Radio Souverains

Christine Saint-Pierre - Ministre de la Culture

Je quitte ma cellule
Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
Je leur dis " à plus tard "

Je n' quitte pas Bordeaux
du moins pas encore
je m’évade dans les mots
et la musique des noirs

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je vous salue femme de Culture
et de communication
Et je vous plaide notre cause

Christine Saint-Pierre
Ministre de la Culture,
des communications
et de la condition féminine

Bienvenue parmi les
Souverains anonymes

Christine Saint-Pierre et Senaya
écoutez cette émission en deux parties
sans téléchargement
Première partie 55mn 50'

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Deuxième partie 55mn 20'

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21 janvier 2010

1- Bonjour Madame la Ministre. Bienvenue parmi nous. Je m’appelle Ben. J’aimerais vous dire d’entrée de jeu que tous les Souverains de Bordeaux sont de tout cœur avec nos sœurs et nos frères du peuple haïtien éprouvé par un grand tremblement de terre. Comme dirait un grand chanteur québécois ‘’La vie est fragile’’. Mais la vie continue. Nous avons été très touchés et même grandement ébranlés par les images qui nous parviennent d’Haïti chaque jour depuis le 12 janvier. De toutes ces images, je retiens celles qui montrent des hommes et des femmes haïtiens en train de marcher pacifiquement, en train de prier, de chanter, de danser. Cette image très forte est une leçon pour le monde entier et particulièrement pour quiconque se trouve dans une situation de détresse. Comme dirait Dany Laferrière et je le cite «Quand tout tombe, il reste la culture. Et la culture, c'est la seule chose que Haïti a produite. Ça va rester. Ce n'est pas une catastrophe qui va empêcher Haïti d'avancer».

Pour aider Haïti d’avancer, nous continuons, nous aussi d’avancer. En priant, en chantant et en dansant comme le peuple d’Haïti sait le faire. Un peuple qui a déjà donné au monde entier et à plusieurs reprises des leçons de vie, des leçons de dignité. Après notre petit échange, nous vous présentons Madame Saint-Pierre un petit spectacle dédié entièrement au peuple d’Haïti.

Madame La Ministre. La dernière fois que vous êtes venue nous voir c’était le 30 novembre 2009, il y’a presque deux mois. Nous étions encore dans le vieux local. Depuis le 11 décembre dernier nous avons un nouveau local. Un studio Théâtre dois-je dire. Comme vous constatez, nous avons un plus grand espace, une scène avec un rideau. Des éclairages et tout ce qu’il faut pour faire de la culture en dedans. Et qui mieux que la Ministre de la Culture et des communications pour réaliser notre première rencontre radiophonique dans notre nouveau studio..? Alors, je vous dis déjà MERCI d’être notre première invitée de l’année. Et je souligne la présence parmi nous d’une grande artiste, la chanteuse Senaya, qui va nous accompagner musicalement aujourd’hui.

Madame Saint-pierre. En attendant de vous démontrer nos talents sur notre nouvelle scène, faisons d’abord mieux connaissance. Moi je viens du Maroc. Je suis un artiste, un g’naoui, un africain, un marocain, un québécois, un canadien et devant vous aujourd’hui, je suis un Souverain. J’ai débarqué au Québec en 1982. Dans mes valises, je suis arrivé avec 1400 ans de culture arabo-musulmane-berbère. J’ai étudié en sociologie à l’Université de Montréal et je suis devenu père de deux enfants. Un garçon et une fille. Mon attachement au Québec se fait essentiellement à travers mes enfants. Je peux prétendre aujourd’hui que je suis riche de plusieurs cultures. Je parle 4 langues. L’arabe, le français, l’anglais et le berbère. Il m’arrive parfois de parler une cinquième langue que je suis le seul à comprendre. La langue des g’anoui. Une langue afro-marocaine. Je vous ferais une démonstration plus tard.

À votre dernier passage chez les Souverains, je vous avais dis Madame Saint-Pierre que la culture est partout, même à Bordeaux. Grâce à notre programme radiophonique, elle parvient à travers nos voix à tous ceux et celles qui veulent bien découvrir d’autres imaginaires, d’autres cultures. Ce programme convient parfaitement à ma soif de création et d’expression. Je ne compte plus le nombre de chansons, de texte et de dessins que j’ai créés dans le cadre de ce programme. À Souverains anonymes, j’apprends à enrichir ma culture.

