjour les filles, je m’appelle Alex. J'aimerais d'abord vous dire que c'est la première fois dans l'histoire de notre émission que nous recevons sept femmes noires. C'est avec un plaisir immense que nous vous accueillons. N'est-ce pas les gars..? Pas seulement parce que vous êtes des femmes belles, des femmes braves, mais aussi parce que le sujet que nous allons discuter ensemble est d'une grande importance. La fierté d'être lorsqu'on est un homme. Surtout lorsqu'on est un homme noir, c'est le sujet que nous aimerions aborder avec vous. On ne se cachera pas qu'il y a plus d'hommes que de femmes en prison. On ne se cachera pas qu'il y a trop d'hommes noirs en prison que de femmes noires. Ce sont des réalités que toute la société devrait questionner. Personnellement, je n'ai jamais entendu personne dans nos médias parler de ces réalités, encore moins nos politiciens. Et pourtant, ce n'est pas normal que trop de noirs se trouvent en prison. Le Québec est une société majoritairement blanche. Dans certaines prisons, les noirs sont surreprésentés. Cela n'est pas normal. Bien que chacun de nous assume les conséquences de ses gestes, il ne demeure pas moins que l'exclusion que vivent certains jeunes, notamment des jeunes noirs, n'est pas dû uniquement à leur responsabilité. Alors nous lançons le débat, en commençant avec vous. Avec Mohamed, nous avons choisi d'aborder ce sujet d'un angle précis, celui de la fierté. La fierté est une qualité universellement reconnue comme étant nécessaire pour l'épanouissement de chaque personne.

En préparant cette rencontre pendant deux jours, nous avons défini que de toutes les sources qui permettent à un individu de construire sa fierté d'être, y en a trois qui sont universellement reconnues: La première de ces sources, c'est la famille. La deuxième c'est l'histoire et la troisième c'est les bonnes actions accomplies par l'individu lui-même. Nous avons défini également que la fierté peut être fondée sur des bonnes valeurs, mais il arrive souvent qu'elle soit fondée aussi sur des mauvaises. Par exemple, que vaut la fierté d'appartenir à une armée quand cette armée est engagée dans des guerres impérialistes qui tuent des victimes innocentes ? La fierté de faire du bien génère certainement plus d'épanouissement et de bonheur que la fierté de faire du mal.

Avant d'entendre les témoignages de mes camarades Souverains sur cette question, j'aimerais d'abord entendre chacune de vous nous donner sa propre définition de la fierté. Et plus précisément, pensez-vous que les femmes auraient une définition différente de la fierté que celle des hommes..?

2- Bonjour les filles, je m’appelle Dieudonné. La négritude c’est la noblesse et la fierté d’être noir. La fierté d’avoir des racines africaines. La fierté d’appartenir à une civilisation qui a donné lieu à toutes les autres civilisations. La fierté de savoir que mes ancêtres ont vécu dans un endroit qu’on appelle le berceau de l’humanité. Celui qui a redonné à la négritude ses lettres de noblesse, c’est Léopold Cedar Senghor, Aimée Césaire et d’autres poètes africains et antillais. Je vous avoue que je n’avais jamais entendu parler de Léopold Cedar Senghor avant la semaine dernière. Nous avons regardé une vidéo sur sa vie. J’aurais aimé que ma mémoire soit nourrit de ces hommes noirs qui ont fait l’histoire. Même Nelson Mandela, les jeunes le connaissent de nom, mais savent-ils vraiment ce qu’il a accompli ? Savent-ils qu’il a été emprisonné pendant 27 ans pour avoir combattu l’apartheid qui sévissait en Afrique du Sud. Il y a aussi des femmes qui ont fait l’honneur de mon histoire. Je pense à la Reine Anacaona, une amérindienne qui a inspiré la littérature des femmes haïtiennes. Elle non plus, je n’ai appris son nom que la semaine dernière. J’aimerais que vous nous disiez de quelle façon, les femmes noires sont devenues des modèles et des sources de fierté pour vous..?

