Jeudi 21 octobre 2004

Point virgule

Et Vas-y Danse..

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1re partie 26.47' 2me partite 27.22

Je quitte ma cellule
Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
Je leur dis " à plus tard "

Je n' quitte pas Bordeaux
du moins pas encore
je m’évade dans les mots
et la musique des noirs

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je vous salue femmes de danse
Et je vous invite à une transe

Claire JENNY, Nathalie SCHULMANN,
Agnès FREJABUE, Paule GROLEAU, Jean-Pierre POISSON,
Fanny TIREL, Juliette VEZAT

Bienvenue parmi
les Souverains anonymes

1- Bonjour à vous toutes chères dames, cher Monsieur, je m’appelle Raymond. C’est mon premier et dernier passage dans ces lieux. Le juge ne m’avait pas avertit de votre passage. J’imagine qu’il ne le sait pas lui-même. Peut-être qu’il m’aurait privé de croiser votre chemin. Les juges n’envoient pas les hommes en prison pour avoir du plaisir. C’est donc avec plaisir et bonheur que moi et mes amis souverains, nous vous accueillons dans le château de Bordeaux. Votre troupe s’appelle ‘’Point virgule, votre spectacle Résilience, et depuis 1995 au sein de différentes prisons pour femmes en France vous avez réalisé plusieurs ateliers de danse. Cette fois c'est à Montréal que vous avez réussis à franchir les murs. 58 heures d'ateliers ont donné un spectacle multimédia impliquant les filles de Tanguay, leurs paroles, leurs poésies et bien sûr leurs mouvements.. ! Pour mettre un point final, à mon point d’interrogation, et je m’adresse à vous toutes (virgule), dîtes-moi brièvement comment vous avez trouvé votre expérience avec les filles de Tanguay.. Les québécoises dansent t-elles mieux que les françaises.. ?

2- Bonjour Claire puisque tu es l’initiatrice de ce projet, qu’est-ce qui rend différent la danse en prison de la danse en société.. ?

3- Bonjour, je m’appelle Sylvain. Moi c’est dans ma cellule que je danse, pour ne pas avoir l’air fou devant les autres. Comme vous savez, les conditions sonores de la musique en dedans ne permettent pas une danse collective. Quand toutes les portes sont fermées, je mets de la musique plein les oreilles et je danse comme un fou. Je danse pour moi. Je danse pour lui en haut. Danser, ça m’empêche de vieillir. Mais je sais que je ne suis pas le seul à danser seul dans ma cellule. Je danse pour sentir moins de souffrance, la mienne et celle autour de moi. Ma danse c’est ma résilience. Résilience c’est le titre de votre dernier spectacle, Résilience ça veut dire la capacité de l’humain de rebondir de sa blessure. En prison, ce n’est pas les blessures qui manquent. Ici on utilise la radio pour l’exprimer, toi Claire et ta troupe, vous proposer la danse. Il paraît que c’est difficile de faire entrer un micro de radio dans une prison en France, mais vous avez réussis à faire entrer la danse. Permettez-moi de vous dire toute mon admiration et vous remercier au nom de toutes les femmes que vous avez fait danser. Mais, dîtes-moi svp, quand est-ce que viendra le tour des hommes. Est-ce que c’est plus difficile à faire danser les hommes que les femmes, ou vous êtes plus solidaires entre vous les femmes. Expliquez-moi..?

4- Bonjour, moi c’est Stéphane. Comme vous savez, la danse est une forme d’expression universelle qui change selon les cultures. Quelle culture vous inspire plus particulièrement dans votre danse..?

5- Bonjour à vous, moi c’est Taha. Il y’a une danse que vous ne connaissez pas encore. C’est la danse du Ramadan. Celle que je fais devant vous maintenant. Celle ou il faut bouger le moins possible. Se recueillir le plus possible. Regarder le ciel et prier que tout aille bien pour les opprimés de la terre. Est-ce qu’il vous arrive de danser pour prier..? Pour vous et pour les autres.

6- Bonjour, moi c’est Etienne. En prison, chacun vit dans sa bulle pour se protéger des autres. C’est normal quand l’espace est si étroit. Quand j’écoute une musique dansante, ça me donne envie d’être dehors. C’est frustrant d’avoir envie de danser en prison. Alors, dîtes-moi en quoi la danse aide le prisonnier à se libérer de sa bulle et de sa prison..?

