Jeudi 30 mars 2006

Monica Freir

La promesse de vie, je la sens dans ta voix, dans ta musique.
SA

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Je quitte ma cellule
Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
Je leur dis à ''plus tard''

Je n' quitte pas Bordeaux
Ce n’est pas un drame
je m'évade dans les mots
et les yeux d’une femme

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je te salue femme brave et belle du Brésil
Et je te plaide notre cause

Monica Freir
Bienvenue parmi
les Souverains anonymes

1- Bonjour Monica, je m’appelle Philippe, Bienvenue à Toi et à ta guitare au Souverains anonymes. Ta visite à notre château n’est pas une première. Il y’a treize ans, tu es venue avec le groupe Twist art, mais à l’époque tu étais au début d’une carrière qui allait te mener jusqu’au Japon. Moi je n’ai jamais été encore au Japon, mais chaque fois que je veux faire un tour au bout du monde je viens à Bordeaux, juste le temps de me reposer d’une société qui va trop vite. Ça veut dire pas toujours à mon rythme ni à mon goût. Dans ce château, moi et mes camarades Souverains, ne nous sommes que de passage. Comme vous d’ailleurs. C’est pourquoi il faut profiter de chaque seconde de notre rencontre. Monica, tu es maintenant une artiste établie au Québec, nous avons écouté ton dernier album avec intérêt. Nous sommes d’accord sur la beauté de ta voix. Ne sous sommes inspirés de quelques mots et quelques musiques pour te parler de nous. Avant de nous interpréter quelques chansons avec ta magnifique voix, chacun de nous va se confier un peu à toi, peut-être même qu’il te posera une question. Tu es libre de réagir à nos paroles. Pour commencer j’invite mon ami Sergio qui parle la même langue que toi.

2- Bonjour Monica, je suis Sergio, c’est ma première rencontre avec une artiste Souverains anonymes. Le hasard veut que tu parles la même langue que moi. Je suis portugais et tu es brésilienne. Je suis portugais mais je n’ai jamais été au Brésil. Le rêve d’un portugais c’est d’aller au moins une fois dans sa vie au Brésil et de tomber en amour avec une brésilienne. Le hasard veut que ce soit au Canada qu’un portugais et une brésilienne se rencontrent. Derrière les murs d’une prison. On croirait que tu n’es venu ici que pour moi. En tout cas ça me fait particulièrement plaisir de te voir. En attendant que j’aille mettre les pieds dans ton pays, veux-tu stp m’en parler un peu. ?

3- Bonjour Monica, je m’appelle Georges-William, j’ai 21 ans. Comme toi je viens d’un pays chaud qui s’appelle le Cameroun. J’appartiens à une ethnie qui s’appelle les Boulou. À ma sortie de Bordeaux, je retourne dans mon pays pour renouer avec mes racines. Je crois que j’en ai vraiment besoin. Comme au Brésil, au Cameroun il y’a beaucoup d’ethnies et beaucoup de langues. Des 250 langues du pays, j’en parle une le Boulou. Ton pays n’est pas aussi grand que le mien, mais il est encore plus chaud. Je te pose une question que je n’ai pas encore posé à mon père, c’est lui qui m’a amené ici alors que j’avais 6 ans. Quand on vient au monde au paradis, pourquoi quitter la chaleur de son soleil pour aller vivre dans l’enfer du froid et de la neige ?

4- Bonjour, moi c’est Benoît, Ben la Grenade pour les intimes. Je vous ai entendu parler de Brésil et d’Afrique. Moi je vais vous parler d’Europe. Il y’a 9 ans, l’Europe m’a sauvé la vie. Alors que j’étais héroïnomane depuis quelques années, je traînais dans la rue en quête d’aventure, j’ai rencontré le Bon Dieu dans la rue du Père Pops et le Bon Dieu m’a sauvé en m’offrant un voyage inattendue…. Je sais que toi aussi, tu es allé en Europe, mais c’est de ton séjour au Japon que j’aimerais que tu me parles. J’ai l’impression que le Japon c’est bon mais pas pour y vivre toute sa vie. Est-ce que je me trompe ?

