Mercredi 18 mai 2006

Johanne Vallée

Directrice générale des Services Correctionnels du Québec
Sous-Ministre associée à la Sécurité Publique



Je vous dis tout de suite Madame,
c’est la première et la dernière fois que je mets les pieds en prison.
J'ai appris ce que j'ai à apprendre. SA


Trois extraits sonores

extrait I - 6.26 - extrait II - 13.20 - extrait III - 7.17

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extrait I - 26.30 - extrait II - 28.04 - extrait III - 26.38 - extrait IV - 27.00

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extrait I - 26.30 - extrait II - 28.04 - extrait III - 26.38 - extrait IV - 27.00

Je quitte ma cellule
Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
Je leur dis " à plus tard "

Je n' quitte pas Bordeaux
ce n'est pas un drame
je m'évade dans les mots
et les paroles d'une femme

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je vous salue femme de pouvoir et de vouloir
Et je vous plaide notre cause

Johanne Vallée
Bienvenue parmi les
Souverains anonymes





1- Bonjour Madame Vallée, je m'appelle Philippe, je suis le doyen des Souverains anonymes. Il y’a trois mois, vous aviez accompagné, la Gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean à notre émission. Mais par manque de temps, nous n’avions pas eu l’occasion d’entendre votre voix. Aujourd’hui, Je vous dis déjà Merci d’être de nouveau parmi les Souverains anonymes au moins pour deux raisons : D’abord, c’est toujours très agréable et très important pour nous de recevoir un citoyen ou une citoyenne de l’extérieur de la prison, et deuxièmement parce que vous n’êtes pas n’importe quelle citoyenne, Vous avez Madame Vallée, la responsabilité de tous les Centre de Détention du Québec. C’est donc à titre de directrice des Services Correctionnels du Québec que moi et mes amis Souverains nous vous recevons. Cette rencontre est en quelque sorte une conférence de presse privilégiée pour nous. Mais je vous dis tout de suite, ne nous sommes pas des journalistes, nous sommes mieux que ça. Nous sommes des Souverains anonymes, c'est-à-dire des citoyens de passage en prison qui n’ont pas perdu ni leur dignité ni leur sens critique. Et à propos de dignité et de sens critique, je crois qu’il serait intéressant pour vous à l’occasion de cette rencontre d’entendre directement de la voix des détenus des témoignages que je vous laisse juger leur pertinence. Avant de laisser mes amis Souverains vous adresser la parole et avant de vous poser quelques questions sur la nouvelle réforme correctionnelle, dîtes-nous Madame Vallée, à part d’avoir été à la tête d’une association pour la réhabilitation sociale du Québec durant 18 ans, qui êtes vous, d’où venez-vous et comment allez-vous ?

2-Bonjour Madame Vallée, je m’appelle Georges William, Camerounais de naissance, québécois depuis l’âge de 6 ans. Je vous dis tout de suite Madame, c’est la première et la dernière fois que je mets les pieds en prison. Mon passage à Bordeaux sera finalement pour moi une expérience constructive à condition que je ne récidive pas. Franchement, je crois que j’ai déjà appris ce que j’ai à apprendre. Je me considère particulièrement chanceux d’avoir fait du temps à Bordeaux juste avant le départ à la retraite du père Jean, aumônier de Bordeaux. Cet homme de lumière m’a beaucoup apporté et je ne suis pas le seul à avoir profité de ses lumières. Comme j’ai dis devant lui lors de sa dernière messe, ‘’Tel que l'eau de pluie qui s'infiltre dans la terre pour la fertiliser et la rendre féconde, les paroles et les enseignements du Père Jean s'infiltrent dans les failles de nos cœurs pour nous enseigner une seule chose, une seule loi. L'AMOUR.’’ Madame Vallée, pour faire le genre de travail que vous faîtes, je suis sûr que vous devez aimer les gens. Alors, je ne vous pose pas de questions, je vous dis simplement ce que le Père vous aurait dit lui-même, continuer d’aimer et ça ira bien et mieux.

