Jeudi 3 mars 2005

Yncomprize

Ma vie c’est la rue, la rue c’est ma vie
Garfield

cliquez et écoutez

partie 1. partite 2.

Très belle performance acoustique Hip hop, voix et darbouka avec:
Stan Marian, Mc Magic, Garfield, Ricardo, James Crook, Ochoa Susaye

partie 3

Je quitte ma cellule
Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
Je leur dis à ''plus tard''

Je n' quitte pas Bordeaux
ce n’est pas un drame
je m'évade dans les mots
et les yeux d’une femme

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je te salue femme belle et incomprise
Et je te plaide notre cause

Yncomprize
Bienvenue parmi les
Souverains anonymes

1- Bonjour Yncomprize, bienvenue parmi les incompris. Après Myriam et Maloria, c’est à ton tour en tant que femme de rap de partager avec nous ta passion. Myriam et Maloria vont assister à notre rencontre. Je rappelle, Myriam est rédactrice en chef du magazine VibePlus. Maloria va se joindre à nous un peu plus tard pour performer avec toi. Mais, Yncomprize, avant de nous chanter des tounes de ton premier album, faisons un peu connaissance, parlons pour le plaisir et peut-être pour démystifier un peu les incompris que nous sommes tous. Yncomprize, tu as 23 ans, tu viens de St Hyacinthe. Parle-nous un peu de ton coin, comment on grandi dans une petite ville avant de passer à la grande ville..?

2- Bonjour, je suis Serge, moi c’est depuis l’âge de deux ans que je ne me sens pas très bien compris. D’une famille d’accueil à l’autre, je suis devenu simplement un révolté total. Pour toutes ces familles je n’étais qu’une source d’argent. Quand je ne faisais pas l’affaire d’une famille, on ne transportait dans une autre.. C’est comme ça que j’ai vécu toute mon enfance et une partie de ma jeunesse. Résultat, je suis devant toi. Un incompris parmi d’autres incompris. Et si la violence attire la violence, l’incompréhension attire l’incompréhension. Moi non plus je ne comprends pas les autres. Mais, je fais des efforts pour ne pas répéter les mêmes gaffes avec mes propres enfants que j’aurai un jour. Je veux les comprendre, mes enfants. Je veux surtout pas qu’ils se retrouvent dans des familles d’accueil. Mais d’abord, je dois faire la paix avec moi-même. Je dois pardonner. Ce n’est pas facile, mais ça viendra j’espère. Dis-moi Yncomprize, vers quel âge à peu près, tu as commencé à te sentir incomprise des autres..?

3- Bonjour, je m’appelle SUICIDE. Moi je ne me rappelle pas de la première fois que j’ai entendu une chanson rap. Je ne me rappelle pas de la première fois quand j’ai chanté moi-même du rap. J’ai l’impression qu’il a toujours fait partie de ma vie. Comment ça s’est passé ta rencontre avec le rap. Est-ce que c’est lui qui est venu vers toi ou c’est toi qui as fait le premier pas vers lui..?

4- Allo Yncomprize, je m’appelle Normand. Tu as un enfant, moi j’en ai quatre. Je t’en souhaite d’autres qui vont t’aimer inconditionnellement plus que n’importe qui. Faisons le compte rendu de ton album. Le thème de l’incompréhension domine la plus part des chansons. Mal compris et Incomprise, ce sont les titres de deux chansons. Adolescent, on se sent incompris et c’est presque normal. Mais à 23 ans, mère d’un petit garçon, te sens-tu encore incomprise, si oui de qui et de quoi..?

5- Allo Yncomprize, je suis Moustafa. Dans ton album, Vous êtes au moins deux incomprises. Toi et Maloria, on sent une complicité de femmes qui se comprennent bien. Les femmes en rap seraient-elles plus complices et plus solidaires entre elles qu’entre les gars.. ?

6- Bonjour. Comme tu sais Yncomprize, les filles en rap sont moins nombreuses. Le rap est associé à monde de gars, les filles sont plus utilisées comme décor de fond. Mais toi Yncomprize tu t’en fou, tu fais ce que tu veux. Tu te sens bien quand les murs transpirent des graffitis. Ici à Bordeaux, les murs transpirent le rap. Toutes sortes de rap. Celui qui fait du bien, celui qui fait mal. La haine, le pardon et le regret. Toujours ces sentiments écrits en rap, chantés en rap. Yncomprize, je sais que tu n’as jamais été en dedans et tu n’as pas l’intention d’y aller, excepté pour venir nous voir. Je ne sais pas si le rap dans les prisons pour femmes est aussi présent, je ne te le souhaite pas, mais supposons que tu te trouves en dedans pour deux jours, elle s’appellerait comment ta chanson.. ?

