Radio Souverains

Medo Comes (Ahmed Douhou)

Bienvenue, bienvenue
Bienvenue le chanteur,
bienvenue le coureur
Bienvenue, homme de cœur

Je quitte ma cellule
Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
je leur dis à plus tard

Je n' quitte pas Bordeaux
Ce n'est pas un drame
Je m’évade dans les mots
et les yeux d'une femme

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me poses
en vers et en proses
Je te salue belle et brave femme
Et je te plaide notre cause

Bienvenue, bienvenue
Bienvenue le chanteur,
bienvenue le coureur
Bienvenue, homme de cœur

Medo Comes

Bienvenue parmi les
Souverains anonymes

écoutez l’émission
avec Medo Comes sans téléchargement

25 octobre 2012

Première partie 56mn 07'

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Deuxième partie 52mn 49'

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1- Salut Medo Comes, je m’appelle Anson. Moi et mes amis Souverains, nous sommes particulièrement contents de te recevoir à notre émission. Bienvenue aussi à ton ami et percussionniste Philippe Beaudin. C’est la première fois que tu mets les pieds à notre émission. Tu nous diras à la fin, si tu as envie de revenir. Medo Comes, c’est ton nom d’artiste. Ahmed Douhou, c’est ton nom vrai nom. Tu es né à Côtes d’Ivoire. Tu as vécu en France avant d’atterrir ici au Québec. Tu as d’abord mené une carrière de sportif olympique comme coureur des 400 mètres. Tu as participé à trois jeux Olympiques. Depuis quelques années, tu as épousé une autre passion. La chanson. Le rap. Nous avons écouté plusieurs chansons de ton album. Celle qui nous a le plus interpellé s’appelle Mémoire. Ça sera le thème de cette rencontre. Avant que les Souverains te fassent part de leurs témoignages et leurs questions, faisons mieux connaissance. Ahmed, tu appartiens à trois pays maintenant. La Côte d’Ivoire, La France et le Québec. Comment tu gères, ces trois identités, ces trois appartenances.. ?

2- Salut Medo Comes, je m’appelle Ronald. Dans ta chanson Mémoire, tu dis « La vie s’efface un jour pour faire place à une autre qui recommence ». J’ai parfois l’impression d’avoir vécu plusieurs vies. Il fût un temps ou des personnes me disaient que j’étais leur idole, l’exemple à suivre. Aujourd’hui, je vois ces personnes comme un exemple et un modèle que moi j’aimerais suivre. Un modèle de réussite sociale et personnelle. Un modèle de dignité. Un modèle de maturité.. Je suis heureux d’avoir une mémoire aussi grande pour aller y puiser ce dont j’ai besoin aujourd’hui. Dans ma mémoire, il y a aussi tout un territoire que j’ai quitté à l’âge de 19 ans. Il s’appelle Haïti. Je l’ai quitté, mais lui il ne m’a jamais quitté.. Je le porte en moi comme ma chaire. Quand il a mal, j’ai mal. Quand il va bien, je vais bien. Quand il tremble, je tremble aussi. Haïti chérie,

Haïti Chérie,
Pi bon péyi pasé wou nan pwen,
Fôk mwen té kité-w,
Pou mwen té kab konprann valè-w,
Fôk mwen té mantché-w,
Poum té kab aprésyé-w,
Poum santi vrèman,
Tou sa ou té yé pou mwen.

Medo, comme tu sais, entre l’Afrique et Haïti, il y a une mémoire commune. As-tu déjà exploré cette mémoire en voyageant en Haïti.. ?