Mais la culture est un sujet vaste, c’est pourquoi, en préparant cette rencontre, nous nous sommes interrogés sur la question de la Culture. Madame Saint-Pierre, avant de vous livrer nos témoignages sur la culture, nous aimerions connaître d’abord votre propre définition. Qu’est-ce que c’est la Culture pour la Ministre de la Culture..?

2- Bonjour Madame Saint-Pierre, je m’appelle Caleb. Je suis québécois, d’origine haïtienne. À propos de culture, je vous avais dis à notre dernière rencontre que nous les haïtiens, nous quittons Haïti, mais Haïti ne nous quitte pas. Quand par exemple la terre bouge en Haïti, elle bouge aussi au Québec. Parce que la communauté haïtienne au Québec est la plus grande après celle de Miami et de New York. Mais aussi, parce que pour beaucoup de québécois un haïtien, ce n’est pas un étranger. En tant que haïtien, je tiens à exprimer ma grande reconnaissance au peuple québécois d’être aussi généreux avec Haïti dans la grande épreuve qu’il traverse. Il faut dire aussi que depuis les années 60, le Québec s’est enrichi par tous ces haïtiens qui ont contribué à faire le Québec moderne d’aujourd’hui. En passant, je rends hommage à Georges Anglade qui a péri avec sa femme sous les décombres de la maison familiale. Il était géographe, il est un des fondateurs de l’UQAM. La Culture haïtienne est très forte et abondante, tellement abondante qu’elle est capable de fournir d’autres cultures. Nous avons eu dernièrement l’exemple de Dany Laferriere qui a gagné le Médicis 2009, choisi par Radio Canada et la Presse comme personnalité de l’année 2009. Nous avons l’exemple de Michaëlle Jean devenue Gouverneure Générale du Canada. C’est tout à l’honneur d’Haïti, à l’honneur du Québec et du Canada. D’ailleurs, depuis que Michaëlle Jean est devenue Gouverneure Générale du Canada, beaucoup de jeunes haïtiens voient leur avenir autrement. Mon projet à moi c’est de devenir le gouverneur général de moi-même. Dans ce projet, j'aimerais être accompagné de la femme de ma vie. L’étoile de ma vie existe quelque part dans le monde. Je la trouverai à ma sortie de Bordeaux Inchallah. Comme dit le proverbe ''Marche comme un roi et tu trouveras ta reine''. Je vais marcher comme un Souverain et je vais croiser ma Souveraine. Merci Christine d’être ma Souveraine d’aujourd’hui. Êtes-vous contente que je sois votre Souverain d’aujourd’hui..?

3- Madame Saint-Pierre, Moi aussi, j’espère de tout cœur, que devant tant de morts, nous allons aimer la vie. Nos frères et nos sœurs qui sont morts en Haïti dernièrement, ils ne sont pas morts pour rien. Ils sont morts pour nous. Ils sont morts pour la reconstruction d'Haïti. Ils sont morts pour que les yeux de la communauté internationale soient rivés sur nous. (En espérant, cette fois-ci que les américains et les français ne resteront pas trop longtemps). Tous ces hommes, ces femmes et ces enfants morts sous les décombres ce sont nos héros. Ils sont morts pour le bien d’Haïti. Dieu ne nous a pas puni, mais Dieu nous a envoyé un message, à nous de savoir le décoder. Merci!

4- Bonjour Madame Saint-Pierre, je m’appelle Gary, un vieux Souverain. Je viens de la rive sud de Montréal Madame Saint-Pierre. Avant d’embarquer dans la politique active en mars 2007, vous étiez journaliste à Radio Canada. Votre carrière de journaliste remonte à 1976. Donc 32 ans de journalisme avant de passer en politique. J’imagine que votre passage à la politique n’était pas planifié. Moi non plus mon passage en prison n’était pas planifié. Je suis à ma première sentence et je peux vous dire déjà que c’est la dernière. Je ne veux pas comparer la politique à la prison, mais je peux imaginer que ce n’est pas toujours facile de faire de la politique. Vous avez 32 ans d’expérience en journalisme, presque 3 ans en politique. Dans lequel des deux domaines vous vous sentez la plus libre..? Le journalisme ou la politique..?