3- Madame Vallée, je suis Schubert et je ne suis pas le petit fils de Schubert, mais comme Schubert moi aussi je fais de la musique. Schubert a composé Avé Maria et moi je chante ''Maria attend-moi, ça ne sera pas long, encore un mois, un petit mois et je suis avec toi. Mais Maria ne m’attend plus, Avé Maria..!!''

Madame Vallée, Notre dernière rencontre à SA c’était avec le père Jean. J’ai beaucoup aimé entendre de lui certaines choses qui me réconfortent et me donne espoir. Le père Jean nous a dit qu’il ne croit pas que certaines personnes incarcérées sont irrécupérables. Moi qui a fait du temps depuis 1988, j’ai besoin d’entendre ce genre de mots parce qu’il m’arrive parfois de désespérer. De me juger moi-même. Avec le temps, j’ai appris à retirer quand même quelque de mon passage en prison. C’est bizarre de le dire, mais si vous entrez dans ma cellule, vous croirez que c’est une chambre. Une belle chambre. Propre. Ordonnée. Chaque chose est à sa place. Si je pouvais je mettrai une couleur de mon choix sur le mur. Ma cellule, c’est mon havre de paix. C’est là que je fais mes prières. C’est là que je réfléchis sur mon avenir. C’est là que je pense à mes enfants et à leur avenir. C’est là que je m’évade complètement. Voilà pourquoi je fais de ma cellule une chambre. Quand je serai libre, je ne veux pas garder de rancune envers le système ni personne. Je veux continuer à vivre en paix en gardant le sourire. Je regarde votre sourire Madame Vallée et ça m’inspire. Merci.

4- Madame Vallée, je suis Mahan, iranien et fier de l’être. Je suis arrivé au Québec à l’âge de 7 ans. Avec le recul, je ne suis pas sûr qu’immigrer au Canada c’est la meilleure qui m’est arrivé, mais la situation en Iran a obligé beaucoup de famille de partir. Je suis resté très attaché à ma culture et à ma langue. Moi Madame, je souffre quand je vois ce qui se passe en Irak et en Afghanistan. Combien de fois j’ai demandé au Père Jean de prier pour eux car je souffre pour eux. Je souffre d’impuissance. Mon malheur c’est rien à côté de leur malheur. Parfois, je suis dans ma cellule et je pense à mes sœurs et mes frères qui se battent chaque jour pour survivre. Parfois je me dis que je serais plus utile à leur donner un coup de main que d’être à Bordeaux. Je reconnais le mal que j’ai fais et je paye ma dette à la société, mais j’ai envie de me rendre utile. Si on n’a pas besoin de moi ici, je serais peut-être mieux là bas. J’aimerais que ma mère soit fière de moi. J’en ai marre de faire du temps. Il est temps que ça change pour moi, mais j’ai peur que les irakiens, les afghans et les palestiniens ne souffrent encore pour des années. Merci de m’avoir écouté.

5- Bonjour Madame Vallée. Je m’appelle François. Je suis à Souverains anonymes parce que j’ai croisé Mohamed à la chapelle quand il est venu enregistré un reportage sur le Père Jean. Quand j’ai vu son micro, j’ai sortie ma voix radiophonique pour lancer deux ou trois mots ‘’Ladys and gentleman…’’ Mohamed m’a aussitôt invité de m’inscrire à son programme. Il m’a dit que si je veux je pourrais faire de la radio en dehors.

Voyez-vous, ce n’est pas compliqué la réinsertion sociale. Il suffit de redonner de l’estime de soi aux hommes de passage en dedans. Leur dire qu’ils sont capables de faire des choses. De belles choses. Comme maintenant par exemple, j’ai un micro dans la main et je m’adresse à la Sous ministre de la Sécurité Publique. La meilleure information que je peux vous donner Madame Vallée, c’est que ma fille Mélody a fêté ses 4 ans la semaine dernière. J’ai fais pour elle un petit dessin. C’est ce que je pouvais lui offrir de mieux dans les circonstances. J’ai beaucoup de rêve pour ma fille. Elle est mon rayon de soleil..