3- Salut Medo Comes, je m’appelle Fayçal. Comme toi, je suis africain, je viens d’un pays ami à ton Pays, le Maroc. Dans trois jours, je vais y retourner après une longue absence. Le jour de la liberté approche et cela provoque dans ma mémoire toutes sortes de souvenirs. Certains sont tristes, beaucoup sont joyeux. C’est avec les joyeux souvenirs que j’ai pu survivre à ma sentence. La musique marocaine occupe une grande place dans ma mémoire. Le Maroc est un pays très riche musicalement. La musique marocaine s’est nourrie de la musique africaine, de la musique orientale et de la musique andalouse sans oublier les différentes musiques berbères. Celle qui a bercé toute ma jeunesse c’est la musique de Nass Al Ghiwane. Un groupe mythique. C’est nos Rolling Stone. Tout dernièrement, un des musiciens de Nass Al Ghiwane est mort. Il s’appelle Abderhmane Paco. Une des chansons que j’aime le plus de Nass Al Ghiwane s’appelle « Fine Radi bia khouya ? », « Où m’amènes-tu mon frère ?». Une chanson qui pose la question existentielle de toute une société, qui parfois, elle ne sait pas où elle va. Alors, j’ai envie de faire de ce titre une question que je te pose Medo Comes : Où nous amènes-tu avec ta musique Medo Comes.. ?

4- Salut Medo Comes, je m’appelle Guillaume. À propos de mémoire, je suis quelqu’un qui a la mémoire longue comme on dit. Parfois, j’aurais aimé être un homme sans mémoire. Sans souvenirs. Je dirais même sans passé. J’ai vécu dans ma vie de belles choses dont je garde un bon souvenir. Mais j’ai vécu aussi des choses pas très agréables. Certaines, traumatisantes. Des choses qui m’ont affecté et m’affectent encore. Je dois apprendre à vivre avec ma mémoire. Que les bons souvenirs l’emportent sur les mauvais.. Et toi Medo, quel est le meilleur souvenir que tu gardes de ton pays d’origine : La Côte d’Ivoire.. ? Autrement dit, qu’est-ce que tu peux me dire sur ce pays qui me donnerait envie d’y aller faire un tour.. ?

5- Salut Medo Comes, je m’appelle John, dans ta chanson Mémoire tu dis « la vie est un jeu bizarre, nous devons jouer à cache cache des fois ». Tu as raison. Quand je me trouve à Bordeaux, j’ai l’impression que la vie joue au cache cache avec moi. La vie est un étrange cadeau. Mais nous devons quand-même en profiter si on ne veut pas que la vie soit un lourd fardeau. Même ici à Bordeaux, la vie peut parfois être un beau cadeau. Nous recevons des invités intéressants. Des belles visites qui nous aident à mettre de la lumière dans notre mémoire de Bordeaux.. Maintenant dis-moi Medo, entre la Côte d’Ivoire, la France et le Québec, c’est dans lequel de ces trois pays tu as joué au cache cache avec la vie.. ?

6- Salut Medo Comes, je m’appelle Daniel. En préparant cette rencontre, nous avons beaucoup parlé de mémoire. Mon rapport à la mémoire c’est comme un rapport de personne à personne. Devant toi, j’ai envie de lui adresser la parole.

Salut Mémoire, en moi, tu évoques de vives réactions. Sur moi, tu déclenches une envie de revivre l’amour. Un amour que j’ai déjà vécu comme un va et vient perpétuel de bonheur dans mon cœur et dans ma tête. À un point tel que j’ai de la peine à retenir mes larmes. Des larmes de peine. Des larmes de joie. De ces larmes, j’arrose ma vie d’aujourd’hui. Aujourd’hui, je suis derrière les barreaux. Le plus dur c’est d’être prisonnier dans ma tête. Je me sens impuissant face à la loi des hommes. Impuissant devant la loi de Dieu. Je demande pardon ! Pardon d’avoir blessé ceux qui m’ont aimé. Ceux que je n’ai pas su garder. Ceux que je n’ai pas su apprécier à leurs justes valeurs. Je suis passé à côté de l’amour. J’ai eu de la peine à le saisir. Aujourd’hui, mon cœur vit d’espoir d’un monde uni et sans violence. Un monde riche d’amour et d’entraides fraternelles. Un monde que notre mémoire retiendra comme un lieu d’amour.. MERCI !