5- Bonjour Monica, je suis Alexis. Dans 25 jours Bordeaux sera derrière moi. Après 20 mois en dedans, je me sens quand même un peu plus grand, plus assagit et surtout plus attaché que jamais à ma famille. Mon fils qui vient d’avoir 4 ans et ma femme qui a eu la patience de m’attendre. À part ma famille, il y’a aussi certains évènements malheureux qui ont joué un grand rôle dans mes réflexions. Parfois un malheur peut faire réfléchir sur le bonheur mais à condition de savoir saisir l’occasion. Aujourd’hui par exemple, c’est un bonheur de te rencontrer. Je veux en profiter pleinement. Surtout quand tu vas chanter. Je veux juste savoir, tu viens d’un pays ou des enfants de la rue sont parfois très mal traités par la police. Avec l’arrivée de Lula au Pouvoir, penses-tu que ça va améliorer le sort des enfants de la rue..?

6- Bonjour Monica, je m’appelle Majd qui veut dire victoire. Mais la victoire pour moi ça serait d’aller faire un voyage au Brésil, là ou vivent 7 millions de libanais comme moi. Toi-même tu as des origines syro-libanaises. Je suis arrivée du Liban à Montréal à l’âge de 15 ans. Je suis né en 75, l’année même du début de la guerre. Durant toute mon enfance et ma jeunesse j’ai vécu pleinement dans la guerre. Et contrairement aux adultes, ça ne m’empêchait pas de dormir. Quand je suis arrivé au Québec, j’ai trouvé la vie trop calme. Les nuits étaient tranquilles. Pas assez de bruits. J’ai dû m’adapter à ma nouvelle vie. Maintenant ça va mieux. Pour revenir au Brésil, je sais que tous les enfants aimeraient devenir des futurs Maradona. Et les filles, à qui aimeraient devenir ? Quels sont leurs models ? Toi par exemple, quels étaient tes idoles ?

7- Bonjour Monica, en écoutant ta musique, je me suis imaginé conduire une voiture dans un voyage dans mon pays le Maroc. De Casablanca à Agadir, 6 heures de voyages. 6 heures accompagné de ta voix. Je te promets que c’est un rêve que je vais me faire le plaisir de réaliser. Tu es brésilienne et tu parles portugais. Il paraît qu’il y’a un peu d’arabe dans tes origines, alors peut-être que l’histoire que je vais te raconter va te plaire. Il était une fois dans mon pays le Maroc, vers 1578, trois rois se sont donnés rendez-vous avec la mort dans une bataille qu’on a appelé longtemps la bataille des trois rois. Ça frappe encore l’imagination des historiens. Cette guerre est connue sous le nom de Maarakat wad Almakhazine, la bataille du fleuve aux trésors. Ça s’est passé au nord du Maroc à Ksar Elkebir, Sebastien grand Roi du Portugal est arrivé avec ses 17 mille soldats. Il comptait sur la complicité de Almutawakil, Roi marocain écarté du pourvoir par son oncle Abdelmalik. Il comptait retrouver le pouvoir avec l’aide de Sébastien. Mais Sébastien, âgé de 24 ans, était sûr qu’il ne ferait du Maroc qu’une bouchée à cause de la division dans la famille royale marocaine. Mais, malheureusement pour lui, il a oublié que les marocains sont imbattables. Ils ont toujours su se protéger des ennemis extérieurs. Au cœur de la bataille, les trois Rois ont trouvés la mort dans la même journée de juillet 1578. Un du côté des vaincus et deux du côté des vainqueurs. 8000 soldats portugais ont trouvé la mort et les autres ont été fait prisonniers. Le corps de Sébastien n’a jamais été retrouvé. Est-ce que les soldats marocains l’auraient mangé dans un méchoui. Ça ne m’étonnerait pas. En tout cas, cette défaite annonce la fin de l’empire portugais. Morale de cette histoire : Si Sébastien avait gagné la guerre, je t’aurais parlé aujourd’hui en portugais. J’aurais été peut-être un grand joueur de soccer en Brésil. Mais sérieusement. La vraie morale de cette histoire : Plus ça change, plus c’est pareil. La guerre des trois Rois n’a pas mis fin à la guerre dans le monde. Merci de m’avoir écouté.