3- Bonjour les filles, c’est encore Alex, je reviens à ce que je disais au début sur la fierté. Par exemple si j’étais aux états unis, si j’appartenais à l’armée américaine, je serais fier d’aller faire la guerre, fier de tuer, fier d’enlever la vie à des gens que je ne connais pas. Quand on sait que les hommes noirs sont surreprésentés dans l’armée américaine, ils sont surreprésentés dans les prisons américaines. Quand on sait que 300 millions d’américains sont fiers de leur armée. Quand on sait que cette fierté américaine influence la façon de penser dans le monde entier. Avec cette fierté américaine affichée partout, dans les discours américains et dans le cinéma américain, c’est très difficile de percevoir les intérêts derrière cette fierté. Derrière les valeurs de paix et de démocratie de l’armée américaine, il y a des intérêts, que des intérêts. Des intérêts de puissance, des intérêts de contrôle, des intérêts d’argent et des intérêts de pétrole. Même si je ne suis pas américain, je suis nord-américain, je suis aussi le fruit de cette mentalité. Et pourtant, en tant que haïtien, je devrais me rappeler que les américains nous ont envahi en 1915 et que depuis presque un siècle, ils ont le contrôle de notre pays. Ils ont saboté la démocratie chez-nous. Et comment voulez-vous que je sois fier quand je sais pertinemment que ce sont des traitres haïtiens qui ouvrent les portes grandes ouvertes aux américains. Alors Mesdames, pensez-vous que les haïtiens ont manqué un grand rendez-vous avec l'histoire et avec la fierté en disant NON à une femme comme Présidente..?

4- Bonjour les filles, je m’appelle Arolph. Moi je porte une très grande fierté pour ma mère. Mais cela ne veut pas dire que je veux devenir comme elle. Ma mère a sacrifié sa vie pour ses enfants. Tout ce qu’il a fait, tout ce qu’il a travaillé, c’est pour ses enfants. Comment ne pas être fier d’un modèle de persévérance, de patience et pourtant je ne veux pas être comme elle. Je ne veux pas souffrir toute ma vie comme elle. Il y a un seul point sur lequel j’aimerais lui ressembler, mais je dois avouer que je n’arrive pas complètement encore. Ma mère est un modèle d’effort. Je voudrais hériter d’elle ce sens de l’effort qui fait que tout est possible. Je ne travaillerais pas comme elle dans une manufacture. Mais je ferai des efforts pour mériter un travail honorable sans être exploité par un employeur. Comme vous savez, nous les noirs nous sommes très sensibles à l’exploitation. Nous traînons derrière nous une histoire d’esclavage et de colonisation. Nos parents portent encore les stigmates et les traces de cette histoire. On a beau avoir libéré notre pays de l’armée de Napoléon, cela n’a pas encore mis fin à notre complexe d’infériorité. Ce complexe, je le sens chez mes parents. Je me bas pour me libérer de ces complexes. Donc, de ma mère je retiens le sens de l’effort, mais pas le sentiment d’être exploité. Ce n’est pas un exercice facile, mais c’est le modèle que j’aimerais donner à mes propres enfants. Ma mère aura été finalement une source d’inspiration pour moi. Et vous, entre vos pères et vos mères lesquels vous ont inculqué le plus, le sens de l’effort..?

5- Bonjour les filles, je m’appelle Duma. Je suis originaire de la République Démocratique du Congo. Ce pays a connu 6 millions de mort en 15 ans de guerres internes. Je ne devrais pas être fier d’appartenir à un tel pays et pourtant, je le suis. L’histoire de mon pays ne se résume pas à cette guerre. Je suis fier de voir que dans mon pays, malgré la guerre, malgré les intérêts extérieurs qui cherchent à nous diviser. Le peuple porte en lui des valeurs de solidarité et d’entraide que l’occident devrait imiter. Dans mon pays il y a eu un certain Patrice Lumumba, libérateur assassiné par les américains et les belges. Cet homme, à lui seul est une source de fierté que les jeunes noirs partout dans le monde devrait découvrir. Il a été assassiné, mais ses idées et son idéal de liberté est toujours vivant. Comme vous savez, l’Afrique n’est pas sortie complètement de sa dépendance, à cause notamment de plusieurs chefs d’États qui sont à la solde des intérêts étrangers. Mais, l’éclosion du printemps arabe porte une lueur d’espoir pour tous les jeunes africains. Ils devraient voir dans la jeunesse arabe une source de fierté. Du moins je l’espère.. Est-ce que vous l’espérez aussi..?