7- Salut Medo Comes, c’est encore Anson. Mémoire est une chanson biographique dans laquelle tu évoques la mémoire de tes potes disparus. J’apporte à ta connaissance mon cher Medo que nous sommes dans une prison qui a cette année un siècle de vie. Derrière ces murs ce sont des milliers d’hommes qui sont passés par cette prison. Parmi ces hommes plusieurs ont disparu ici même. De 1912 à 1960, la potence de Bordeaux à sévit en condamnant à la mort des hommes. Autres temps autres mœurs. Aujourd’hui, la potence est un morceau de musée. Elle est toujours là comme témoin d’une autre époque. Dans cette prison, plusieurs sont morts par mort naturelle, certains par overdose et plusieurs par le suicide. Je souligne cet aspect de la prison parce qu’il fait partie de notre mémoire, de notre histoire. Heureusement que l’histoire de Bordeaux ne peut être réduite à cela. Il y a eu aussi beaucoup d’hommes qui ont appris ce qu’ils avaient à apprendre pour ne plus jamais y retourner. Moi par exemple. La prochaine fois que tu me verras, ça sera dehors, peut-être dans un de tes spectacles.. Est-ce que tu auras la mémoire assez longue pour te rappeler d’un Souverain.. ?

8- Salut Medo Comes, je m’appelle Innocent. Mais je ne suis pas innocent et ma mémoire non plus n’est pas innocente. Je me souviens de beaucoup de choses. Par exemple, je ne peux pas oublier que j’ai 5 enfants. Mais ça, c’est le côté agréable et joyeux de ma mémoire. Celui qui me donne espoir. Il y a aussi le côté sombre que je n’arrive pas à oublier. À l’âge de 5 ans, on m’a séparé de ma grand-mère. Ce traumatisme explique peut-être pourquoi je n’arrive pas à me sentir chez-moi ici. Et pourtant, c’est ici que j’ai vécu presque toute ma vie. C’est ici que mes enfants sont venus au monde. C’est peut-être ici que je vais finir mes jours. Je devrais me sentir aussi québécois que n’importe quel québécois.. Mais je n’arrive pas. Il y a quelque chose dans ma mémoire qui m’en empêche. Si j’étais venu par moi-même. Si je n’avais pas été arraché à ma grand-mère, peut-être que je vivrai plus sereinement mon appartenance au Québec. Et toi Medo, tu vis au Québec depuis 2006, est-ce que tu commences à te sentir québécois.. ?

9- Salut Medo Comes, je m’appelle Toufik. Je suis algérien, donc africain comme toi. J’ai quitté mon pays à l’âge de 11 ans. Aujourd’hui, à 24 ans, je me trouve en dedans pour la première fois. J’espère la dernière fois. Dans ma mémoire il y a un double passé. Un passé algérien, celui de mon enfance en Kabylie et un passé québécois, celui de ma jeunesse à Montréal. J’ose croire que ce double passé est une richesse pour ma mémoire. Comme toi, moi aussi je chante. C’est dans le rap que je déverse le flux de ma mémoire. En voici un exemple : « ………. » MERCI !

10- Salut Medo Comes, je m’appelle Davidson.

Dans ma mémoire
il y a toute une histoire.
Celle de mon départ.
De ma terre patrie
À la terre bizarre.

On m’a arraché à la perle des Antilles
Pour me retrouver à l’âge de 9 ans au métro Crémazie.

Je me suis auto-élevé avec les moyens du bord
Résultat, je me suis trouvé à Bordeaux.

Dans ma mémoire
il y a toute une histoire.
Celle de son départ.
Ma mère est partie alors que j’avais 12 ans.
Elle est partie loin de tout.
Mais elle n’a jamais quitté le territoire de ma mémoire.

MERCI l’artiste.

11- Medo Comes, Comme tous mes amis, je suis très content d’être ici au Souverains anonymes pour écouter tes paroles et ta musique. Tu es accompagné de Philippe Beaudin aux percussions. C’est le moment tant attendu de notre rencontre. À vous de jouer et à nous de vous applaudir.

12- Medo Comes, Je ne sais pas qui a dit qu’un homme qui n’a pas de mémoire, il n’a pas d’histoire. Ton histoire est celle d’un homme qui a commencé par courir avant de chanter. J’espère que tu chanteras longtemps. Je te souhaite le succès dans ta carrière et le bonheur dans ta vie. Je souhaite que la mémoire africaine t’habitera toujours pour inspirer tes pas et tes mots. Merci à Philippe Beaudin de t’avoir accompagné aux percussions. Aux noms de tous mes camarades, je vous déclare, Medo Comes et Philippe Comes, Souverains anonymes.


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