Voilà, vous venez d’entendre mes débuts à la radio. Merci de m’avoir écouté, on vous revient après cette pause. !!!

6- Bonjour Madame, je suis McLee. Les filles m’appellent le Mec. Pourquoi m’appelle t-elle le Mec? Il faut leur demander..!! Est-ce parce que je suis grand ? Ou parce que je suis beau ? Je ne le sais pas. Je ne veux pas trop le savoir. J’aime qu’il reste un peu de mystère entre moi et les femmes. Mais ici à Bordeaux, les femmes ne m’appellent pas le Mec elles m’appellent Monsieur, oui Madame. J’ai déjà fais du temps en Ontario. Comparé au Québec, je dois avouer que je me sens beaucoup plus respecté par les gardiens ici. Sincèrement, quoi qu’en dise les détenus, ils sont beaucoup mieux traités ici et les conditions sont ben meilleures. Excepté quelques exceptions, les gardiens et surtout les gardiennes de Bordeaux demeurent beaucoup plus respectueux des détenus. Au Québec, la prison est meilleure que dans le reste du Canada, meilleure qu’au États unis et beaucoup meilleure qu’en France ou il y’a beaucoup de surpopulation. Mohamed nous a dit que seulement entre 5 et 6 % des détenus en France obtiennent le droit à des libérations conditionnelles. Mais, ceci dit, vous serez peut-être d’accord avec moi, même dans la meilleure prison du monde il y’a toujours de la place à l’amélioration.

Et pour être vraiment honnête, même avec toutes les améliorations du monde, une prison, ça demeure une prison. Alors, je vous dis Madame Vallée, même si vous peinturez les portes des cellules en couleur or, même si vous installez des bains tourbillions dans les cellules, je ne reviendrai pas. Même si vous approchez la prison de la rivière ou la rivière de la prison, je ne reviendrai pas. Même si vous engagez des danseuses tous les soirs, champagne, caviar et un bar, peut-être je reviendrais !! Non, je ne reviendrai pas. Même si vous installez des gymnases dans chaque secteur et des éducateurs sportifs, je ne reviendrais pas. Même si vous faîtes tomber les murs, je vous le jure, je ne reviendrai pas. Moi je passe, mais la prison reste. Merci.

7- Bonjour Madame Vallée, je m’appelle Frantz, Je suis à Bordeaux, mais pour mes 4 enfants je travaille aux États-unis. Papa sera de retour à la maison à la fin de mon contrat le 4 juillet prochain. Mes enfants me manquent beaucoup, mais je préfère qu’ils voient leur père dehors et non à travers une vitre. Et comme j’ai déjà expliqué à Michaëlle Jean devant vous, pour ma mère la prison, ça représente la fin du monde, elle préfère ne pas mêler les enfants à ça. Donc, je ne peux pas dire que moi personnellement je souffre du peu de visites contacts à Bordeaux, mais j’ai un ami qui lui, à chaque visite normale, il souffre beaucoup de ne pas pouvoir prendre son fils dans ses bras et je le comprends très bien. Une fois, sa blonde et son fils sont venus le voir au parloir ordinaire. Alors qu’il parlait à travers la vitre avec sa blonde une gardienne s’est occupée de son enfant en jouant avec lui. Ce père était très touché de voir la gardienne s’occuper de son enfant, mais il aurait préféré que ce soit lui qui joue avec son fils. Ça peut paraître banale, mais c’est très important pour un détenu de toucher des membres de sa famille. Les visites contacts existent dans toutes les prisons du Québec, sauf à Bordeaux ou elles sont limitées à 4 fois par année.

Madame Vallée, moi non plus je ne reviendrai pas à Bordeaux. Mais je sais que d’autres détenus après moi viendront. C’est pour eux qu’il faut améliorer certaines choses. Merci d’avance d’y penser.