6- Bonjour les filles, je m’appelle Erie. Moi aussi je viens du Congo. Je suis fier d’être venu au monde sur cette terre. Malgré toutes les mauvaises nouvelles qui nous arrivent du Congo, ce pays est plein de richesse. Je prends en exemple mon père qui est mon idole. Cet homme a été formé au Congo comme analyste de laboratoire. Avec les problèmes dans le pays, il n’a jamais baissé les bras. Il a changé de métier plusieurs fois. C’est lui qui a ouvert la porte à sa famille pour venir au Canada. Maintenant, il travaille comme vendeur d’assurance. Je suis en dedans pour la première et la dernière fois. Avec un modèle comme mon père je suis sûr que je vais m’en sortir. D’ailleurs, il ne me juge pas. Il ne fait que me consoler. J’aimerais m’adresser à mes sœurs sénégalaises, Comme vous savez votre héro national s’appelle Léopold Cedar Senghor, notre héros national s’appelle Patrice Lumumba. Notre héros a été assassiné juste après l’indépendance. Votre héros a été à la tête du pays pendant 20 ans. Je me demande si cette différence dans le départ des deux pays après leur indépendance qui explique que le Sénégal soit un pays beaucoup plus stable que le Congo. Autrement dit, êtes-vous fier de cet homme qui a donné à votre pays une paix sociale qui manque dans mon pays..?

7- Bonjour, je m’appelle Éric. Ce n’est pas évident de se donner une fierté lorsqu’on appartient à un groupe minoritaire écrasé par un autre majoritaire. Que ce soit pour les francophones du Québec par rapport au reste du Canada anglophone. Que ce soit pour les noirs du Québec qui sont très minoritaire dans la société et qui n’échappent pas à certaines discriminations. Quand Pierre Valières a écrit ‘’Nègres blancs d’Amérique’’, il faisait justement allusion à cet état de dépendance et de colonisation d’un groupe minoritaire écrasé par le majoritaire. Les choses ont évolué depuis 50 ans, mais il reste encore un fond de complexe d’infériorité chez les québécois. Et le système oppressif est encore à l’œuvre par d’autres moyens. C’est juste normal de se défendre lorsqu’on se sent opprimé par le système. Malheureusement, quand on ne sait pas se défendre du système, on prend le risque de se trouver au cœur même de ce système. Différemment des femmes, les hommes ont une façon de se défendre plus impulsive, c’est peut-être ça qui explique pourquoi ils sont plus nombreux dans les prisons. Par ailleurs, ce qui m’inquiète chez les jeunes québécois, qu’ils soient noirs ou blancs, c’est leur cynisme face aux leaders politiques. Quel jeune peut être vraiment fier d’avoir un Premier ministre qui va à l’encontre de la volonté populaire ? Quel jeune peut être fier de voir des politiciens et des hommes d’affaire se servir des fonds publics pour s’enrichir ? On avait un grand Monsieur qui s’appelait René Levesque qui a redonné aux québécois la fierté de leur appartenance. Même si on n’était pas toujours d’accord avec lui, on le respectait. On avait un autre grand Monsieur qui s’appelait Michel Chartrand qui osait parler haut et fort contre les gouvernants. Il a mené des grandes luttes qu’il a gagnées en faveur des travailleurs du Québec. Michel Chartrand a lutté contre le système oppressif de l’époque. Il a même connu la prison plusieurs fois. Mais c’était toujours pour l’intérêt des travailleurs. C’était un détenu politique. Voici un autre homme dont je suis fier personnellement, mais combien de jeunes connaissent bien René Levesque ? Combien connaissent le parcours héroïque de Michel Chartrand ? Quel jeune porte un ti-shirt avec l’image de Michel Chartrand ou de René Levesque..? Et vous, connaissez-vous Michel Chartrand ou René Levesque..? Si oui, sont-ils des sources de fierté pour vous..?

