Jeudi 03 février 2005

Myriam Laabidi
Rédactrice en chef de VibePlus

Maloria
Directrice du Festival Urban Energy

Je ne remettrai plus jamais les pieds icitte et ça c’est ma décision SA

cliquez et écoutez

Je quitte ma cellule
Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
Je leur dis " à plus tard "

Je n' quitte pas Bordeaux
ce n’est pas un drame
je m'évade dans les mots
et les yeux d’une femme

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je vous salue belles et braves femmes
Et je vous plaide notre cause

Myriam et Maloria
Bienvenue parmi les
Souverains anonymes

1- Aujourd’hui, ce sont deux filles bien comme il faut qui nous font l’honneur et le plaisir de franchir le mur de ce château perdu. Myriam et Maloria, on dirait le duo d’un groupe célèbre de rap. Une blonde bien blonde et une brune très brune. Les hommes que nous sommes aiment les femmes que vous êtes, c’est pourquoi je vous dis déjà mille merci d’être avec nous… Myriam, tu es rédactrice en chef de la nouvelle revue VibePlus spécialisé sur le hip hop. Et toi Maloria, tu es chanteuse rappeuse et tu diriges le Festival Urban Energy, consacré au rap. Avant de parler de rap et de show-business. Parlons de vous, parlons de nous. Oublions le rap pour un instant. Myriam, tu marocaine née en France à Montpellier. Et toi Maloria, tu es québécoise de Ste-Foy. Parlez-nous SVP de vos origines, et pourquoi pas nous raconter un souvenir de votre enfance qui vous marque encore aujourd’hui..?

2- Bonjour Myriam. Tu es marocaine, je suis marocain. Je suis un peu beau, tu es très belle. Tu as étudié le rap à l’université Laval, j’ai appris le rap à l’université du crime. Toi, tu l’analyses, moi, je le chante. Toi, tu en parles, moi je le crie. Toi, tu le vends, moi je l’achète. Toi, tu le vois, moi je le vis. Pour toi, il existe, pour moi il a toujours existé. Pour toi le rap est une belle cause à défendre, moi je cherche à être défendu. Alors, cher Myriam.. Défend-moi un peu.. Parle de moi, de nous dans ta belle revue. Nous sommes des centaines de talents cachés derrière le mur, cassons le mur du silence, de l’indifférence.. Myriam, si tu ne le sais pas, tu es au temple du rap. Tu as fais des études sur le rap à l’Université avant de devenir rédactrice en chef d’un magazine spécialisé sur le ra. En attendant que je fasse la première page de ta revue VibePlus, dis-moi Myriam est-ce que c’est le rap qui t’a amené à l’université ou c’est l’université qui t’a amené au rap..??

3- Je suis curieux de savoir ce que l’intellectuel universitaire peut dire sur un art qui au départ n’avait rien d’intellectuel. Le rap ça vient de la rue, ça vient ventre, ça vient pas de la tête.. Avant de commencer à étudier le phénomène social du rap, quelle connaissance tu avais Myriam du monde de la rue..?

4- Bonjour, le rap je l’ai rencontré dans la rue. Dès que je l’ai vu, j’ai su que nous allions être les meilleurs amis. Une amitié qui dure encore. Maloria, tu le sais, le rap, le vrai, le pur, le dur, ce n’est pas dans un p’tit village comme Québec qu’il se trouve. Montréal, c’est la capitale du rap. D’ailleurs, si tu as déménagé à Montréal c’est parce que c’est ici que ça se passe.. Avant de nous parler de ton travail de directrice de festival de rap, raconte-nous comment tu as rencontré le rap, ou plutôt comment lui, il t’a rencontré..?

5- Re-bonjour, je suis Léonard, j’ai écris des centaines de pages en prison, mais ma plus belle phrase, je l’ai écris la semaine dernière, en préparant cette rencontre, la voici : ‘’Je ne remettrai plus jamais les pieds icitte et ça c’est ma décision’’ Myriam, Maloria. C’est ici à Bordeaux qu’on fabrique la parole rappeuse, 24 heures sur 24. À tous les jours, des émeutes de mots éclatent en rap, des mots explosent en vers et en proses, frappent, assiègent, dérapent, étonnent, détonnent, des mots écrits et criés, confiés, des mots colères, des mots repentir, des mots qui font du bien, des mots qui ne demandent qu'à être entendus. Myriam, tu diriges une revue sur le hip hop, Maloria, tu dirige un grand concours de rap pour faire découvrir des jeunes talents. À vous deux, je dis, le rap est devant vous. À vous d’en profiter pour avancer votre cause. En attendant que je passe la première partie de Wycliffe Jean, Dis-moi Maloria ce que je dois faire pour séduire le jury, donne-moi des trucs STP..?

6- Salut les filles, moi c’est Daoud, Moi je choisis au lieu de subir, et ça c’est ma décision. Il est interdit pour moi d’entrer ici si je n’écris pas un poème. Ça tombe bien, la poésie et moi, nous sommes comme un frère et une soeur. J’ai choisi donc de vous raconter une petite histoire : Il était une fois à Ste-Foy, une fille au cheveu or soleil. Pas à loin de Ste-Foy, à l’Université Laval, une autre fille au cheveu argent lune. Toutes les deux ne se connaissaient pas.. L’une à l’université et l’autre, dans la rue.. Mais sans le savoir une des deux étudiait l’autre. La blonde rappait, la brune écrivait sur le rap. Mais toutes les deux cherchaient à comprendre, toutes les deux cherchaient le sens du rap, le sens de la vie. Je vous dis les filles, Myriam et Maloria, arrêtez de chercher, vous avez trouvé. C’est juste devant vous. Je suis le sens. Je suis l’Afrique. Je suis le blouse, le jazz, le rock, le gospel, je suis le noir, je suis la musique, je suis le rap. Dîtes-moi les filles, maintenant que vous m’avez trouvé, moi Daoud Abid somalien et fier de l’être, en êtes-vous heureuses..?