7- Bonjour, dans la vie il y a des voyeurs et des exhibitionnistes, moi je suis du côté des voyeurs. à ma manière je danse quand je vois les autres danser. C’est ce qu’on appelle une danse de bar. Tu vas dans un bar tu t’assoies au comptoir et tu regardes les autres danser. Est-ce que vous avez autant de plaisir à danser qu’à voir les autres danser..?

8- Je ne sais pas qui a dit ‘’Je danse, donc je vis’’. Moi je vis quand je danse le compas. Je vis parce que je ne suis pas seul. Je danse le compas avec une femme. Je danse avec vous les filles de Tanguay, dans ma tête, dans ma cellule, Et je vois devant moi des femmes. Des belles femmes. J’ai apporté ma musique compas et je vous invite Mesdames à danser avec moi, vous partirez d’ici plus heureuses et plus belles.

9- Bonjour, moi je danse dans la nuit, je danse sous la pluie, sous les draps et même assis. Je danse dans ma cellule, dans ma bulle, avec mes pensées, certaines m’amènent loin de ces lieux et d’autres me font la cour sans détour et je me laisse aller dans ma cellule, ma bulle. La gardienne me surprend en pleine action, alors je fige avec ma tige et je laisse aller mon imagination, la femme que je vois ce n’est pas une gardienne, c’est une femme simplement. Voulez-vous danser avec moi Madame. Ah non, ce n’est pas vrai. Je danse pas avec une gardienne, je laisse tomber et j’oublie.

10- Bonjour, la dernière fois que j’ai vu un spectacle de danse, ce n’était pas à l’Opéra de Paris ni à la Place des arts. C’était à Montréal, au coin de Sainte-Catherine et Saint-laurent. Un bar de danseuses nues. Danse à 5 ou danse à 10, j’avais le choix. La danse à 10 donne au client le droit de toucher la danseuse. J’imagine qu’en France il existe aussi ce genre de danse. J’imagine aussi que parmi ces danseuses certaines se retrouvent en prison à cause du milieu. Danser nue pour certaines femmes c’est la conséquence d’une blessure qu’elle n’arrivent pas à guérir..? Je ne sais pas si des danseuses nues ont déjà participé à vos ateliers, si oui comment leur expérience de danse a pu contribuer à leur résilience dans vos ateliers..?

11- Moi je connais rien là dedans. Je n’ai jamais vu mon père ni ma mère danser. La première fois que j’ai bougé un peu c’était avec ma copine. Quand je danse c’est toujours avec une copine. Mais si jamais un jour vous décidez de donner des ateliers à des détenus hommes, peut-être que j’apprendrai à danser seul.. Alors quand est-ce viendra le tour des hommes de danser en prison..?

12- Pour le mot de la fin, j’ai concocté quelques phrases qui commencent par une des lettres du mot Résilience. Les voici.

R - Rien n’est plus expressif, que les mouvements d’un corps qui danse
E - Être bien dans sa peau et presque entrer en Transe
S - S’identifier, se métamorphoser, à s’en crever la panse
I - Inné au fond de nous, ou non, on y trouve une expérience
L - La vie, l’amour, le bonheur, les autres, quand on y pense
I - Il ne faut surtout pas s’arrêter aux jours de carences
E - Et avec harmonie, de tout notre esprit, sans ignorance
N - Nul ne peut, à tous les jours, n’y mettre un peu de son expérience
C - Comme si la vie, serait de plus en plus, une suite de cadences
E - Elle lui répondrait, de mettre de côté, toutes ces méfiances
Et Vas-y Danse..

La Résilience c’est la capacité pour l’humain de rebondir de ses blessures. Pour nous aujourd’hui, la luminescence de votre présence, a été de bondir hors de ces murs. Ici ou en France, vous aurez laissez vos traces, vos pas suivront la cadence. Au nom de tous mes camarades, je vous déclare Claire, Nathalie, Agnès, Paule, Jean-Pierre, Fanny et Juliette, Souverains anonymes


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©M.L. 2004