7- Bonjour je m’appelle Dimitri. Je suis russe, juif et je suis pas encore québécois. Mes parents comprennent pas pourquoi je suis le seul croche de la famille, j’essaye de les comprendre. Personne ne comprend personne, mais l’amour nous gardent tous unis à la vie, à la mort. Après tout, ce qui compte le plus dans une famille c’est aimer, es-tu d’accord avec moi..?

8- Bonjour Yncomprize, je m’appelle Charly. Moi, 24 sur 24 je vis avec l’incompréhension de la société. Avant ça me dérangeait beaucoup, maintenant, j’ai appris à vivre avec. Je suis devenu un marginal avec une mentalité de marginale. Ça veut dire que je fais mon affaire et la société fait ses affaires. Chacun dans son monde. Mais de temps en temps, il arrive des accidents de parcours, c’est pour ça que je suis en prison. Ce n’est pas la faute de personne. C’est à moi de devenir un meilleur marginal. Toi Yncomprize, tu aurais pu choisir comme nom d’artiste MARGINALE. Toi et moi, deux marginaux, on s’entendrait bien, je suis sûr. J’ai vu la photo de ton fils Jorymie sur la pochette de ton album. Je trouve qu’il me ressemble quand j’avais son âge. En quoi te sens-tu incomprise : Incomprise de la société, de tes parents, de ton village, incomprise de toi-même, incomprise de ton homme..? Ton fils serait-il le seul à te comprendre..?

9- Bonjour, je m’appelle Mehdi. Algérien d’origine. Arrivé au Québec à l’âge de 14 ans. Entre le Québec et l’Algérie c’est au Québec que je me sens le plus incompris. Le système est tellement plus strict ici que certains immigrants comme moi finissent par craquer. Surtout quand tu arrives à l’âge de l’adolescence. Là tu subis une double incompréhension. Celle de tes parents et celle de la société. À 14 ans, je me sentais coincé entre deux sortes d’éducations. Si j’avais le choix, je n’aurais pas immigré au Québec, surtout à 14 ans. Si j’avais le choix, je serais maintenant au bord de la plage en train de manger des crevettes sardines, des moules. Ça ne se voit pas mais je parle huit langues. Qu’est-ce que ça fait en prison un gars qui parle huit langues..? Question mystère. C’est dans la rue, que j’ai appris à parler avec le monde partout au monde. Anglais, italien, français, espagnole, arabe, Créole et portugais. C’est en portugais que je parle à ma femme brésilienne. C’est en portugais que je lui dis ‘’Je t’aime’’. Et toi dans quelle langue exprimes-tu le mieux ton amour..?

10- Bonjour, je m’appelle Garfield. Moi j’ai grandi à Villeray, un quartier de Montréal ou j’ai appris beaucoup de chose. C’est dans les rues de ce quartier que j’ai appris à devenir ce que je suis. J’ai rencontré beaucoup de cultures. J’ai surtout appris à rapper. Beaucoup de gars en dedans, pour sortir du crime et de la violence comptent sur leurs talents de rappeurs pour faire des albums. Pour rendre hommage à mon quartier j’ai écris ce poème : La rue

Mes leçons, c’est dans la rue que je les ai apprise
La rue c’est ma vie, ma vie c’est la rue
C’est là que j’ai grandi, c’est là que je vais mourir
Quand je sors, elle est toujours là pour m’accueillir
C’est dans la rue que je vas me recueillir
C’est son air que je respire
C’est d’elle que je m’inspire
La rue c’est ma vie, ma vie c’est la rue
J’oublie pas ce que j’y ai perdu, ce que j’y ai reçu
Des premières arrestations aux premières incarcérations
On ne s’est jamais perdu de vue
C’est de l’amour inconditionnel que j’ai pour elle
Et tout ce qui l’entoure, ses blocs, ses ruelles
C’est là que j’ai cueilli ma première cerise
C’est là que j’ai fait mon premier G’S
La rue c’est ma vie, ma vie c’est la rue
Encore quelques mois avant de la revoir
Avant de marcher sur ces trottoirs
Dans le hood, c’est là que sont les miens.
C’est là que je me sens bien.
Ma vie c’est la rue, la rue c’est ma vie.