8- (À l'occasion des fêtes des mères Georges William lit son pème dédié à sa mère).

9- Bonjour Madame Vallée, je suis Ben. Ce n’est pas la première fois que je fais du temps. Mais cette fois, peut-être pour la première fois que je prends profondément conscience du fait que la prison ce n’est vraiment pas pour moi. J’avais déjà témoigné devant Michaëlle Jean et devant vous de l’attachement que j’ai pour ma blonde. On dirait que du fait que j’ai quelqu’un de chère qui m’attend dehors, je ne vis pas et je ne vois pas la prison de la même manière qu’avant. J’ai envie d’avoir des enfants avec ma nouvelle blonde, et le pire qui pourrait m’arriver c’est de me trouver de nouveau en dedans alors que ma blonde est enceinte. Je ne supporterais pas qu’il m’arrive ce qui est déjà arrivé une fois à un autre détenu. C'est-à-dire, ne pas pouvoir toucher le ventre de sa femme enceinte lors d’une visite. Je ne dis pas qu’il existe une règle en prison qui interdit à un homme de toucher sa femme enceinte, mais je crois que la meilleure façon d’aimer sa femme et ses enfants, c’est de tout faire pour rester dehors. C’est mon projet.

10- Madame Vallée, je m’appelle Richard Atmé. Quand Mohamed m’a posé la question si c’était la dernière fois que je venais à Bordeaux, j’ai répondu sans hésiter, bien sûr. Je suis sûr de ne plus revenir ici parce je viens d’un pays qui a souffert de la guerre, J’ai vu tellement d’horreurs, tellement de morts, j’en ai assez de vivre de situation de souffrance. Parce que même si Bordeaux ce n’est pas la guerre civile, ce n’est pas la meilleure place pour quelqu’un qui a fuit la guerre pour vivre dans la paix… Au Liban, on a vécu 17 ans de guerre froide suivi de 18 ans de guerre civile, mais le Liban est toujours vivant parce que malgré nos différences et nos différents, nous sommes restés soudés par un seul sentiment national. Comme dans une famille, malgré les hauts et les bas, la famille demeure unie. Malgré mon passage en prison, je me sens soutenu et supporté par ma famille. À Bordeaux, j’essaye de m’occuper en attendant de revenir à la paix. Merci

11-- Bonjour Madame Vallée, je suis Stéphane. J’étais présent à la dernière rencontre avec Michaëlle Jean, mais je n’ai pas eu le temps de parler. Aujourd’hui je prends ma revanche. D’abord merci d’être parmi nous. Je vais vous raconter une petite histoire qui m’est arrivé à l’âge de 14 ans : Un jour alors que j’étais dans un centre d’accueil, les éducateurs ont eu l’idée de nous offrir une visite dans un pénitencier pour rencontrer des détenus en chair et en os. Le but des éducateurs c’était pour nous montrer ce qu’il ne faut pas devenir. À partir de ce jour, je suis devenu fasciné par ses hommes qui osent braver les interdits. Heureusement, je ne suis pas devenu un grand criminel, mais j’ai quand même posé des gestes que je regrette aujourd’hui. Bien sûr, si aujourd’hui je suis en prison, ce n’est pas uniquement à cause du centre d’accueil qui m’a amené voir un pénitencier. Mais disons que ça n’a pas aidé ma cause. Déjà, je ne connaissais pas mon père, je manquais d’encadrement et de chaleur familiale. Les éducateurs auraient pu nous amener visiter un musé, une bibliothèque, au séctarium, n’importe ou sauf en prison. Aujourd’hui, je suis à Bordeaux, je fais de la radio et je fabrique des poteries pour ma femme et mes deux enfants Kevin et Jacob. Alors, en apprenant votre arrivée, pour avoir gardé une bonne impression de vous lors de votre dernière visite, j’ai fabriqué pour vous ce petit souvenir signé par tous les Souverains. Gardez-le en souvenir de ce 18 mai 2006. Merci.

