Souverains anonymes

Jeudi le 25 avril 2002

Maxime-Olivier Moutier

..La vie sourit à celui qui sait la faire sourire..

Je quitte ma cellule
Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
Je leur dis " à plus tard "

Je n' quitte pas Bordeaux
du moins pas encore
je m'évade dans les mots
et la musique des noirs

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je te salue homme d'éthique
Et je te plaide notre cause

Maxime-Olivier Moutier
Bienvenue parmi les
Souverains anonymes


1- Bonjour Maxime-Olivier je m'appelle Philippe.. Je suis particulièrement content de rencontrer un écrivain. Tu es romancier et essayiste.. Tu réfléchis sur le monde, notre monde, et d'après ton dernier livre qui s'intitule ''Pour une éthique urbaine'', tu aimes apporter un point de vue personnel sur les choses. Nous allons en parler mais D'abord, faisons connaissance. Tu as devant toi des souverains anonymes d'origines ethniques diverses. Libanaise, algérienne, marocaine, haïtienne, Malienne, italienne, djiboutienne, yéménite et même québécoise. Il y'a devant toi des hommes de différents métiers, même des métiers illégaux. Personnellement, je suis avocat de formation, à Bordeaux je viens rendre visite à mes camarades Souverains, parce qu'à Bordeaux, c'est la seule place où on peut être Souverain. N'est-ce pas les gars… ? Maxime-Olivier, ton livre s'appelle ''Pour une éthique urbaine''.. Apparemment, il s'agit de tes prises de position face à des situations particulières. J'aimerais te proposer une situation, tu me diras quelle éthique te conduirait pour faire un choix. Il est deux heures du matin, nous sommes à Montréal, tu es en voiture, tu arrêtes au feu rouge au coin Saint-Denis et Mont-Royal, de l'autre côté de la rue, tu viens de voir quelqu'un embarquer de force une femme dans une voiture avant de démarrer à toute vitesse. Le feu rouge t'empêche de le poursuivre, tu as bien vu que cette femme était en danger. Comme tu es un homme de conscience, tu dis fuck le feu rouge, tu démarres en toute vitesse à la poursuite de cette voiture, au moment de tourner sur Laurier, un passant sort de nul part, tu le frappes involontairement. Tu n'arrêtes pas Tu continues ta poursuite parce que tu veux sauver cette femme en danger. Mais tout d'un coup, à trois rues plus, ta voiture s'arrête, le temps s'arrête, ton cœur s'arrête, tout s'arrête sauf ta tête qui continue à réfléchir et se poser une question : QUOI FAIRE ? ? Poursuivre et sauver cette femme du danger, peut-être même de la mort pour donner un sens à sa journée, un sens à sa vie.. ? Ou revenir voir si le passant que tu viens de frapper involontairement n'est pas en danger. Tu dois faire un choix très urgent. Qu'est-ce que ton éthique urbaine te dicterait dans cette situation ? ? Avancer ou reculer.. ?

2- Maxime-Olivier, en lisant ton dernier livre, tu me donnes cette impression que tu es tanné d'être québécois.. Moi, je suis haïtien d'origine, avec tous les problèmes que connaît Haïti depuis quelques années, j'aurais pu être tanné d'être haïtien et pourtant ce n'est pas le cas, je suis ce que je suis, je peux dire la même choses pour mes amis algériens et africains ici présents.. Si tu devais être autre chose que québécois, tu serais de quel coin du monde.. (Est-ce que j'ai raison de dire que tu es tanné d'être québécois, si OUI, pourquoi.. ?) (tu n'as que des critiques vers le Québec et les québécois..)

3 - Salut Maxime-Olivier, tu as écris quelque chose de très important sur la paternité. Pour toi, c'est important qu'un enfant porte uniquement le nom de son père. J'ai toujours été d'accord avec ça sans savoir nécessairement pourquoi.. Mais l'explication que tu donnes à ça dans ton dernier livre me satisfait beaucoup et réconforte beaucoup de mes amis qui ont des enfants.. Je voudrais t'entendre nous dire pourquoi il est important pour toi que ton enfant porte uniquement ton nom.. ?

4- Salut Maxime-Olivier, je suis de plusieurs nationalité et plusieurs origines. Même si je suis né à Boston, j'ai grandi un peu à Alger puis à Marseille avant de débarquer à Laval. De toutes ces appartenances, je me sens plus proche de Marseille et de la Miditeranée, c'est là que j'aurais aimé vivre même s'il y'a plus de pauvreté, plus de ghetto, plus de drogue et de délinquance, parce qu'à Marseille il y'a aussi le foot, il y'a plus de chaleur humaine entre les gens et il y'a ma grand-mère.. Et toi ta grand-mère, elle est où, quel souvenir en garde-tu.. Je sais que tu as une fille, ?

