Radio Souverains

Le Maghreb par des québécoise d'origines maghrébines

Je quitte ma cellule
Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
Je leur dis " à plus tard "

Je n' quitte pas Bordeaux
ce n'est pas un drame
je m’évade dans les mots
et les yeux de quatre femmes

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je vous salue belles et braves femmes
Et je vous plaide notre cause

Bochra Manai, Houda Lamqaddam
Nassira Belloul et Mylène Veilleux

Bienvenue parmi les
Souverains anonymes

Nassira, Bochra, Mylène et Houda

écoutez cette émission en deux parties
sans téléchargement.

Première partie 57mn 26'

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Deuxième partie 56mn 57'

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25 août 2011

1- Bonjour Bochra, bonjour Houda, bonjour Nassira et bonjour Mylène! Je m’appelle Dieu-donné. Nous sommes très contents de vous recevoir à notre émission pour un spécial sur la situation politique et sociale dans cette partie du monde qu’on appelle le Maghreb. Houda, tu es née ici mais d’origine marocaine. Bochra, tu as quitté la Tunisie jeune pour la France avant d’arriver au Québec et toi Nassira, ça fait seulement un an que tu es arrivée d’Algérie pour vivre au Québec. On peut dire que vous êtes toutes les trois des québécoises d’origines maghrébines. Et toi Mylène, tu es québécoise de souche et maghrébine de cœur. Tu as étudié en journalisme et tu portes un intérêt particulier pour le Maghreb, particulièrement la Tunisie. D’ailleurs, tu es allé en Tunisie pour apprendre l’arabe. Je suppose que toutes les quatre vous êtes préoccupées par ce qui se passe là bas.. Nous aussi, on se pose des questions sur ce qu’on appelle le printemps arabe. Depuis la chute de Ben Ali le 14 janvier 2011, plusieurs pays arabes dont l’Algérie et le Maroc vivent aux rythmes des manifestations de protestations contre la corruption et pour exiger plus de démocratie, plus de justice et plus de dignité. Autrement dit, les gens ont en marre. Kadhafi vient de tomber et bientôt peut-être ça sera le tour de Bachar El Assad en Syrie. Je peux vous dire déjà, en tant qu’africain, je suis originaire du Congo, j’aimerais bien que ce vent de révoltes souffle sur tous les pays d’Afrique dirigés par des dictatures. J’y reviendrai plus tard. Pour l’instant, j’ai envie de poser la première question à Bochra. Je rappelle que tu milites au sein d’un organisme de solidarité sociale entre le Canada et la Tunisie. Tu as participé à notre émission hommage à la révolution du jasmin. Là, tu arrives d’un voyage en Tunisie après des années d’absence. Alors dis-nous, quel bilan fais-tu sur les premiers pas de la Tunisie vers la démocratie. Est-ce que ton espoir et ton optimisme du 14 janvier demeure aussi fort sept mois plus tard..?

2- Bonjour à vous quatre, Bochra, Nassira, Houda et Mylène. Je suis très content de vous rencontrer. Je m’appelle Fares, j’ai quitté l’Algérie à l’âge de 10 ans. Mais l’Algérie ne m’a pas quitté. Moi et ma famille nous avons trouvé la paix au Canada, mais ce qui se passe en Algérie, les bonnes comme les mauvaises nouvelles, ça nous touche. Apparemment, la guerre avec les islamistes est terminée. Mais, la situation sociale demeure très difficile. L’Algérie est un pays qui n’a pas de dette, normalement avec l’argent du pétrole, les algériens ne devraient manquer de rien. Alors, Nassira, tu as été journaliste indépendante en Algérie. Tu es sûrement plus informée que moi. Je me demande pourquoi un pays aussi riche que l’Algérie contient beaucoup de pauvres, beaucoup de chômage et trop de militaires au pouvoir. Il paraît que la corruption et la pauvreté en Algérie sont plus grandes qu’en Tunisie. Alors Nassira, comment tu expliques que le régime algérien n’est pas encore tombé..?