12- Madame Vallée, je suis Martin. Un jour, le père Jean nous a proposé une petite sortie. Je me suis trouvé pour la première fois de ma vie devant des femmes que je voyais à travers des barreaux. C’était des femmes qui ont choisi elles-mêmes de s’isoler de la société et passer leur vies à prier. Ce n’était pas des musulmanes voilées. C’était des chrétiennes catholiques voilées. Des carmélites. En les écoutant parler, je n’ai pas eu besoin de me demander qui de moi ou d’elles était le plus prisonnier. La lumière émanait de leur visage. Je ne les sentais pas très malheureuses. Et pourtant, quand je leur ai posé la question sur la liberté, elles m’ont répondu que j’étais plus libre qu’elles. Mais très franchement, je crois qu’elles m’ont dit ça pour être gentilles, pour me mettre à l’aise ou peut-être pour me rappeler à mes responsabilités face à ma liberté. On est libre quand on a le choix, mais on n’a pas toujours le choix. Le pauvre a moins de choix que le riche. Je n’ai jamais été riche. Le plus instruit a plus de choix que le moins instruit. Je ne suis pas très instruit.

En tout cas, Si le juge m’avait donné le choix entre passer 5 mois chez les Carmélites ou à Bordeaux, je vous laisse deviner quel aurait été mon choix !

13- Bonjour Madame Vallée, je suis Philippe. De nouveau parmi vous. Je vous dis tout de suite Madame, je ne suis pas un prédateur sexuel, ni un violeur, et tous les détenus que je côtoie ne le sont pas. Je vous dis ça parce que depuis quelques années, certains médias font leurs manchettes avec certains crimes horribles mais sans ajouter que malgré leur horreur, ce sont des cas isolés. Vous savez bien que dans toutes les prisons du Québec, les violeurs et les pédophiles ne sont pas très bienvenus.

Si la nouvelle loi sur le système correctionnel au Québec veut rendre plus difficile les libérations conditionnelles pour les prédateurs sexuels, personne ne peut être contre ça. On ne peut donc que se réjouir de voir que les Toutefois, Madame la Sous Ministre, j’ai grandement peur que l’ensemble des détenus du Québec subisse les effets secondaires d’une loi qui devrait concerner quelques malades dangereux. Dernièrement, le ministre de la sécurité publique a dit que cette loi va «contribuer de façon importante à rétablir la confiance de la population à l'égard du système correctionnel» et il n’a pas écarté la possibilité de construire de nouvelles prisons, ce qui veut dire que moins de détenus auront accès aux libérations conditionnelles.

Vous savez mieux que moi Madame Vallée, que les libérations conditionnelles est un grand acquis pour la société, parce qu’elles permet à la personne incarcérée de réintégrer la société graduellement et beaucoup de détenus que je connais ont pu se réinsérer grâce aux programmes des libérations conditionnelles. Avec tous mes respects pour Monsieur Jacques Dupuis, j’aurais aimé l’entendre rappeler au public le rôle très important des libérations conditionnelles.

Madame Vallée, je ne sais pas comment auriez-vous réagis à cette loi, si vous étiez encore à la tête de l’Association des services de réhabilitation du Québec. Mais ma question, je l’adresse à la Sous Ministre associée de la Sécurité publique.

En quoi Madame Vallée, la nouvelle loi fait avancer les services correctionnels du Québec..?

14- Bonjour Madame Vallée, je suis Laurent. En 1992, les Souverains ont reçu Virginie Larivière. C’est cette jeune fille qui militait pour moins de violence à la télé parce que sa sœur avait été violée et assassiné. Elle a recueilli 1000 signatures auprès des détenus et prévenus de Bordeaux. Le Journal de Montréal avait fait sa première page avec cet évènement.

Madame Vallée, j’étais présent à la rencontre avec Michaëlle Jean. Maintenant, depuis 24 heures, je suis un homme libre. Mais, avant de quitter Bordeaux, je tenais à enregistrer pour vous un petit témoignage.