7- Il y’a 15 ans, un jeune rappeur noir de New York, a porté les habilles de son grand frère qui était en prison. Les copains de son quartier portaient déjà les vêtements de leurs grands frères. Quelques mois plus tard, les jeunes du monde entier s’habillaient comme les jeunes noirs de New York.. Comme tu sais Myriam, le rap n’a pas la cause facile, il se fait récupérer par tout le monde. La mode, la pub, la musique, exploitent en masse le mode de vie des rappeurs. Vous consacrez un article sur le sujet. Et qui fait le plus de fric avec ça..? Des cravatés blancs au sourire très commerciale.. Quand est-ce qu’on va arrêter de se faire manger la laine sur le dos..? Je vous pose une question que vous posez vous-même dans cet article, Pourquoi les maisons de production, l’industrie et les structures de financement, boudent-ils le hip hop..?

8- Dans le premier article de votre premier no de VibePlus, vous faîtes clairement la différence entre le rap et le hip hop. Entre la poésie et la variété.. Est-ce que l’un empêche l’autre..? J’aime bien danser moi sur la vi- ti neg de Muzion..

9- Bonjour, je m’appelle Garfield. Produire mon premier album, ça c’est ma décision. Les bons rappeurs sont ceux qui ont grandi dans la marginalité. Mais depuis que le rap est devenu le hip hop, il sort quand même de plus en plus de la marginalité. Mais, au Québec, le rap ne fait pas vivre les rappeurs.. Or, tout le monde veut faire du rap.. Moi aussi, j’ai envie de tenter ma chance.. J’ai un bon matériel, tout pour sortir un album.. Beaucoup de gars en dedans, pour sortir du crime et de la violence comptent sur leurs talents de rappeurs pour faire des albums et pourquoi pas faire un peu d’argent.. Mais ce n’est pas encourageant quand on sait que même Muzion et SP sont obligés de faire d’autres choses pour gagner leur vie. Dîtes-moi les filles, comment rester motivé malgré tout..?

10- Salut Myriam, comme tu sais, en France, les arabes ont du succès dans le rap. Ici au Québec, ce sont les noirs. Mais il existe beaucoup de maghrébins à Montréal qui n’ont pas eu encore l’occasion d’être montrés au public. J’en connais qui sont vraiment très très bons. Eux aussi, ils ont des histoires de souffrances à raconter. Le rap en arabe à Montréal, ça existe.. Alors, pour quand un spéciale rap arabe dans votre magazine VibePlus..?

11- Bonjour Mesdames, je suis Antonio, le père d’un jeune rappeur de 22 ans. Il est dans la même prison que moi. Bientôt, nous serons libérés. Ni lui, ni moi, nous n’avons l’intention de remettre les pieds à Bordeaux. Ça, c’est notre décision. Mon fils a des projets lui aussi pour produire un album de rap. Comme tout papa, je veux pour mon fils un bon avenir. Je ne sais pas si le rap va le sauver, en tout cas je le lui souhaite.. Le rap n’est pas ma musique préférée. Je serais prêt à prêter ma belle voix italienne à sa musique pour bien vendre son album. Dîtes-moi, le rap au Québec même chanté en italien, ça reste un rap made in Québec.. Différent de celui en France ou au USA.. N’est-ce pas..?

12- Si vous permettez, on va parler d’autre chose que de rap. Tiens, parlons de moi. Je suis Charly King.. Le Souverain, le papillon, l’homme de passage qui a un message.. Mais je cherche encore cette bonne parole. Avant de la répandre, je dois d’abord la trouver.. Quand je vous entends belles dames parler, j’entends un peu de cette bonne parole.. Vous êtes des femmes de parole. Une parole responsable, une parole qui a quelque chose à dire. En tout cas moi, je vous ai entendu, j’espère vous revoir dehors, parce que j’ai aussi des projets. Le messager à des projets, ça s’appelle Charlie King Corporation, je ne vous en dis pas plus. Retenez mon nom.. Merci.

13- Parler du rap c’est bien, mais le chanter c’est encore mieux.. Je t’invite Maloria à nous chanter ce que tu sais. On chantera pour vous aussi.. À toi de jouer et à nous de t’applaudir..

14- Myriam et Maloria, c’est une journée inoubliable que nous venons de passer avec vous. J’espère qu’elle connaîtra des suites. Qui sait ce que l’avenir nous réserve..? Tout est possible. En tout cas chose certaine, si vous me revoyez ça sera dans la rue, dans un bar ou mieux encore sur une scène ou dans un album.. Merci d’être ce que vous êtes, des belles et braves femmes. Heureux les hommes qui croiseront vos chemins. Au nom de tous mes camarades, je vous déclare Myriam et Maloria, Souveraines anonymes..


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©M.L. 2005