3- Bonjour Mesdames, Je m’appelle Jean-Ronald. Bonjour Houda, tu es née au Québec de parents d’origine marocaine. J’imagine que tu suis ce qui passe au Maroc. Là bas aussi, les jeunes se sont levés pour manifester et protester contre la corruption. Il paraît que depuis le 20 février 2011, chaque dimanche les jeunes manifestent, ils organisent des marches. Mais le 1 juillet dernier, il y a eu un référendum sur une nouvelle constitution proposée par le Roi Mohammed VI et 98% des marocains ont voté en faveur de la nouvelle constitution. Alors comment tu expliques ce paradoxe entre un mouvement de protestation qui n’arrête pas et une majorité de marocains qui appuient la nouvelle constitution donnant au Roi les mêmes pouvoirs qu’avant..?

4- Bonjour Mesdames, je m’appelle Jacques de Jacmel. Je suis haïtien mais ce qui se passe au Maghreb m’intéresse. Comme vous savez, il y a le Maghreb et il y a le grand Maghreb qui inclut la Lybie et la Mauritanie. Les libyens viennent de mettre fin à 42 ans de dictature du régime de Kadhafi. Je me sens partagé face à la fin de ce régime. Je m’explique : En Haïti aussi, on avait un dictateur du nom de Jean-Claude Duvalier. Après la chute de Duvalier, les haïtiens on cru qu’Haïti allait retrouver la prospérité, la démocratie et la paix. 25 ans plus tard, Haïti est affligé par la misère et l’insécurité. Beaucoup d’haïtiens regrettent l’époque du Duvalier ou il y avait plus sécurité et moins de pauvreté. On dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Quand je vois aujourd’hui la façon avec laquelle le régime Khadafi est tombé, je me pose des questions. Comparativement à la Tunisie et à l’Égypte, la chute des régimes Ben Ali et celui de Moubarak ont été le fruit d’une révolte populaire sans aucune intervention étrangère. Dans le cas de la Lybie, sans les bombardements des pays de l’OTAN, Kadhafi serait sûrement encore au pouvoir et peut-être que les rebelles auraient perdus. En Haïti, l’intervention des américains dans nos affaires n’a jamais aidé Haïti à se relever. Alors, je vous pose ma question : Comment vous, vous sentez-vous avec cette intervention militaire étrangère en Lybie qui, comme vous savez, a d’autres intérêts que l’introduction de la démocratie en Lybie..?

5- Bonjour, je m’appelle Fares. Si vous permettez Mesdames, on va revenir un peu en Algérie. Mon ami Ibrahim n’est pas là. Mais il m’a confié la tâche de vous lire son témoignage. Ibrahim dit : L’Algérie, est un pays important pour moi. Mon père est algérien. Mais je n’ai jamais encore mis les pieds dans le pays de mon père. C’est mon projet à ma sortie de Bordeaux d’aller découvrir mes racines. J’aimerais aller voir mes cousins et mes cousines. Découvrir cette partie de moi que je ne connais pas encore. Quelque chose me dit que ça va me faire un grand bien. Je vais peut-être apprendre la langue. Je vais peut-être rester là pour quelque temps et qui sait, c’est peut-être en Algérie que je vais rencontrer l’âme sœur. En parlant d’origine, comme tu sais Nassira, et toi Bochra, les premières nations du Maghreb sont les berbères. Apparemment, ils ont parfois de la misère à faire reconnaître leur culture. Je sais qu’au Maroc, la langue amazigh est maintenant reconnue dans la nouvelle constitution, qu’en est-il en Algérie et en Tunisie..?

6- Bonjour, je m’appelle Pierre-Marc. Avant de vous poser ma question, je vais vous poser la question que notre ami Maurice a préparée pour vous. Maurice dit : Moi aussi, je suis avec intérêt ce qu’on appelle le printemps arabe. Je ne peux pas m’empêcher de penser que ce qui retarde l’arrivée de la démocratie dans ces pays, c’est le mélange de la religion avec la politique. Je n’ai rien contre aucune religion. Il y a du bon dans chaque religion. Mais nous avons payé le prix très cher au Québec de la complicité entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux, surtout à l’époque du Duplessis. Il a fallu la révolution tranquille dans les années 60 pour séparer la politique de la religion et c’est à partir de là que le Québec est entré dans la modernité et la démocratie. Je vous pose la question à toutes les quatre : Ne croyez-vous pas que les pays arabes devraient penser à faire cette séparation pour donner une chance à la démocratie..?

