Radio Souverains

Mario St-Amand

Tu quittes ta cellule
Tu traverses les couloirs
Tu salues tes amis
Tu leur dis " à plus tard "

Tu n' quitte pas Bordeaux
du moins pas encore
Tu t’évade dans les mots
et la musique des noirs

Ta vie est un roman
Ta vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que tu te poses
en vers et en proses
Je te salue Mario
Et je te plaide leur cause

Mario St-Amand

Bienvenue parmi les
Souverains anonymes

Mario et Kattam

écoutez cette émission en deux parties
sans téléchargement.

Première partie 56mn 22'

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Deuxième partie 55mn 58'

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1 décembre 2011

1- Salut Mario. C’est un plaisir et un honneur de recevoir à notre émission un artiste de ton calibre. Je te dis tout de suite, ton interprétation du personnage de Gerry Boulet dans le film Gerry réalisé par Alain Desrochers est une performance impressionnante. En tout cas, cela nous a beaucoup impressionnés. Il était temps qu’un hommage soit rendu à Gerry que beaucoup de jeunes ne connaissent pas. Il fallait trouver le bon comédien. Maintenant que j’ai vu le film, je n’arrive pas à imaginer personne que toi pour le jouer. Tu as carrément ressuscité Gerry tellement tu lui ressemblais. On reviendra sur le film et sur Gerry Boulet, mais pour l’instant faisons connaissance. Ta feuille de route en tant que comédien est longue. Plusieurs rôles ont marqué ta carrière, notamment ton interprétation du personnage d’un jeune atteint du sida et un autre qui souffre de skizophrénie, écrit par Janette Bertrand. Disons que tu es porté davantage sur les rôles de composition. Mario, tu es né à Sept-Îles, tu as vécu à Montréal mais c’est aux Îles de la madeleine que tu as fini par t’installer en 2003. Tu es tombé fou amoureux des îles et j’imagine de la mer. Alors voici la première question Est-ce que tu serais tombé amoureux des îles de la madeleine si tu n’étais pas né à Sept-îles?

2- Bonjour Mario, je m’appelle Donald, en faisant nos recherches sur toi, on a découvert que tu es un artiste engagé. Engagé dans ta communauté auprès des jeunes qui désirent faire du cinéma. Mais déjà en 1989, tu as joué dans le film Love-moi de Marcel Simard qui traite de la délinquance Juvénile. Ton engagement figure autant dans tes personnage que dans ta vie de citoyen. C’est important pour toi d’être engagé..?

3- Bonjour Mario, je m’appelle Denis-Marc, je suis de la génération hip hop, mais j’ai un grand respect pour la génération rock. Surtout celle d’Offenbach. D’ailleurs, le rap est une suite du rock. J’ai regardé le film Gerry avec intérêt. J’ai noté déjà dans ce film l’évolution du rock au Québec avec notamment Pierre Harel qui a nationalisé le rock. C’est devenu un rock québécois. Mais ça prenait la voix de Gerry pour exprimer l’âme et la voix d’un peuple. Je dirais qu’il a rehaussé le niveau du rock en chant des poètes québécois tel que Gilbert Langevin et Denise Boucher. ‘’La voix que j’ai’’ et ‘’Vous m’avez monté un beau grand bateau’’ demeure des chefs d’œuvres de la chanson québécoise. Pour rendre hommage à Gerry, j’’ai écris ‘’Quand le hip hop rend hommage au rock’’, le voici.

J’aimerais aussi apporter à ta connaissance qu’en 1990, lorsque les Souverains de Bordeaux ont appris la mort de Gerry, ils ont tenu à lui rendre hommage. Mohamed s’est promené au cœur de la prison pour cueillir les témoignages des détenus. Par hasard, il y avait un détenu qui au fond de sa cellule, il était en train d’écrire une chanson hommage à Gerry. Du troisième étage du secteur A de Bordeaux, Mohamed a enregistré la voix de ce Souverain qui chantait à la façon de Gerry.. C'est-à-dire très fort. Cela a attiré l’attention de tous les détenus. Je t’invite Mario à écouter cette voix anonyme dans le montage de cette émission. Gerry faisait partie de la liste de nos invités. Mais la mort a empêché ce rendez-vous. Un hommage radiophonique lui a été rendu et le Journal La Presse a consacré un article à cet hommage. On peut lire dans cet article un extrait de la chanson écrite par le Souverain François Joubert :

‘’La voix rauque, Des cheveux longs, balançant chaque côté d’un piano, des grandes dents mordant les chansons, Roulant les ‘’R’’, en voulant dire MARCI.. Toutes ces chansons, vous donnaient des frissons, Mêmes ses balades, Balades de grand malade..’’

