Jeudi 24 janvier 2008

Sara Rénélik
Chanteuse, danseuse et chorégraphe

Je vois ta réussite dans ta façon de garder la tête haute.
Ta façon de rester fière de tes racines.
SA


Inchallah 0.53'


Première heure

partie 1 - 27.37' - partite 2 - 24.24'


Deuxième heure

partie 1 - 26.00' - partite 2 - 29.17'


Troisième heure
-- Musicale --

partie 1 - 28.45' - partite 2 - 27.15'



Je quitte ma cellule
Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
Je leur dis " à plus tard "

Je n'quitte pas Bordeaux
ce n’est pas un drame
je m’évade dans les mots
et les yeux de quatre femmes

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je te salue belle et brave créole
Et je vous plaide notre cause

Sara Rénélik

Bienvenue parmi les
Souverains anonymes





1- Bonjour Sara, je m’appelle Georges. Moi et mes amis Souverains nous sommes très heureux et honorés de te recevoir à notre émission. Je salue la présence de tes deux choristes et ton guitariste Wisley Louissaint qui récidive parmi nous. À travers la caméra que tu vois devant toi, c’est tous les Souverains de Bordeaux qui te regardent et te disent bienvenue. Je dois te dire honnêtement qu’avant d’écouter ton album ‘’Aube’’ je ne connaissais pas ton nom. Et pourtant, tu as derrière toi une longue expérience de chanteuse, danseuse et chorégraphe. Tu as déjà collaboré avec les plus grands. De Céline Dion au Cirque du soleil en passant par beaucoup d’artistes comme Emeline Michel, Eval Manigat et Yaya Diallo. Depuis quelques années, tu as décidé de suivre ton propre parcours et c’est comme ça que ton album ‘’Aube’’ est né en 2006. Nous l’avons écouté religieusement et je peux te dire déjà que cet album est venu me chercher profondément surtout avec ta chanson ‘’Pour les indécis de la terre’’. Je peux te dire déjà au nom de tous mes amis que tes paroles et ta voix nous vont droit au cœur. Il y’a quelque chose de lumineux dans cet album qui mérite d’être partagé par le plus grand monde possible. Tes paroles chantent le rêve et l’espoir. D’ailleurs ce que je fais de mieux à Bordeaux c’est justement de rêver et espérer à des jours meilleurs Inchallah. Je te parlerai de mes projets un peu plus tard. Maintenant parle-nous un peu de toi. Tu es née ici à Montréal, mais tu es très attachée à tes racines haïtiennes et créoles. Quand tu voyages dans le monde est-ce que tu te présentes comme une québécoise d’origine haïtienne ou comme une haïtienne qui vit au Québec, autrement dit comment tu définis ton identité..?

2- Bonjour ma chère Sara, je m’appelle Abidias Laguerre, je ne suis pas un empereur romain, je suis un Souverain de moi-même. Je m’appelle Laguerre parce que j’imagine que mon peuple a fait la guerre à un autre peuple qui voulait le dominer. Aujourd’hui la guerre que je mène c’est pour garder mon identité. La question de l’identité pour un jeune noir au Québec est très importante. Moi par exemple, quand j’étais jeune, ma mère m’interdisait de parler créole parce qu’elle avait peur que cela nuise à mon français. Aujourd’hui, je crois que je connais bien mon français, mais je parle bien aussi créole. Je ne l’ai pas appris comme la plus part de mes amis à la maison, mais en fréquentant mes amis noirs qui sont devenus un peu ma famille. Pour moi, parler créole, c’est très important. Ça me rappelle d’où je viens. Ça me donne une identité, une fierté. Mais je ne comprends pas pourquoi certains haïtiens méprisent le créole et pourtant cette langue est née d’un profond désir de liberté. Le créole c’est une langue de résistance et ça, beaucoup de jeunes noirs ne le savent pas. Il ne suffit pas de parler créole, il faut prendre conscience de son histoire. Sara, dans ton album ‘’Aube’’, on sent les racines. Toi qui es née ici à Montréal, d’où t’est venu ce besoin de te connecter avec tes racines créoles..?