8- Bonjour les filles, je m’appelle Sébastien. Dans les deux sources de fierté, c'est-à-dire la famille et l’histoire j’ai de la misère à trouver un modèle qui aurait pu être déterminant pour mon accomplissement. J’ai été élevé d’une drôle de manière. Dans ma famille le père a été complètement absent. Ma mère c’est un peu spéciale. J’ai dû me fabriquer moi-même des modèle de fierté jusqu’à ce que je me rends compte qu’il y avait pas de quoi être fier. Quand tu as passé 10 ou 15 ans de ta vie à t’identifier à des mauvais modèles, c’est très difficile de s’en débarrasser. En grandissant, je réalisais aussi que l’histoire de ma nation est parsemée d’échecs. De la défaite des Plaines d’Abraham à la défaites des patriotes, à celle du FLQ jusqu’à celles des deux référendums pour l’indépendance en 80 et en 95. C’est quand-même très difficile de se construire une fierté avec une histoire familiale et nationale ou la victoire brille par son absence. On me parle de la révolution tranquille et ses succès dans la société québécoise, je me demande pourquoi je n’arrive pas à y trouver une source de fierté ? Peut-être parce que cette révolution est trop tranquille à mon goût. Moi j’aurais aimé porté dans ma mémoire des dates symboliques qui ont marqué mon histoire. Les haïtiens peuvent être fiers de 1804. Les français de 1789 et les américains de 1774. Ici, au Québec, nous avons le 24 juin, je ne sais même pas à quoi elle correspond cette date. Dans la tête des jeunes comme moi, la fête de la Saint-Jean ne correspond à aucune victoire ni aucun succès. Finalement, il y a juste une date dont je suis fier, c’est la date de ma naissance… Ce jour là, j’ai accompli une grande victoire. Je suis venu au monde. J’espère que mes enfants et les enfants de mes enfants en seront fiers. Question. Quelles sont les dates de votre histoire qui représentent pour vous un grand symbole de fierté..?

9- Bonjour les filles, je m’appelle Jean-François. Moi, je ne me suis pas toujours aimé de la bonne façon. À cette heure, je pratique beaucoup de bénévolat auprès des personnes âgées. J’aime beaucoup ça. Je sens que je sers à quelque chose et ça me rempli de fierté. Pour revenir à ce que mon ami Sébastien disait, je suis d’accord avec lui pour dire que les sources de fierté au Québec ne sont pas très évidentes. Ceci dit, elles existent. Il faut juste faire un effort pour les trouver. C’est comme pour les noirs. L’histoire de l’esclavage a pris tellement de place qu’on a tendance à oublier toutes les grandes réalisations que les noirs ont apportées à l’humanité. Sans les noirs, il n’y aurait pas eu de jazz. Toutes ces danses et ses musiques que les noirs africains et afro-américains ont inventé est un héritage extraordinaire pour la planète entière. D’ailleurs, comme vous savez il existe au Canada un mois de l’histoire des noirs pour rappeler au monde ce que les noirs ont apporté à l’histoire. Ça ne serait pas une mauvaise idée de consacrer une petite semaine par année à l’histoire du Québec. Je ne donne qu’un exemple: Elle a beau être tranquille, la révolution québécoise des années 60 a fait entrer le Québec dans la modernité. Les québécois peuvent être fiers de ce qu’ils ont réalisé en 50 ans. Les grandes autoroutes, les grands barrages. Les universités, la charte des droits et liberté, la révolution féministe, la déconfessionnalisation des écoles, le Cirque du Soleil sans oublier Céline Dion. Je pourrais citer bien d’autres réalisations québécoises reconnues dans le monde. Personnellement quand j’écoute Gerry Boulet et Offenbach, je suis fier d’être né dans la même place que ces grands chanteurs, ces grands poètes. Pour une petite nation qui n’a pas eu encore son indépendance, je crois qu’on n’est pas pire. Je crois que nous autres les québécois, nous sommes un peuple de braves. Il y a au Québec une paix sociale que d’autres sociétés dans le monde pourraient nous envier. Si on veut que les immigrants soient fiers de venir vivre chez-nous, on doit être fiers d’être ce qu’on est. Je sais que certaines parmi vous ne sont au Québec que depuis quelques années. Êtes-vous fières et heureuses de vivre au Québec..?