7- (Pierre-Marc) Ma question s’adresse maintenant à Nassira. Tu es journaliste et écrivaine, tu es l’auteure d’un livre qui s’appelle ‘’Visa pour la haire’’. Je n’ai pas eu encore le plaisir de le lire, mais je suis intrigué par ce titre ‘’Visa pour la haine’’. Je sais que ça raconte une partie douloureuse de l’histoire récente de l’Algérie. Juste avant de nous parler un peu de ce livre, j’aimerais te poser cette question. Lorsque tu as appris de l’ambassade du Canada en Algérie que tu allais pouvoir venir t’installer au Québec. Est-ce que tu as appris cette nouvelle comme un visa pour la paix..?

8- (Pierre-Marc) J’ai lu le résumé de ce livre, ça parle apparemment de l’histoire d’une jeune algérienne de 19 ans qui vécu les horreurs de la guerre civile. Je vais sûrement lire ton livre dès ma sortie. En attendant, veux-tu nous en parler un peu..?

9- (Pierre-Marc) Moi, je ne suis pas maghrébin, je n’ai jamais vécu au Maghreb et pourtant je me sens proche de ces hommes et ces femmes arabes révoltés. J’ai l’impression qu’ils luttent contre le temps. Moi aussi je lutte contre le temps. Je me pose des questions sur le temps perdu et le temps à rattraper. J’ai tatoué sur mon visage que j’ai perdu beaucoup d’années. Je ne veux pas en perdre plus. Quand je regarde ces peuples en colère du Maghreb, j’imagine qu’ils voudraient mieux profiter du temps qui passe. Le temps, ça devrait être comme l’eau, c'est-à-dire à la portée de tout le monde. Je bois un verre d’eau à leur santé. Surtout à celle des femmes algériennes, j’ai l’impression qu’elles ont souffert plus.. Comment va la situation des femmes en Algérie? Et toi Bochra comment tu envisages la situation de la femme en Tunisie, maintenant que certains islamistes sont revenus sur la scène politique..?

10- Rebonjour, c’est encore Dieu-donné. Comme je l’ai dis au début de notre rencontre, ce qui se passe dans plusieurs en Afrique du nord va nécessairement affecter d’autres pays d’Afrique, du moins je l’espère. D’ailleurs la Tunisie qui a donné le coup d’envoi à ce mouvement de révolte son nom original c’est Africa. Ce petit pays a donné son nom à tout un continent. Donc, quand je dis que je suis africain, d’une certaine manière, je dis aussi que je suis tunisien et je suis fier de l’être. Je suis originaire de la République du Congo. Un pays qui a connu 6 million de morts en 15 ans. Un pays qui souffre encore d’une guerre interne dont personne ne parle. À la tête de mon pays nous avons aussi notre dictateur qui a vendu le pays aux intérêts étrangers. Les richesses du Congo en or et en diamant devrait donner à chaque congolaise et congolais de quoi vivre décemment. Or, le Congo est considéré comme un des pays le plus plus pauvres au monde. Quand je vois trois dictateurs arabes qui tombent en quelques mois, je me sens jaloux. Même si le chemin vers la démocratie ne sera pas facile, je pense que les arabes peuvent se sentir fiers quand-même. Ils font bouger l’histoire. Ils tracent la bonne voie.. Il était temps.. MERCI!

11- Bonjour, je m’appelle Guillaume. À l’occasion de ces révoltes arabes, le monde a découvert que les arabes sont capables de se tenir debout et de dire non à la répression, à la corruption, aux inégalités et aux injustices. Les islamistes ne sont pas les leaders de ces mouvements de libération. Pensez-vous que le printemps arabe va changer le regard qu’on jette sur les arabes depuis 30 ans et surtout depuis le 11 septembre..?