8- Bonjour Monica, je suis Shubert, en préparant la rencontre, je ne savais pas quoi te dire. Mais en écoutant ta chanson ‘’La petite guerrière’’ écrite par Pierre Flyn, certaines paroles m’ont touché particulièrement. Par exemple cette phrase ‘’Mais quand je te vois dans le couloir, il me revient un drôle d’espoir’’. Depuis longtemps, je fais les couloirs de la prison. Je n’ai pas encore vu celle qui me donnera un de l’espoir. Je vois des gardiens et des gardés. Des gens qui se surveillent jours et nuits. J’aimerais bien croiser dans couloirs un joli regard qui me donnera de l’espoir. Alors cher Monica, à quoi ressemblerait un regard qui donne de l’espoir.. ?

9- Bonjour, je m’appelle Frantz, tu as une petite fille paraît-il. Moi j’ai une fille et 3 garçons. Mais la fille a plus de caractère que les gars. Il ressemble un peu à sa mère qui est moitié argentine, moitié italienne. De plus en plus les enfants au Québec sont issus de toutes sortes de mélanges. Il y’a même paraît-il des mélanges suisse brésiliens. Ça c’est un bon mélange. Ça joint l’utile à l’agréable. Mais qu’est-ce qui est le plus important : L’argent de la Suisse ou la nature du Brésil ?

10- Bonjour Monica, je m’appelle Mclee. J’ai 21 ans et je ne comprends pas encore la femme. Je me méfie de l’amour parce que je ne connais pas la femme. J’ai peur de tomber dans un piège si je tombe amoureux d’une fille. Alors, pour l’instant, j’aime mais pas complètement. Avec une fille je m’amuse plus que j’aime. Mais peut-être que je n’ai pas encore rencontré la fille idéale. Et toi, à quoi ressemble pour toi l’homme idéal à part d’être aussi beau et grand que moi.. ?

11- Bonjour Monica, je suis Laurent, je me sens gâté aujourd’hui de rencontrer une brésilienne, j’adore le Brésil, d’abord pour la beauté de ses femmes, ensuite pour le grand art de ses joueurs du soccer. Je suis sûr que Le mondial 2006 sera l’année du Brésil. Avec l’arrivée de Lula au pouvoir le Brésil commence à reprendre de l’espoir à plusieurs niveaux. J’espère surtout que la forêt amazonienne ne sera pas touchée par des projets capitalistes. L’Amazonie c’est le poumon de la terre. Je me demande si ce n’est pas l’air de l’Amazonie qui explique la beauté des femmes. En tout cas, moi aussi, je rêve d’aller tomber en amour dans ton pays. Brésil mon amour.. Merci.

12- Je suis Philippe, avec la chanson Les eaux de Mars de Georges Moustaqui, que tu interprètes dans ton album, je me suis rappelé que Mars c’est aussi le Dieu de la guerre. À mes oreilles Les eaux de mars ça sonne aussi les eaux de la guerre. Les eaux de la guerre comme tu sais, elles sont rouge. Il y’a beaucoup d’eau rouge qui coule sur la planète. Derrière ces eaux, je vois moins une promesse de vie qu’une promesse de mort. La promesse de vie, je la sens dans ta voix, dans ta musique, voilà pourquoi je t’invite au nom de tous mes camarades, toi et ton bassiste Dan Gigon et ton percussionniste Yaho Sousa de nous éloigner de nous rapprocher des eaux d’avril.. À vous de jouer et à nous de vous applaudir.

(Burke, Georges-William, Mclee, chantent.)

13- Avant de quitter Bordeaux, je garderais un bon souvenir de ton passage. Tu auras été la dernière belle voix que j’ai rencontrée. Mais peut-être la première que je vais entendre dans un spectacle. 13 ans après ton premier passage à notre émission, tu es revenue avec un album et une voix qui porte l’amour du sud, l’amour du Brésil. Je penserai à toi le jour ou je vais mettre les pieds à Bahia. Au nom de tous mes camarades, je te déclare Monica Freire, toi et ta guitare, Souverains anonymes.


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©M.L. 2006