11- Bonjour, je m’appelle Ricardo. À ma première participation à Souverains anonymes, Mohamed m’a demandé d’écrive un texte. Tu me diras si ça se rappe bien. Le voici :

12- Bonjour, je m’appelle François. Je dois à mes parents la vie, à mon père je dois l’importance de bien parler et à ma mère je dois tout. Dans les pires épreuves, ma mère ne m’a jamais laissé tomber. Mon père, très souvent laissait tomber les mots pour m’expliquer avec les coups. Je croyais que c’était normal de se faire battre parce que tous mes amis haïtiens, jamaïcains se faisaient battre aussi. Je n’ai pas parlé à mon père depuis deux ans, malgré tout, j’aime mon père, mais je ne me vois pas battre mes enfants pour bien les éduquer. Ce n’est pas à cause de mon père que je suis en prison mais je dois reconnaître que la violence a développé en moi la délinquance. Avec mes enfants, je veux casser le cercle vicieux de l’autorité violente. Je sais que tu as un petit garçon. J’espère que tu n’as pas été violenté par tes parents. Quel genre d’éducation veux-tu donner à ton fils pour lui éviter le mal de vivre..?

Voici mon petit poème sur le sujet : J’existe même dans l’abîme, même triste, j’aime quand j’anime, c’est magique, c’est fantastique, par le son tous s’agite. Tout s’oublie et tout se pardonne.

13- Salut, moi c’est Max. Tu viens de St-Hyacinhte, moi je viens de Rimouski. La devise du Québec c’est ‘’JE ME SOUVIENS’’. Ma devise à moi ‘’J’OUBLIE’’. J’ai été trahi, J’OUBLIE, j’ai été agressé, J’OUBLIE. J’ai été volé, J’OUBLIE. J’ai été injustement jugé, J’OUBLIE. La seule situation dans laquelle j’appliquerais la devise du Québec, si jamais on touche à ma fille. Là, je n’OUBLIE pas. Là, je me souviens.

14- Bonjour, je m’appelle Santa Maria. Dernièrement, j’ai demandé qu’on me libère avant la fin de ma sentence pour assister à l’accouchement de ma femme. La réponse a été non. D’abord, je me suis senti très incompris. Mais finalement, j’ai fini par comprendre que c’était à moi de ne pas faire le crime si je voulais resté prêt de ma femme. Si j’étais incompris c’est plus de moi-même que des autres. Est-ce qu’il t’arrive de te sentir incomprise de toi-même..?

15- De ces temps ci je me sens incompris par une femme, une femme blonde, on dit que ce sont les blondes qui font tourner le monde. Yncomprize, ‘’tu me fais tourner la tête, mon manège à moi c’est toi. Je suis toujours à la fête, Quand tes pas suivent mes pas.. !! ‘’. Mais la blonde que je connais ne suit pas mes pas. Elle prétend que c’est plutôt elle qui est incomprise de moi. Dis-moi Yncomprise, crois-tu que les blondes seraient plus incomprises que les brunes.. ?

16- Salut, je m’appelle Najib, je suis cuisinier de formation. J’ai étudié en France, mais je n’ai jamais voulu servir. Je ne voulais pas prendre le risque qu’un client me traite comme son esclave. Ça fait longtemps que je n’ai pas cuisiné pour une belle femme. Je sais tout faire ou presque, Dis-moi quelle est ta recette préférée et je te dirais quels sont les ingrédients.. ?

17- Bonjour, je suis québécois d’origine haïtienne, je me sens souvent incompris par des haïtiens né en Haïti qui n’arrivent pas à comprendre qu’on soit né ici ou en Haïti, on est pareil. Noirs et blanc dans le même système derrière des murs café crèmes. Incomprise ça ne t’empêche pas d’être curieuse.. Curieuse, ça serait pas le titre d’un prochain album.. Moi je ne chante pas, mais je fais des beets.. Écoute ma musique. Si tu aimes, je suis à toi pour une collaboration.

18- Parler du rap c’est bien, mais le chanter c’est encore mieux.. Je t’invie Yncomprise à nous chanter ce que tu sais. On chantera pour vous aussi.. À toi de jouer et à nous de t’applaudir..

19- Yncomprize, Après une journée passée avec nous, j’espère que tu te sens un peu plus comprise. Moi et mes amis, je me souviendrais longtemps de cette journée passée avec toi. Une femme de rap, une femme de parole. Merci infiniment à Maloria de t’avoir accompagnée sur scène. Merci à Myriam de nous avoir rendu visite. c’est une journée inoubliable que nous venons de passer avec vous. J’espère qu’elle connaîtra des suites. Nous préparons notre propre album rap, peut-être c’est là que nous allons collaborer la prochaine fois. Merci les femmes. Au nom de tous mes camarades, je vous déclare Yncomprize, Myriam et Maloria, Souveraines anonymes..


retour à émission | retour à la liste des rencontres

©M.L. 2005