4- Bonjour Mario, je m’appelle toujours Louis. Comme toi, moi aussi, j’ai fais beaucoup de théâtre. Mon dernier personnage, je l’ai joué devant un juge. Résultat, je suis à Bordeaux. Ici, je joue à guichet fermé pour plusieurs mois. Mon problème avec mon personnage, c’est que je joue toujours le même. Même personnage, même théâtre, même public. Je suis tanné. Je suis même écœuré de jouer le même criss de personnage. Le seul personnage que j’ai envie de jouer, c’est moi. Moi comme je suis, moi et rien d’autre. Toi, tu as déjà joué dans ‘’ Un Peu, Beaucoup, À la Folie’’, moi, j’ai envie de jouer dans ‘’ Un Peu, Beaucoup, mais pas trop’’. Toi tu as joué dans ‘’ L’amour c’est pas assez’’, moi j’ai envie de jouer dans ‘’On ne badine pas avec l’amour’’. Pour tout te dire cher Mario, mon problème c’est quand j’aime, j’aime trop. Quand je dépense, je dépense trop. Quand je bois, je bois trop. Et quand je bois trop, je ne suis plus dans l’esprit de faire preuve d’humilité. Comme tu l’as si bien dis dans une entrevue. Je résume : ‘’Pour sortir des dépendances, il faut faire preuve d’humilité et demander de l’aide. Mais aux yeux du dépendants l’humilité rime avec humiliation..’’. Dans mon cas, c’est seulement une fois en dedans, une fois derrière les murs, que je prends acte des vertus de l’humilité. Alors, je te pose ma question quand est-ce que chez-toi humilité ne voulait plus dire humiliation..?

5- Bonjour Mario, je m’appelle Maxime. Je vais d’abord te poser une question de journaliste avant de te relancer sur le sujet de l’humilité. Pour moi, Gerry Boulet, ce n’est pas n’importe qui, c’est plus qu’un simple chanteur c’est tout un personnage qui a marqué toute une génération. En plus de mourir à 44 ans, en plein gloire, alors qu’il avait encore beaucoup à donner, cela a touché beaucoup de québécois dont je suis. Donc, ma question de journaliste. Lorsque ton agente Ginette, t’a appelé pour t’apprendre que c’est toi qui réussi l’audition pour jouer le rôle de Gerry, comment as-tu réagit..? T’avait pas peur d’affronter un géant du Québec..?

Sur l’humilité, j’ai été très touché par tes propos sur le sujet. Je suis un peu l’exemple de ce que tu décrivais. C'est-à-dire, je m’en foutais totalement des conseils des autres. Plusieurs personnes de mes proches me disaient ‘’Tu devrais peut-être ci, tu devrais peut-être ça’’. Je ne voulais rien savoir de leur aide parce que j’étais certain que j’en avais pas besoin. Je croyais vraiment que je l’avais l’affaire. Toute en vivant ma dépendance aux drogues, je me croyais totalement indépendant. Et puis il est arrivé le jour ou j’ai fini par toucher le fond. J’ai pris alors pleinement conscience à quel point je ne m’aimais pas. Et comme tu as dis toi-même, comment croire à l’amour des autres lorsqu’on ne s’aime pas soi-même. J’ai alors pris la décision que j’allais d’abord m’aimer, mais pour m’aimer je devais faire des choses dont je suis fier. Faire le bien. J’ai aussi fais preuve d’humilité en acceptant l’aide des autres, l’amour des autres. J’ai parfois des doutes, mais je chemine tranquillement vers cet amour. C’est un travail de tous les jours. Dans mon cheminement, j’apprends à détecter les énergies et les vibrations positives. D’ailleurs, juste le fait d’être ici avec toi fait partie de mon cheminement. Et toi Mario, le fait que tu sois ici avec nous, cela fait-il partie de ton propre cheminement..?

6- Bonjour Mario, je m’appeler Fred. Je suis originaire de Saint-Nazaire, un petit village pas loin de Montréal. Mon truc à moi, c’est moins le rock que le hard rock. Le rock de Gerry sonne à mes oreilles comme une balade. J’aime ça quand-même et ton film m’a donné le goût d’écouter Gerry plus souvent. D’ailleurs, il a chanté beaucoup de balades. Pour te parler de moi un peu, je suis en dedans à cause de mon problème de toxicomanie. Aucune thérapie n’a réussi à me guérir. Je ne te demande pas le remède miracle pour sortir d’une dépendance, mais apparemment, toi tu as réussi à t’en sortir.. C’était quoi ton truc..?

7- Bonjour Mario, je m’appeler Hérie. Moi je suis arrivé du Congo en 96, j’avais 11 ans. Je suis arrivé six ans après la mort de Gerry. Franchement, si je n’avais pas vu ton film, je ne le connaîtrais pas. Je suis content d’avoir appris l’existence de cet homme, et je suis aussi impressionné par ton interprétation. En tant qu’immigrant, ce que je retiens de ce film, c’est qu’il y a beaucoup de choses sur le Québec que je ne connais pas encore. C’est la première fois que j’entends le rock en québécois. J’ai aimé voir dans ce film de quelle façon les québécois des années 70 affirmaient leur identité par un rock québécois. Je crois sincèrement que beaucoup d’immigrants doivent voir ce film pour savoir à quel pays et à quelle histoire ils appartiennent aujourd’hui. Maintenant, j’aimerais bien que tu ailles tourner un film en Afrique. Luc Picard a tourné au Ruanda sur le génocide ruandais. Toi, qu’est-ce qui t’intéresse de l’Afrique..?