5- Bonjour Madame Saint-Pierre. Je m’appelle Zakarie. D’après nos informations, en tant que Ministre de la Culture, vous accordez une importance particulière au patrimoine culturel du Québec. Vous avez fait une tournée de consultation dans 13 villes du Québec pour préparer une loi sur le patrimoine culturel. J’aimerais vous rappeler que cet endroit qui s’appelle la prison de Bordeaux fait partie du patrimoine culturel du Québec. Dans deux ans, c'est-à-dire en 2012, Bordeaux fêtera son centième anniversaire. Personne de nous ici ne vous dira qu’il aime la prison. La prison n’est pas souhaitable à personne. Mais la prison fait partie de notre réalité. Elle fait partie de notre culture. La prison joue un rôle de protection. Elle ne protège pas seulement le citoyen. Pour beaucoup de détenus la prison a été la meilleure protection qui pouvait leur arriver. Pour beaucoup, la prison a été une école ou ils ont terminé leur secondaire 5. Pour certains, la prison a été une école de vie ou ils ont appris à mieux vivre. Mais pour être honnête, il faut ajouter aussi que pour d’autres détenus, la prison aura été une école du crime. Mais pour moi personnellement, quand je viens à Souverains anonymes pour rencontrer des artistes, des écrivains et même parfois des Ministres, je me sens loin du crime. Je ne me sens même plus en dedans. Je me sens libre. Je me sens Souverain de mon destin. Souverain de ma dignité. Au moment où je vous parle Madame la Ministre, au Centre de formation de Bordeaux, des détenus sont en train de suivre des cours de français, de maths, d’alphabétisation, de musique ou de poterie. Beaucoup de citoyens ignorent malheureusement cet aspect culturel de Bordeaux. J’espère qu’à l’occasion du centième anniversaire de Bordeaux, on n’évoquera pas seulement les émeutes, les évasions et les condamnations à mort. J’aimerais qu’on parle aussi de tous ces hommes devenus Souverains de leurs vies. J’aimerais qu’on parle de toutes ces chansons, ces lettres, ces peintures, ces dessins, ces poèmes, ces musiques et ces livres créés entre les murs de Bordeaux depuis 1912. Et depuis 1990, donc depuis 20 ans, le patrimoine culturel de Bordeaux s’est enrichi d’un programme radiophonique devenu notre fenêtre sur le monde. En tous cas, en 2012, je ne serai plus à Bordeaux. Je n’ai pas l’intention de revenir. Mais peut-être que vous, vous y reviendrez en tant que Ministre de la Culture pour souligner le patrimoine culturel de Bordeaux. Celui dont je viens de vous parler. Et je vous dis d’avance MERCI Madame la Ministre!

6- Bonjour Madame la Ministre. Je m'appelle Georges. Je suis un Souverain, mais je ne suis plus détenu depuis presque deux ans. je suis un homme libre et très heureux de l'être. Ce qui se passe en Haïti depuis quelques jours me renvoi à ma propre histoire. Moi aussi, j'ai déjà vécu un genre de tremblement qui a secoué les fondations de mon être. À l'âge de 16 ans, j'ai été poignardé dans le dos, un évènement qui m'a fait perdre tous mes repères ce qui explique pourquoi je me suis trouvé un jour à Bordeaux. Mais, à Bordeaux, j'avais le choix de me détruire ou de me reconstruire. Je croix que j'ai fais le choix que les haïtiens sont en train de faire. Se reconstruire. Se rebâtir, se refaire. Si, pour les citoyens, Bordeaux est une prison, pour moi Bordeaux a été une école. Une école de vie bien sûr mais aussi une vraie école. Après plusieurs mois passés à ''Bordeaux'', j'ai quitté cette institution avec mon diplôme de secondaire 5. Aussitôt après, je me suis inscrit à une école de commerce internationale. Aujourd'hui, je travaille pour une agence de recouvrement qui fournit ses services au gouvernement du Québec. Donc, Madame la Ministre, vous et moi, nous sommes en quelques sortes des collègues puisque nous sommes tous les deux, au service de l'État québécois.

Je tiens à dire aussi que mon passage à Bordeaux a été enrichi aussi par mon expérience à Souverains anonymes ou j'ai développé mon don naturel de communicateur. Quand je pense que je me suis entretenu à deux reprises avec son honorable la Gouverneure Générale Michaelle Jean et que j'ai pu lui parler de ma vie tout en lui chantant ma chanson écrite spécialement pour elle. Et je ne parle pas de toutes mes performances devant les autres artistes. D'ailleurs, c'est après le deuxième passage de Michaëlle Jean que j'ai pris la décision de terminer le secondaire 5. Sûrement qu'elle a été une inspiration pour moi. Mais vous aussi Madame Saint-Pierre vous êtes une inspiration. 32 ans de journalisme, c'est quand-même un sacré parcours. On ne sait jamais peut-être que je vais prendre des cours de journalisme..!!