12- Bonjour, je m’appelle Nima. D’abord je rends hommage à votre présence. Au sujet de la politique, en tant qu’iranien, je suis marqué par tout le mal que la politique fait dans le monde. C’est à cause de la politique que j’ai été arraché très jeune à mon pays. C’est à cause de la politique des millions de gens souffrent dans le monde. Mais je dois reconnaître que la seule façon de lutter contre la politique c’est de faire de la politique citoyenne. C'est-à-dire de manifester, de crier haut et fort. C’est comme ça qu’en Iran on s’est débarrassé des américains. Et c’est comme ça que mes frères et mes sœurs arabes vont se débarrasser de leurs dictateurs.. Mille fois merci de m’avoir écouter.

13- Bonjour, je m’appelle Cupidon. J’ai 19 ans. C’est la première fois et c’est la dernière fois que je fais du temps en dedans. J’aimerais remercier Mohamed d’avoir invité des personnes si inspirantes. Pour ne pas récidiver en ces lieux j’ai besoin de croiser des énergies positives. Bochra, Houda, Nassira et Mylène vous êtes mon cadeau de départ. Ce que vous avez dis sur le Maghreb me rend plus instruit sur cette partie du monde. Donc, je vais quitter bordeaux plus informé. Un de mes projets de sorties, c’est de retourner en Haïti pour retrouver une mère que je n’ai jamais connue. Quand je serai en Haïti, je penserai à vous. Vous m’apportez chance par votre présence et je vous dis MERCI!

14- Bonjour, je m’appelle Steve. Je vous avoue que je me sens trop loin de ce printemps arabe. Malgré les images et les informations. Mais j’avoue aussi que j’ai appris beaucoup de chose sur le Maghreb durant la préparation de cette rencontre. Je prends conscience à quel point nous sommes chanceux au Québec et au Canada. On devrait apprécier ce qu’on a et d’une sorte de ne pas le perdre. Chapeaux les arabes, j’aime le shish cabab.. MERCI!

15- Bonjour, je m’appelle Jonathan. À propos de ce qui se passe au Maghreb et dans le monde arabe, quand je vois ces manifestations, ces hommes et ces femmes arabes en colère. Quand je vois toutes ces émotions, de révolte, de courage mais aussi de haine je me demande comment on peut faire la paix après la chute d’un régime. Dans tous ces pays, il y’a des gens qui se sont hais à mort. Comment faire la paix dans ce contexte. On dit qu’avant de faire la paix avec les autres, il faut la faire avec soi-même. C’est ce que je souhaite pour chacun de nous. MERCI!

16- Bonjour, je m’appelle Attallah. L’Algérie c’est mon pays. Je le connais bien de l’intérieur. J’ai vécu la guerre civile. Ce qui reste de mon pays, le voici : (chansons).

17- Bonjour, je m’appelle Douglas. (Change).

19- Bochra Manai, Nassira Belloul, Houda Lamqadam et Mylène Veilleux. Le mot magique qui a été crié au début du printemps arabe est venu de la Tunisie. Le peuple tunisien a donné un sens révolutionnaire à un mot de la langue française : DÉGAGE. Depuis, les égyptiens, les libyens ont répété : DÉGAGE. Nous aimons répéter ce mot depuis ce 14 janvier 2011 : DÉGAGE. Encore : DÉGAGE. Encore : DÉGAGE. Trois dictateurs ont dégagé. Il reste aux arabes de faire dégager la dictature. Merci Mesdames d’être venu échanger avec nous sur la situation politique et sociale au Maghreb. Au nom de tous mes camarades, je vous déclare Bochra, Nassira, Houda et Mylène, Souveraines anonymes.

Cette année, le 14 janvier, la liberté a rebondi en Tunisie, elle est en train de faire le tour des patries arabes et aujourd'hui elle va faire un coup d'éclat en Palestine.. Vive la Palestine libre.. Vive l'Afrique libre.. Ce n'est qu'un début, continuons le combat.


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