8- Bonjour Mario, je m’appelle Bladimir En préparant cette rencontre en parlant d’humilité, nous avons aussi beaucoup parlé de la notion du bien et du mal. Longtemps la religion a séparé les humains entre les bons et les méchants. On découvre finalement qu’un seul humain est autant capable de bien que de mal. Ce n’est pas seulement sa nature qui le guide, mais aussi les circonstances. L’environnement joue un rôle capital pour influencer une personne. C’est en venant en dedans que je découvre en moi mes capacités de changer, d’évoluer alors que j’ai cru longtemps que les bons sont faits pour rester bons et les mauvais sont faits pour rester mauvais. Rien n’est plus faux. Ceux qui me voyaient comme le mal incarné seront bientôt très surpris.

9- Bonjour Mario, je m’appelle Paul. D’abord, félicitations pour ton rôle. Moi Offenbach, c’était mon groupe de rock préféré. Après, quand Gerry a fait sa carrière solo, je l’ai trouvé encore meilleur. Sa chanson ‘’Vous m’avez monté un grand beau bateau’’ me touche encore aujourd’hui. Cette chanson c’est un peu l’histoire de ma vie. Sauf que c’est moé qui s’est monté un grand beau bateau, personne d’autres. Je me suis raconté une histoire à laquelle j’ai cru pendant 35 ans. Aujourd’hui, je ne crois plus à cette histoire parce qu’aujourd’hui, je vois la vie avec les yeux du cœur. Et quand on voit la vie avec les yeux du cœur, on a plus envie d’être voleur. J’ai envie d’être travailleur, constructeur, fonceur, rêveur. Tout sauf voleur. Comme toi, je suis venu à la résolution de devenir humble. Un humble artisan de la vie. À propos de la vie, raconte-moi un peu ta vie aux îles de la madeleine..? À part manger le homard

10- Bonjour Mario, je m’appelle Gary. Je suis haïtien, comme toi je suis né au bord de l’Atlantique. J’ai moi aussi aimé ta performance dans le film et si j’ose dire j’ai encore mieux aimé ta performance d’acteur que le film lui-même. J’arrête de parler du film, je vais te parler de moi. Comme il arrive à beaucoup de jeunes haïtiens du Québec. Lorsqu’il arrive à l’âge de l’adolescence, leurs parents, pour les protéger d’une certaine délinquance, ils les déplacent en Haïti. Mon père m’a fait croire que nous allions à Port-au-Prince juste pour des vacances et finalement, j’y suis resté deux ans. Personnellement, mon expérience n’a pas été traumatisante, j’ai même appris beaucoup de choses. Il faut dire que ma mère était avec moi. Mais ce n’est pas le cas de tous les autres jeunes qui reviennent souvent de cette déportation traumatisés. Certains deviennent encore plus délinquants à leur retour au Québec. Je crois que ce phénomène devrait être à mon avis faire l’objet d’un film. Toi qui s’implique aussi dans la scénarisation des films, qu’en penses-tu..?

11- Bonjour Mario, je m’appelle Junior. Je suis né comme toi sur une île de l’Atlantique. Elle s’appelle Haïti. L’eau de la mer chez-nous est un peu plus chaude, été comme hiver. Chez-vous aux îles de la Madeleine, l’eau de la mer est froide, été comme hiver. Ça doit être frustrant de ne pas pouvoir nager dans la mer quand il fait si chaud. Par ailleurs, vivre à plus de mille kilomètres de Montréal, pour un acteur, ça doit pas être évident. Je sais que le homard est moins cher aux îles qu’ici, mais tu ne manges pas le homard chaque jour. À propos de homard, ici à Bordeaux, je n’ai jamais mangé de homard, mais ça c’est une autre histoire.. Revenons aux îles, est-ce que tu t’ennuie plus des îles quand t’es à Montréal, ou tu t’ennuie plus de Montréal quand t’es aux îles..?

12- Bonjour Mario, je m’appelle Riad. Je suis algérien, je suis arrivé au Canada à l’âge de 13 ans. Mes parents pensaient bien faire, mais après quelques passages aux centres d’accueil et maintenant à Bordeaux, je crois sincèrement que le Canada n’est pas fait pour moi. Je suis passé d’une culture à une autre, d’une société à une autre sans être préparé mentalement à ce changement. Je n’ai pas envie d’attendre d’autres retours en prison avant de me rendre compte que je ne suis pas fais pour vivre ici. Je n’attendrais pas qu’on me déporte, je vais me déporter moi-même. Comme toi, moi aussi la mer me manque. Moi aussi, je voudrais voir la mer. Merci de m’avoir écouté.

13- Mario Saint-Amand J’espère qu’après cette rencontre avec les Souverains anonymes, tu nous vois maintenant avec les yeux du cœur, parce que comme tu sais “On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux”. C’est un moment essentiel que nous venons de partager avec toi. Je te souhaite le succès, le bonheur, la santé et toujours avec autant d’humilité. Bon retour aux îles, tu mangeras le homard à notre santé. Aux noms de tous mes camarades, je te déclare, Mario Saint-Amand Souverain anonyme.


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©M.L 2010