Si vous permettez Madame Saint-Pierre, en hommage à mes frères et mes sœurs d'Haïti, j'aimerais chanter quelque chose que je chantais souvent à la Chapelle de Bordeaux. Un chant d'espoir qui a apaisé mon âme, un chant que les haïtiens doivent sûrement répéter de ces temps-ci :

Comme un souffle fragile
Ta Parole se donne
Comme un vase d'argile
Ton amour nous façonne.

Ta Parole est murmure
Comme un secret d'amour
Ta Parole est blessure
Qui nous ouvre le jour

Ta Parole est naissance
Comme on sort de prison
Ta Parole est semence
Qui promet la moisson.

Ta Parole est partage
Comme on coupe du pain
Ta Parole est passage
Qui nous dit un chemin.

7- Bonjour Madame Saint-Pierre, c'est le prince Charles. Après le tremblement de terre en Haïti, nous avons passé deux jours à nous exprimer sur ce drame. Cela a fait l’objet d’un reportage que Mohamed a diffusé sur Internet. Des nombreuses réactions que nous avons reçues, certaines personnes sont apparemment étonnées de nous découvrir capables de tant de compassion et de réflexion. Dans mon témoignage, je disais que les haïtiens n’ont pas d’autres choix que de donner un vrai sens à leur devise ‘’L’union fait la force’’. Parce qu’on pourrait reprocher à tout le monde d’être la source de nos malheurs, mais nous sommes aussi responsables de ce qui nous arrive. Nous nous sommes divisés et nous avons laissé d’autres régner sur nous. Nous avons un drapeau avec deux couleurs, bleu et rouge. Aujourd’hui, quand les médias parlent de bleu et de rouge c’est pour faire allusion à des gangs de rue qui se font la guerre. J’espère de tout cœur que ce temps-là est révolu. J’espère que ce tremblement de terre va rappeler tous les haïtiens que nous appartenons tous au même drapeau, aux mêmes couleurs, à la même terre, à la même patrie. Ne demandez pas ce que Haïti peut faire pour moi, demandez ce que moi je peux faire pour Haïti. Ce que je peux faire de mieux pour Haïti chérie, c’est d’aimer la vie pleinement. Aimer mes enfants. Madame Saint-Pierre, si vous revenez un jour à Souverains anonymes, ne comptez pas sur ma présence. C’est la dernière fois que je suis à Bordeaux. Maintenant, j’ai une petite question : Avec ce qui se passe en Haïti, auriez-vous aimé être à Port-au-Prince..?

8- Bonjour Madame Saint-Pierre, je m’appelle Alain, comme vous avez remarqué à Souverains anonymes, nous sommes de toutes les Cultures. Marocaines, haïtienne, algérienne, indienne, trinidadienne. Bref c’est la culture du Québec de demain qui s’exprime aujourd’hui devant vous. Depuis 20 ans, Mohamed invite des artistes pour venir goûter à la culture des Souverains. Personnellement, je suis toujours très impressionné par les trésors cachés de ces hommes pour qui la vie, n’a pas toujours été un cadeau. Mais pour moi, chaque fois que j’entends une chanson écrite par un Souverain, même si ce n’est pas dans mon style musical, je suis quand-même impressionné par la qualité d’écriture et de réflexion, notamment sur le drame haïtien. Pour moi, ces hommes ont l’art de faire du temps. Et j’espère en faire partie. J’ai écris un poème sur le sujet. L’art de faire du temps :

Tu dis que c’est toute de leur faute
À ce que je sache c’est toé qui a fait le cave
C’est sûrement pas eux autres qui t’ont poussé à faire le zouave
Derrière tes barreaux tu brailles en silence

Peu à peu tu te sens envahi de démence
Pour ne pas sombrer, tu nourris ta rage
Tu tournes en rond comme un lion en cage
T’as pas compris comment vivre en dedans,

Tu ne sais pas c’est quoi l’art de faire du temps..
Tu t’acharnes à détester les murs et à haïr les srews
Pis tu te demandes pourquoi t’es dans le trou
Ils peuvent garder ton corps enfermé

mais ils ne peuvent pas enlever ta liberté
Ta liberté d’être, de savoir et de penser
T’élève bien au dessus de toutes leurs barbelés
Avec elle, tu traverses vents et marrées

Avec elle, tu traverses peur et noirceur
Tu auras enfin compris l’art de faire du temps,
Tu es libre même en dedans..