10- Bonjour les filles, c'est encore moi Éric. Je crois que notre rapport à la fierté est devenu compliqué et vicieux. Si je suis le reflet de la société, si je réalise que la société donne à l’argent une grande importance. Si je vois que les gens riches sont devenus les modèles à suivre, je devrais normalement moi aussi être fier de gagner le plus d’argent possible. La société me dit, tu peux gagner de l’argent mais d’une façon honnête. Pensez-vous que les gens riches font leur argent avec des moyens toujours honnêtes..? Permettez-moi d’en douter. Nous vivons actuellement au Québec une crise politique à cause de ces gens devenus riches par des moyens frauduleux. Peut-être que notre rapport à la fierté et à l’argent sera moins vicieux le jour ou ces gens seront arrêtés, jugés et emprisonnés. Ma fierté sera plus authentique quand le peuple arrêtera de voir dans ces gens là des modèles à suivre. Pour l’instant le peuple ne sort pas vraiment dans la rue, on dirait qu’il n’a pas encore assez mal pour se révolter. Je vais être fier quand les gens sortiront en masse dans la rue pour réclamer que justice soit faite. Je vais être fier quand la justice fera son travail aussi bien avec les pauvres qu’avec les riches. Mais, ce jour là, n’est pas encore arrivé.

11- Bonjour, je m’appelle Oswald. Je vous donne des chiffres qui parlent par eux-mêmes : 28% des maghrébins au Québec sont au Chômage. 20% des noirs sont au chômage. La moyenne du chômage au Québec est entre 8 et 9%. Avant d’entrer à Bordeaux, je faisais des travaux communautaires. C’est sûr que mon casier judiciaire ne m’aide pas, que voulez-vous que je fasse. Un moment donné, il faut survivre. C’est vrai que j’aurais pu choisir d’autres moyens pour survivre, mais ce n’est pas facile. Trouvez-moi du travail et je vais travailler tout de suite, même à 10$ de l’heure. Ma mère sera heureuse. Ma mère travaille depuis 20 ans, mon père aussi. Je suis fier d’eux, je veux qu’ils soient fiers de moi. Je veux que mes enfants soient fiers de moi, comme moi je suis fier de mes parents. Ce qui me tient la tête haute, malgré tout c’est l’histoire de mon pays. Même si je ne connais pas les détails de cette histoire, les haïtiens transmettent cette fierté de génération en génération. Je suis encore jeune, j’ai la vie devant moi, je garde espoir. Je regarde les filles haïtiennes, je vois qu’elles s’en sortent bien, je suis fier d’elles. J’espère qu’un jour une de ces filles sera ma femme. Comme dit le proverbe ‘’La femme est l’avenir de l’homme, elle est la couleur de son âme’’.

12- Bonjour, je m'appelle O'Neil. Je suis content d'être devant 8 femmes, j'ai fais une demande spéciale pour me libérer de l'école. Moi, le sujet de la fierté me concerne en tant que père. Je suis le père d'une petite fille de trois ans. À sa naissance j'ai dû faire un choix très difficile. Certainement le choix le plus difficile de ma vie. J'ai cédé mes droits de paternité. Avec le mode de vie que je mène, la seule façon de la protéger est de l'éloigner de moi. Dans les circonstances qui sont les miens aujourd’hui, le mieux que je peux faire pour elle, c’est de ne pas mêler sa vie à la mienne. Ça peut paraître bizarre pour certains, mais je suis fier d'avoir fait ce choix. Je dois reconnaître que ça fait mal de prendre cette décision. Mais je ne le regrette pas. Évidemment, mon plan, c'est de reprendre mes droits de paternité quand je me sentirai prêt. Quand je saurai que je vais être utile et présent à ma fille. Je veux qu'elle soit fière de son père. Moi je suis déjà fier d'elle. C'est le plus beau cadeau que la vie m'a donnée. Avant la naissance de ma fille, j’avais une autre vision envers les femmes. Aujourd’hui, je me sens un devoir de les respecter. Avant la naissance de ma fille, la vie pour moi n'avait pas de future. Aujourd'hui, je sens que j'ai un avenir meilleur. Et pour vous donner une idée de comment je voyais la vie avant, je vais vous lire une prose que j'ai écrite dans un moment de déprime, dans un moment ou je n'étais pas fier de grande chose : Ça s’appelle ‘’Mon état d’âme’’.