3- Bonjour Sara, je m’appelle Cuz. Toi tu es née ici, moi je suis né là bas. Ici c’est Montréal, Québec Canada. Là bas c’est Port-au-Prince, Haïti, Perle des Antilles. Plus précisément, je suis né à Fort Mercredi. Aujourd’hui, nous sommes jeudi et je me sens fort en ta présence tout en sachant que Dieu seul est le plus fort. Quand je pense à Dieu, je pense à ma grand-mère, femme de prière. J’avais 13 ans quand je l’ai vu la dernière fois à Port-au-Prince. Elle me manque. Un jour, je retournerai dans mon pays juste pour la voir. Ma grand-mère est le seul bon souvenir qui me reste de mon pays. Je sais que si Haïti est encore debout, c’est grâce à des femmes comme ma grand-mère. En écoutant ta chanson Femme, c’est à elle que j’ai pensé, c’est à elle que je pense encore. Je suis sûr qu’elle prie pour moi. Moi je prie pour elle. Avant d’arriver en prison, j’avais oublié un peu Dieu. C’est entre les murs que je l’ai retrouvé. Que je sois né ici ou à Fort mercredi, Dieu est le plus fort, Dieu est partout, tout le temps. Je n’ai pas de question à te poser, juste un MERCI. Merci de chanter. Merci de danser. Merci de me sortir d’ici.

4- Rebonjour Sara, c’est encore Georges. Je suis de ceux qui aiment écouter tes chansons les yeux fermés. Chacune des chansons possède sa propre lumière. Chacune, à sa manière fait du bien. Mais celle qui a attiré particulièrement mon attention s’appelle ‘’Pour les indécis de la terre’’. On aurait pu te demander d’écrire une chanson sur tous les prisonniers de la terre, tu n’aurais pas fais mieux. Quand j’entends le refrain qui dit : ‘’Pour les indécis de la terre, tous mes vœux de dernier appel’’, je pense à tous ces hommes comme moi qui doivent un jour ou l’autre prendre une décision sur leur sort. Il ne suffit de rêver sa vie, il faut aussi la vivre et l’assumer. Tu dis aussi dans cette chanson ‘’L’humanité attend un jour sa liberté’’. L’humanité c’est aussi moi Georges, ton humble serviteur qui te dit message reçu 5/5. J’ai écouté cette chanson comme si elle avait été écrite pour moi personnellement. Et pour ton information chère Sara, je n’ai jamais été aussi résolu dans ma vie que depuis lorsque j’ai pris la décision de terminer mon secondaire 5 ici à Bordeaux. Sur ce point, je ne suis plus indécis. Parallèlement, je continue à lire et écrire. J’espère arriver comme toi à faire des chansons que les gens prendront comme des messages personnels. D’ailleurs, j’aimerais savoir. De toutes les chansons que tu as entendues d’autres chanteurs, laquelle que tu as l’impression qu’elle est adressée à toi personnellement..?

5- Bonjour Sara, je m’appelle Hinzo, alias Hans. Comme moi tu es haïtienne. Permets-moi de t’appeler ‘’ma sœur’’. La dernière femme dans ce local que j’ai appelé aussi ‘’ma sœur’’, s’appelle Michaëlle Jean. À elle comme à toi, j’aimerais te parler d’un problème qui touche notre communauté parce que je vois dans ton exemple une piste de solution. Les médias appellent ce problème ‘’Les gangs de rue’’. Moi, je préfère dire des jeunes en difficulté. Le problème avec les médias et la police c’est que dès qu’un jeune noir a un problème avec la justice, il est automatiquement associé à une gang de rue. Moi, je ne suis plus très jeune, mais on continue de me ficher ‘’Gang de rue’’. Cette façon de mettre tout le monde dans le même sac semble faire l’affaire des médias et de la police. Plus les gangs sont nombreux dans les statistiques, plus sont grands les budgets. Il ne s’agit pas de renier le problème des jeunes noirs en difficulté, mais j’ai des doutes sur la façon avec laquelle on veut résoudre ces problèmes. C’est pour ça que je préfère compter sur nous-mêmes que sur leurs budgets. Comme j’ai déjà dis à Michaëlle Jean, ‘’On ne peut pas comprendre le phénomène des gangs de rue si on continue à le réduire à une affaire de noirs et d’immigrants. D’ailleurs le fait de continuer à nous voir comme noirs et comme immigrants, ça nous marginalise encore plus. Ceci dit quand je vois une femme noire réussir dans la société, je me dis, les hommes noirs doivent s’inspirer de leurs sœurs. Alors ma sœur Sara, comme Michaëlle Jean, je te vois comme un exemple de réussite’’. Je vois ta réussite dans ta façon de garder la tête haute. Ta façon de rester fière de tes racines. Ta façon de chanter et de danser les racines. Les jeunes noirs devraient s’inspirer de la fierté de leurs sœurs et de leurs efforts de rester dignes. Dans le refrain de ta chanson Bonne nouvelle, tu reprends le plus beau message du Jésus: Aimez-vous les uns les autres. C’est ce que je souhaite à tous mes frères qui n’ont pas compris que leur haine les uns des autres fait l’affaire de quelqu’un quelque part qui aime les budgets. Sara ma sœur, je te le dis en créole, mesi d’être ici.

