..douzième discussion..

La prison

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Voici le premier texte d'une longue discussion dans un forum de philo sur le thème de la prison.

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Suite à un débat organisé par des visiteurs de prison, je souhaite soumettre ces réflexions à vos commentaires.

Les conditions d'incarcération en France posent problème.

Au delà des actions humanitaires ou humanistes de personnes ou d'association comme « Génépi » visant à améliorer ou à apporter un peu de quelque chose dans les prisons, c'est un véritable questionnement philosophique, à la fois moral, éthique et politique que posent les conditions d'incarcération.

Quelle fonction, quel rôle, quel sens de la prison, de l'incarcération ?

L'incarcération peut être la décision d'exclure à jamais du groupe social un individu qui par un acte s'est mis hors la loi, s'est présenté comme un corps étranger, dangereux, nuisible pour la société. La position radicale serait de le supprimer (peine de mort) purement et simplement. Mais donner la mort à un être humain, c'est soi-même commettre quelque part un acte inhumain. C'est aussi ne plus voir chez lui que la faute. Oublier un condamné pour vingt ans, c'est bien considérer qu'on l'exclut à jamais de la participation au corps social. Cette première position n'a plus rien à faire des conditions d'incarcération de tels condamnés.

L'incarcération peut être une punition pour un temps. Il s'agit de priver de ses libertés un individu pour une période plus ou moins longue selon la faute commise, un peu comme à l'armée, on envoie un appelé au trou. Là, on escompte bien récupérer le fautif, le réintégrer dans le corps social, en comptant sur sa participation pleine et entière. C'est le maître qui envoie l'élève au coin, la mère qui envoie son enfant au lit sans dessert. Cela permet au fautif de réaliser qu'en commettant une faute, il se prive à la fois de la reconnaissance et de la confiance du groupe et que cela lui fait plus de mal que ne lui apporte de bien de commettre un délit. Pendant ce temps, le parent fâché se calme, oublie sa colère et retrouve le souvenir de ce qu'il y a de bon chez la personne punie, dans la relation qu'il a avec elle.

L'incarcération a aussi une valeur dissuasive d'exemple. Si tu fais quelque chose de mal, tu seras puni comme untel, la honte sur toi et la privation de ta liberté, le pain sec et l'eau, etc. Dans ce cas, il ne s'agit pas d' améliorer les conditions d'incarcération au point que celles-ci ne soient plus un risque bien grand à courir.

L'incarcération relève du principe d'exclusion du groupe. Ce principe trouve des exemples d'applications autres que la prison. Lorsque l'on met un vieux dans un hospice, une maison de retraite ; il y a la quelque part ce principe d'exclusion ; l'hôpital psychiatrique, la place à la fenêtre dans certaines entreprises nippones est un moyen d'exclure un employé de l'entreprise sans le licencier ; ne pas donner de l'affection, ne pas témoigner de la reconnaissance, ne pas donner d'emploi à un basané, répudier sa femme, virer quelqu'un d'un parti, éloigner une femme qui a ses règles, dégrader un militaire, supprimer le permis de conduire, retirer la licence, ne pas reconnaître un enfant sont autant d'exemples d'exclusion.

La véritable question est de savoir si, en excluant une personne, on envisage qu'elle pourra réintégrer le corps qui l'exclut, qu'elle aura toute liberté pour en intégrer un autre où elle pourra vivre pleinement sa dimension humaine, ou pas.

Bien sûr, il y aura toujours la mémoire ; les gens sauront qu'un tel s'est fait exclure de tel groupe. C'est peut-être là la véritable punition. La personne est marquée et souvent, c'est indélébile.

Mais les conditions d'incarcération dépendent principalement de l'intention du groupe qui exclut. Souhaite t il que ce soit irréversible ou souhaite-t-il la réinsertion pleine et entière ? Souhaite-t-il dans tous les cas maintenir le respect de l'Homme ?

Qu'en est-il des gens qu'on exclut sans qu'ils aient eu la possibilité de s' insérer ? ! Qu'en est-il de ceux qui, avant de commettre des délits répréhensibles par la loi, se trouvent exclus économiquement, socialement, affectivement ? Ceux à qui on pourrait appliquer le dicton « nécessité fait loi » ; ceux qui, dans le désespoir, commettent l'irréparable ? Ceux qui n' ont pas la chance d'être en position de dire « Un pied délivre l'autre » Ceux qui n'ont pas le soutien d'un groupe pour grandir dans le respect des lois civiles et morales ? Car combien de grosses exactions, de crimes contre la société voient leurs auteurs protégés par les fonctions, le rang qu'ils tiennent. « Responsables mais non coupables » .

Quelque soit la diversité des fautes commises, il est bien certain que plus la durée d'incarcération est longue et moins la réinsertion est évidente. Cela est d'autant plus vrai que les conditions d'incarcération sont éloignées des conditions de vie normales. Car pour survivre dans ces conditions, l'adaptation qu'elles impliquent génèrent chaque jour l'inadaptation à la sortie. Ce n'est plus la même temporalité, la même hygiène de vie; ce n'est plus la même sexualité, la même vie affective, les mêmes ambitions pour les siens, la même vie économique, la même aspiration au Bien, au Bon, au Beau, au Vrai ; ce ne sont plus les mêmes joies, les mêmes engagements, la même affirmation et la même expression de soi. Enfin, ce n'est plus la même reconnaissance, la même confiance, le même regard des autres.

Ceci amène à considérer l'incarcération comme une incorporation forcée à un nouveau groupe social qui de fait, est le monde de la prison.

Comme pour l'exclusion, l'incorporation forcée couvre d'autres réalités que celles de la prison. C'est le mariage de raison où l'alliance de deux familles, le besoin de redorer le blason relèguent au second plan la liberté propre des époux ; c' est l'enrôlement dans l'armée, c'est pour certains l'obligation de reprendre la profession du père, l'emploi alimentaire, l'imposition d'une religion ou d'une idéologie politique, les règles maffieuses des clans du quartier, c' est l'école ! etc. A la limite, toute naissance, avec son cortège d'identité ethnique, culturelle, religieuse, sociale, familiale est une incorporation forcée. Le lien avec le symbole du péché originel est évident. Si l'homme est un ange déchu, exclu du paradis, n'a-t-il pas trouvé comme meilleur remède celui de renforcer ce qu'il y a de meilleur, par la solidarité, chez l'autre ? La condition des conditions de vie les meilleures pour soi n'est-elle pas que l'autre soit le plus humain possible ?

Dès lors et à partir du moment où l'autre n'est pas condamné à mort, la seule alternative est de lui permettre de nous renvoyer une image digne de ce que l'on souhaite trouver en lui.

Or, il semble bien que dans nos prisons, la pseudo-économie qu'on entretient par une exploitation insidieuse des détenus soit la pire des conditions pour le respect de cette dignité.

Merci pour vos avis.

Cordialement,
Félix.

 






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