5- Salut Maxim-Olivier Moutier, je ne fais pas partie des privilégiés qui ont lu ton livre, mais en tant qu'intellectuel, tu dois avoir une opinion sur la liberté. Moi ma liberté, je la vis pleinement sur un squatte board. Je me sentirais encore plus libre le jour ou je passerais à côté de Bordeaux avec mon squatte board, un walkman sur les oreilles et ma musique punk pleine les tympans.. Alors, si tu devais me décrire un moment de totale liberté que tu as déjà vécue ou que tu aimerais vivre dans le futur, ça serait lequel.. ?

6- Salut Maxim-Olivier, à la fin de ton livre tu as écris quelques lignes pour souligner que ta réflexion sur Dave Hilton date d'avant son procès et sa condamnation pour agression sexuelle. Cet homme décrit comme un héros dans ton livre a abusé de deux jeunes filles pendant trois ans, les preuves contre lui sont accablantes. Malgré les preuves et malgré la condamnation de la justice, cet homme continue de proclamer son innocence, ce qui n'est pas digne d'un héros. Il vient même d'enregistrer une requête pour réduire sa sentence.. De plus, quiconque connaît bien le milieu de la boxe au Québec, sait que c'est un milieu pas toujours défendable moralement.. Derrière la boxe, il y'a beaucoup d'argent sale.. Beaucoup de bisness et surtout il y'a beaucoup de spectacle.. Alors, quand tu décris Dave Hilton de héros parce qu'il n'a pas abusé de son rapport de force face à Stéphane Ouillette, tu te trompes un peu mon cher Maxime-Olivier .. Il n'y a rien d'héroïque dans le geste de Hilton. C'est du spectacle.. Rien que du spectacle.. Je veux savoir si tu n'as pas hésité quand-même un peu avant de publier ta réflexion sur Hilton.. ?

7- Salut Maxime-Olivier, je m'appelle Patrick Congolo, c'est la deuxième fois que je viens à Souverains anonymes. Dans mon pays le Congo, les prisons ne sont pas équipées de studios de radio. Les écrivains ne rendent pas visite aux prisonniers, mais même avec du champagne et du caviar une prison, ça demeure une prison. Le fait que je sois loin de ma fille rend la prison insupportable. Mais c'est en prison que j'ai pris conscience que je pourrais donner ma vie pour sauver la vie de ma fille. Ma fille est ma noble cause.. Dans ton livre tu dis que le taux de suicide au Québec fait des québécois un peuple plus suicidaire que celui de la palestine. Là-bas, au moins ils se tuent pour une bonne cause. Dis-moi Maxime-Olivier y'a t-il une cause pour laquelle tu donnerais ta vie.. ?

8- Salut Maxime-Olivier Moutier, tu écris dans ton livre qu'une société qui n'aime pas ses enfants mérite de s'éteindre. Moi aussi je trouve qu'on aime mal nos enfants. J'ai peut-être moi-même été mal aimé.. Si je suis devenu très délinquant c'est parce que j'ai été quelque part mal aimé. Mais quand je vois ce qui se passe dans le monde, je me trouve chialeux et égoïste.. J'aurais aimé voir moi aussi, cette exposition que tu as visitée à Paris qui montre les horreurs des guerres, ça ne doit pas être comme à la télé où les images de la pub se mélangent avec celle de la guerre.. J'imagine que dans une exposition, les images de la guerre doivent être plus frappantes, plus traumatisantes.. On ne voit plus le monde de la même manière après cette expo, c'est comme ça que tu as vécu cette expérience.. Quelle image t'a fait le plus capoter ? ??

9- Salut Maxime-Olivier. Moi je veux savoir si tu écris par plaisir, par besoin, par engagement ou par un sentiment d'urgence, comme si t'allais mourir demain.. ?

10- Salut Maxime-Olivier, Si tu me regardes bien dans les yeux, tu verras beaucoup de douleur. Moi aussi je me sens moins beau qu'avant, quand j'étais le Roi de Chicoutimi, l'unique Patrick Congolo que les femmes de là-bas s'arrachaient en plein jour et en pleine nuit. Aujourd'hui, je referme en moi des amours pleinement vécus. Mais amour ne signifie pas nécessairement bonheur, n'est-ce pas.. ? La vie n'est pas toujours un cadeau, un vrai amour se paye souvent cher, c'est ce que je fais à Bordeaux, loin de Chicoutimi et loin de ma fille.. On n'a pas le contrôle sur la direction des vents, mais on a besoin du vent.. Apparemment le vent du Nord n'est pas fait pour moi. Je vais peut-être retourner au sud d'où je viens, où je suis né et grandi.. Si on me déporte chez-moi au Congo tu seras le bienvenu, le vent là-bas est plus clément, plus