6- Bonjour Sara, je m’appelle Patrick, mes amis m’appellent Bo. Après avoir écouté ta chanson Femme, nous avons eu un long échange sur la femme. Un échange qui s’est transformé en hommage. Quelques soit le genre de relation que nous avons avec la femme, chacun de nous ici lui doit la vie. Les hommes sont souvent partagés dans leurs sentiments envers les femmes. Ceux qui les traitent de bitch, oublient que leurs mères et leurs sœurs sont des femmes. En traitant les femmes de putes, ils insultent leurs mères et leurs soeurs. En écoutant ta chanson Femme, j’ai pensé à ma mère. Une femme dont je suis fier parce qu’elle a traversé des jours sombres sans jamais désespérer. Malgré toutes les difficultés qu’elle a vécues, je ne l’ai jamais jugé. Je pense qu’on ne rendra jamais hommage à la femme, mais aujourd’hui c’est à toi Sara que j’aimerais rendre hommage pour la beauté de ton art et tout l’amour que tu donnes. J’aimerais en retour te donner notre album de chanson qui s’appelle ‘’Libre à vous’’. Il a un point commun avec ton album. Une des chansons s’appelle ‘’Femme’’, écrite par un Souverain et chantée par Karen Young. Je t’offre l’album et je te laisse découvrir d’autres chansons écrites par les Souverains.

7- Bonjour Sara, je m’appelle Richard. Je suis un nouveau Souverain et déjà je me sens très à l’aise dans ce programme qui me donne la chance de rencontrer et de parler avec des personnes aussi généreuses que toi. La semaine dernière quand Mohamed m’a demandé si c’est la première fois que je mets les pieds en dedans, j’ai répondu tout de suite ‘’Et c’est la dernière’’. La prison et la criminalité ne font pas partie de ma vie. Je suis ici pour une erreur que j’assume totalement et je te dirais qu’après une longue réflexion, franchement je crois que la prison c’était la meilleure chose qui pouvait m’arriver. La prison m’a donné le temps que je ne prenais pas, celui de réfléchir, de mieux me connaître et surtout de tirer des leçons. Si on le veut vraiment, on peut faire de son passage en prison un voyage intérieur. Aller vers soi-même. La prison m’a donné le temps de voyager en moi et déjà en préparant cette rencontre, je sentais déjà que toi Sara, tu feras partie des belles rencontres de mon voyage. D’ailleurs en écoutant ton album Aube, j’ai fermé les yeux pour me laisser aller par ta voix au-delà de ces murs. Ta chanson Inchallah m’a particulièrement touché. ‘’Et je reviens Inchallah’’, je pense que je vais me répéter souvent ce refrain. Et je reviens Inchallah à toi mon fils, en demandant à Dieu de me pardonner de t’avoir abandonné un peu. Merci Sara d’avoir écrit cette si belle chanson. Si j’étais le directeur de cette prison, j’aurais inscris Inchallah dans le programme des alcooliques anonymes et d’autres programmes de réinsertion. Mais je ne serais jamais le directeur de cette prison. En attendant de t’entendre la chanter devant nous, dis-moi Sara, Inchallah ce n’est pas juste le titre d’une chanson. Inchallah veut dire en arabe ‘’Si Dieu le veut’’ est-ce que c’est aussi ta devise de vie..?