13- Bonjour les filles, je suis Kevin. Moi le premier qui me vient en esprit comme source de fierté, ce n’est pas mon père, c’est mon oncle. Il a été plus présent pour moi que mon père. Sans être d’accord avec certaines de mes actions, il ne m’a jamais jugé. Il a toujours été cool avec moi. Lui-même il a un parcours de vie qui n’a pas toujours été facile. Je suis content qu’il existe dans ma vie. Il sera ma source d’inspiration sur des valeurs comme la persévérance, la ténacité. Par ailleurs, je suis fier d’appartenir à un pays qui a marqué l’histoire par son indépendance il y a plus deux siècles. Je trouve juste dommage que ce pays ne s’inspire pas beaucoup de son passé pour mieux construire son présent et son avenir. Et quand je vois qui est à la tête de mon pays aujourd’hui, je me dis que ça ne sera pas facile. Comme on dit chez-nous ‘’Tu te lave les mains et tu l’essuie par terre’’. Bref, je m’accroche à une fierté, celle d’avoir croisé dans ma vie un homme, mon oncle. Merci de m’avoir écouté.

14- Bonjour les filles, je m’appelle Yves Gérard. Puisqu’on parle de père et de fierté. Moi je considère mon père comme un bon ami, mais pas comme un bon papa. Il n’était pas là dans le moment important de ma vie. C'est-à-dire mon enfance. En venant le rejoindre ici à l’âge de 14 ans, j’ai été arraché de ma mère. Avec la famille de mon père je n’ai jamais développé une vraie appartenance. Au fond de moi, je n’ai jamais accepté d’être séparé de ma mère. Cette séparation, je l’ai vécu comme une cassure. On m’a éloigné de ce qui représentait pour moi toute ma fierté. Ma mère est une femme généreuse, je suis fier de lui ressembler. J’aimerais retrouver ma mère, ma terre, mes racines. Mon cordon ombilical est enterré là bas. Bizarrement mon père est plus proche de moi aujourd’hui qu’avant, mais je sens en moi un urgent besoin de retrouver ma mère. C’est mon projet, c’est mon espoir. Merci de m’avoir écouté.

15- Bonjour les filles, parmi vous quatre chantent des chants spirituels. Alors pour terminer notre rencontre en beauté, moi et mes amis, j’aimerais bien vous entendre.. Aminata, Coumba, Awa et Bineta, À vous de chanter et à nous de vous applaudir…

16- Lysbertte, Kadi, Muriette, Aminata, Coumba, Awa et Bineta. C’est la première fois que vous participez à notre émission. Ce n’est peut-être pas la dernière. Le sujet de la fierté est inépuisable. De tout ce que nous avons dit aujourd’hui, on peut confirmer à l’unanimité que la fierté, ça n’a pas de prix. Tout l’argent du monde ne remplace pas le sentiment d’être fier de sa famille, fier de son histoire et fier des bonnes actions accomplies. Je vous remercie d’avoir apporté à ce débat vos opinions et vos témoignages. Je dirais aussi votre fierté de femmes noires. Et je termine avec cette phrase que Muriette aime bien ‘’La femme est l’avenir de l’homme, elle la couleur de son âme’’. Merci chères femmes d’avoir été pour aujourd’hui notre présent. Au nom de tous mes camardes Souverains, je vous déclare Lysbertte, Kadi, Muriette, Aminata, Coumba, Awa et Bineta, Souveraines anonymes.


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