Madame Vallée, à votre dernière visite à SA, nous vous avons offert l’album de chansons des Souverains anonymes Libre à vous. Cet album produit en 1997, est introduit par une parole d’Albert Jacquard qui dit que la présence d’une prison dans une ville veut dire que quelque choses ne va pas dans la société toute entière, donc en principe, la responsabilité de la prison ne devrait pas revenir uniquement aux gardiens et aux administrateurs. Elle revient aussi à chaque citoyen, mais malheureusement le citoyen ne connaît pas la prison. Les médias qui devraient normalement jouer un rôle de rapprochement, au nom du droit à l’information, généralement, ils font tout le contraire. Ils font de la désinformation. Ce n’est pas avec des Jean-Luc Mongrain que le public pourrait avoir une bonne idée de ce qui se passe en dedans. Je ne vous raconterais pas toutes les fausses informations que certains médias donnent sur certains détenus. Évidemment, les détenus victimes de fausses informations n’ont pas les moyens de répliquer. Dans tous les grands médias, on parle des détenus, mais on ne les entend presque jamais parler eux-mêmes. Depuis quelques temps, on n’invite même plus des représentants de défense des droits de détenus à des débats, comme par exemple sur la question des libérations conditionnelles.

Madame Vallée, vous nous faîtes aujourd’hui l’honneur de votre présente et de votre écoute. J’en profite pour vous dire mon opinion.

Si la présence d’une prison dans une ville veut dire que quelque chose ne va pas dans la société toute entière, la construction de nouvelles prisons dans une société ou le taux de criminalité baisse, veut dire aussi que quelque chose ne tourne pas rond chez les dirigeants et les dirigés. Je ne pense pas uniquement à Monsieur Harper qui a tendance à produire le modèle américain au Canada.

Ma petite contribution personnelle pour décourager l’idée de construire de nouvelles prisons, c’est de ne plus jamais remettre les pieds en dedans. Maintenant que je suis dehors, j’y reste. Vous pouvez compter sur moi Madame Vallée.

15-(Georges William) Madame Vallée, depuis que je suis à Bordeaux, il y’a une chose que je n’ai pas changé, c’est ma façon de m’habiller. Je m’habille toujours avec classe… (Extrait de chanson Avec Classe. Corneille) Je suis déjà privé de ma liberté de circuler. Je ne veux pas me priver de ma liberté d’être. D’être comme je suis. Et je ne suis pas fait pour la prison. J’ai en moi une lumière que j’aimerais donner et partager. La prison n’est pas la meilleure place pour le faire. La prison ce n’est pas mon pays, ce n’est pas ma patrie.. (Terre de Corneille).

Madame Vallée, c’est la première fois qu’au Souverains anonymes on reçoit une femme Sous Ministre associée de la Sécurité Publique. J’espère que cette rencontre aura été pour vous à la fois agréable et j’ose espérer, utile. Comme a dit Frantz avant moi, les petites améliorations qu’on voudrait voir se réaliser dans les prisons du Québec, c’est pour ceux qui viendront après nous. Nous vivons dans une société qui fabrique l’exclusion. Un monde sans prison ce n’est pas pour demain, mais une prison qui rend service au monde c’est toujours possible. Une prison où on apprend comment ne pas y retourner.

Merci d’avance pour ce que vous allez faire. Et si jamais vous aimeriez avoir l’heure juste sur ce qui se passe en dedans, n’hésitez pas à récidiver et rencontrer d’autres détenus dans d’autres prisons. Ils ont aussi leur mot à dire. Merci encore de nous avoir écouté. Dîtes SVP bonjour à Monsieur Jacques Dupuis. Les Souverains lui sont reconnaissants d’avoir appuyé financièrement leur programme radio ainsi que plusieurs de ses collègues Ministres.

Au nom de tous mes camarades je vous déclare Madame Johanne Vallée, Souveraine anonyme.




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©M.L. 2006