9- Madame Saint-Pierre, je vais vous inviter à regarder et écouter quelques créations que nous avons concoctées pour vous. Pour nous accompagner musicalement sur notre nouvelle scène, nous avons fait appel à une grande chanteuse. Senaya, retenez son nom. Elle est sénégalaise, martiniquaise et québécoise. Son premier album s’appelle ‘’Soul Créole’’. Je vous invite vivement Madame Saint-Pierre à écouter sur notre site web l’émission que nous avons réalisée avec Senaya. Alors, pour commencer notre petit spectacle, à toute femme tout honneur, je la laisse nous chanter sa chanson créole M’win tela.

10- Madame Saint-Pierre. L'écrivain Dany Laferrière, nous a fait l'honneur de sa présence il y'a un mois, à l'occasion du 20 me anniversaire de Souverains anonymes. Comme mot de la fin, il nous a dit quelques phrases marquantes sur Haïti que j'aimerais vous répéter. Je le cite:

''L'énigme c'est que, sur ce fumier de misère, de famine, de drame politique, de tragédie humaine et personnelle, comment se fait-il que 7 millions d'affamés aient pu faire fleurir autant d'art. Cette musique haïtienne si entrainante, cette peinture qui n'a rien avoir avec la réalité, puisqu'qu'elle sort de cette réalité pour transcender, pour sublimer, pour aller plus loin. Comment se fait-il que des gens qui n'ont rien, absolument rien. N'avoir rien ce n'est pas si grave, mais savoir que vos enfants n'ont rien, il y'a une angoisse. Malgré cette angoisse, ils ont pu faire cette peinture pour donner, pour fêter, afin que même ceux qui sont plus riches, plus confortables puissent avoir accès à un peu de joie dans leur cœur. C'est incroyable que cette littérature, qui ne vit d'aucune subvention, parce qu’autrefois, la seule subvention qu'un écrivain haïtien pouvait obtenir c'était de ne pas le foutre en prison. Cette année, cette littérature a raflé 13 prix et distinctions. Ces écrivains dont ont dit qu'ils n'existent pas, Comment ont-ils pu relever la tête et gagner des prix avec un art le plus artificiel au monde. Un art qu'ont fait avec 26 lettres de l'alphabet. D'ou vient cette énergie, moi je ne sais rien, je crois que c'est ça l'énigme. On devrait inviter la planète entière à aller voir ces gens''.

Un mois après avoir prononcé ces paroles ici même sur cette scène, la planète entière s'est tournée vers Haïti, mais ce n'est pas pour admirer la peinture ou la littérature haïtienne, mais pour porter secours aux victimes d'un grand tremblement de terre qui a détruit Port-au-Prince et d’autres villes avoisinantes. Je souhaite du fond de mon âme qu’une telle tragédie soit l’occasion de reconstruire Haïti et que cette reconstruction ne se fasse pas aux dépends des haïtiens, mais avec eux et pour eux. Je souhaite aussi que cette tragédie soit l’occasion pour la planète entière de découvrir les merveilles culturelles de ce peuple qui a toujours tenu le coup grâce à sa culture et à sa spiritualité. Haïti, ton rhum goûte le soleil. Haïti, personne ne t’empêchera de vivre ta lune de miel. Haïti, tu es plus qu’un pays, tu es un monde. Un monde merveilleux. J’ai envie de partir en voyage dans ce monde merveilleux.

11- Madame Christine Saint-Pierre, c’est la première fois qu’une Ministre de la Culture au Québec (et peut-être dans le monde) franchit la porte d’une prison pour participer à une émission de Radio. J’espère que ce n’est pas la dernière. Cette rencontre fera désormais partie du patrimoine culturel des Souverains anonymes. Transmettez nos salutations à votre collègue Ministre de la sécurité publique, Monsieur Jacques Dupuis. J’aimerais au nom de tous mes camarades Souverains remercier la chanteuse Senaya. Retenez son nom, Senaya, qui veut dire ce que Dieu donne. En franchissant la porte de Bordeaux aujourd’hui, vous donnez à cette phrase tout son sens. en attendant votre retour à notre émission, je vous souhaite le succès dans vos missions et je vous déclare Christine Saint-Pierre, Souveraine anonyme.


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