8- Bonjour Sara, je m’appelle Malamine, je suis africain de Guinée. Moi aussi, j’étais ému par ta chanson Inchallah. C’est un mot très populaire dans tous les pays musulmans. Dire Inchallah à la fin de chaque phrase, c’est une façon de rester modeste devant la volonté de Dieu. Le problème c’est que beaucoup de gens sur terre compte sur Dieu pour faire tout pour eux. Par exemple moi, j’ai un gros problème avec le jeu. Je passais plus de temps au Casino de Montréal que dans ma maison. Maintenant que dois-je faire à ton avis ? Attendre que Dieu veuille régler mon problème de jeu ou prendre moi-même l’initiative et faire les démarches pour me guérir de cette maladie qu’on appelle l’appât du gain. Je crois beaucoup à la volonté de Dieu. Mais Dieu m’a donné aussi la capacité de faire des choix. Comme on dit : Aide-toi, le ciel t’aidera. Tout en le priant chaque soir de me donner la force d’agir, je vais combler ma soif du jeu par une soif d’amour. Aimer ma famille, mes amis et mon enfant. À quoi sert tout l’argent du monde s’il n’y a pas d’amour..? Maintenant, ma question est celle d’un admirateur africain. Quand est-ce que tu viendras chanter Inchallah en Afrique..?

9- Bonjour Sara, je m’appelle Emmanuel. Personnellement, j’ai bien connu la rue. Elle m’a appris beaucoup de choses. J’ai vu le meilleur et le pire. J’ai même frôlé la mort. J’étais une autre personne tellement j’étais pas tenable. J’aurais pu mourir à force de souffrir. Mais grâce à Dieu, je suis toujours vivant et je suis plus calme. Aujourd’hui je tire de mes leçons de rue, des leçons de vie. C’est ce que je souhaite à tous mes frères. Ne pas laisser leur colère les détruire comme elle a failli me détruire. Au lieu de vider leur colère sur les autres, je préfère les entendre la chanter haut et fort. Dis-moi Sara, est-ce qu’elle t’arrive d’être en colère si oui, contre qui ou contre quoi..?

10- Bonjour Sara, je m’appelle Bruce. Je suis blanc, mais il y’a quelque chose en moi de noir. Je suis québécois, mais il y’a quelque chose en moi de créole. Être noir ce n’est pas juste une affaire de peau, mais aussi de cœur. À force d’entendre parler mes amis haïtiens, aujourd’hui je comprends le créole, je le parle un peu et surtout j’ai tendance à tomber amoureux de femmes noires. Ma question est simple Sara quand un blanc te parle dans ta langue créole est-ce que ça te séduit ou ça le réduit..?

11- Bonjour Sara, je suis Hugens. Je suis un nouveau Souverain, c’est la première fois que je mets les pieds en dedans et sûrement la dernière. D’ailleurs, je ne perds pas mon temps ici. Je vais à l’école et j’essaye de profiter de tous les activités qui me serviront dehors. Comme toi, j’ai tendance à chanter un peu. Je ne chante qu’en créole. Pour toi j’ai préparé ceci :

12- Ma chère Sara.., c’est le moment tant attendu de notre rencontre pour écouter ta voix et ta musique.. Avec tes deux choristes Sylphir et Marilyn et ton guitariste Louissaint, je t’invite à nous faire plaisir par une évasion musicale. Kattam, est un grand percussionniste et un ami des Souverains, il va vous accompagner. À vous de chanter, de danser et à nous de vous applaudir.

13- Ma chère Sara, tu es venue à Bordeaux nous apporter bonheur, j’espère que ton passage parmi nous t’apportera bonheur et succès.. Tu le mérite bien. Avec tes amis, tu nous a donné la beauté, le charme, et l’élégance. Tu seras présente dans mes prochaines prières. Que Dieu vous protège et vous donne ce qui a de mieux. Gardez la tête haute. Inchallah, tu reviendras à notre émission. D’autres hommes ont besoin de t’entendre et te voir parce que tu inspires le bien. Au nom de tous mes camarades Sara Rénélik, ainsi que tes deux choristes Sylphir, Marilyn et ton guitariste Louissaint, sans oublier Kattam aux percussions, je vous déclare tous Souverains anonymes.






Ont participé musicalement à la réalisation de cette émission,
Les Souverains : Georges, Hinzo, Bo, Carl, Cuz et Ben Soussan
Choristes de Sara: Sylphir Charest et Marilyn Félix.
Percussionniste: Matey Yawo (Moïse)
Percussioniste invité: Kattam.
Le fond sonore: Sara Rénélik / Album : Aube.

My space, page de Sara Rénélik.




Émission dédiée à la mémoire de Jean Dominique,
jounaliste et homme de Radio, assassiné en avril 2000 à Port-au-Prince.

Dédiée également à la mémoire de la grand-mère du Souverain Hinzo
(décédée il y'a quelques semaines).



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©M.L. 2008