..treizième discussion..

La peine de mort

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anonymes@arobas.net

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Voici le premier texte d'une longue discussion dans un forum de philo sur le thème de la peine de mort.

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L'acte de tuer, en toute circonstance, est une marque de violence, évidemment, et suppose donc l'absence totale de la raison..." Pour les crimes passionnels ou ceux que j'appellerais "primaires" (bagarre qui dégénère), je suis d'accord. Mais ces crimes justifient moins la peine de mort que les autres, ceux qui sont basés sur la raison, avec la violence au service de la raison. Qu'on ne me dise pas que la mafia, par ex., pratique le crime en "absence totale de la raison". C'est au contraire pour la bonne raison du fric. On fait un exemple, on tue un récalcitrant, pour que les autres rackettés payent sans broncher. Il n'y a pas que l'assassin pathologique, bon sang !

Me serais-je mal exprimé? je ne parle pas de la raison en tant que but mais de la raison comme faculté de penser. Le fric, pour la mafia, n'est ni plus ni moins que l'objet de leur passion. Leur organisation, en effet, est très rationnelle, mais la fin en soi, l'acte de tuer au nom d'un principe sans valeur qu'est l'argent, est tout aussi irrationnel que le meurtre perpétré par l'assassin pour la raison (le but, cette fois) d'extérioriser un besoin intérieur. Raison et violence sont antinomiques.

2) "Si on ne franchit pas ce premier cap," (mise à l'écart de la société) "je ne vois ce qui pourrait différencier la peine du mort d'une passion pure et simple. Et qu'on vienne pas me dire que le problème est que ça coûte de l'argent." Si on ne franchit pas ce cap, cela ne veut pas dire que la peine de mort est une passion pure et simple. On peut regretter que le condamné n'est pas pu s'intégrer dans la vie de la société, qu'on n'ait pas trouvé les moyens de l'y aider, et on l'élimine sans passion, sur un constat d'échec.

Je veux bien. Mais la constatation de l'échec ne justifie en rien l'élimination.

3) Un criminel qui récidive à sa sortie de prison, n'est-ce pas un crime de l'avoir libéré ? "C'est une grave erreur de jugement de la part de la justice. Ce n'est pas un crime puisqu'il n'y a rien d'intentionnel." C'est le comble. Alors on peut rouler bourré, tuer, et ça n'est pas un crime car on n'a pas l'intention de tuer ? Le crime c'est de rouler bourré, ça n'est pas une "grave erreur de jugement", de la même manière que libérer un criminel qui peut récidiver pourrait être aussi un crime.

Attends, un crime est un acte volontaire, il ne faut pas tout mélanger. Peut-être que "grave erreur de jugement" n'est pas assez percutant pour le conducteur bourré. Je dis donc "rejet de toute responsabilité" ce qui est trés,trés,trés grave. Mais c'est pas un crime.

4)" Si tu veux mais alors je te conseille de t'en prendre à la violence légitimée des régimes dictatoriaux qui ont sut faire de la mort une industrie, à la guerre aussi..." Je suis prêt aussi à m'en prendre à cette violence là. Mais ce n'est pas parce que celle-là existe, qu'il faut oublier celle qui relève des assises.

C'est sûr. Mais laquelle est prioritaire, d'après toi?

"Mors ultima ratio"
Cyril Carraz

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Dans un sens comme dans l'autre, dans la supposition de l'absence de liberté de l'assassin de par sa condition et son patrimoine génétique comme dans sa liberté de choisir entre le bien et le mal, la sentence capitale est un crime, tout autant que celui perpétré par l'assassin. Pour quelle raison? Parce que l'acte de tuer, en toute circonstance, est une marque de violence, évidemment, et suppose donc l'absence totale de la raison. Chez l'assassin, cet absence se matérialise sous forme de violentes passions, de passivité, de pulsions meurtrières. En ce qui concerne l'État, elle montre simplement une incapacité, en supposant que la violence est le dernier refuge de l'incompétence, de celle-ci à pouvoir juger moralement du sort de tels individus. Elle révèle bien la faiblesse de cet État face à ce genre de situation. La loi du Talion est évidemment une solution de facilité, de passivité du jugement moral qui est la plus grave erreur qui puisse survenir dans l'exercice de la raison qu'est la justice.

J'aimerais bien que celui qui réponde oui, réponde aussi à ces questions ou au moins se les pose : Pourquoi l'enfermement serait-il préférable ?

Parce que son but est simplement une mise à l'écart de la société en vue de la sécurité des citoyens et non l'élimination qui en rien ne fait plus avancer les choses. Je dirais même qu'elle les fait reculer dans la mesure ou, pour la plupart des cas, c'est la première décision qui nous vient à l'esprit à l'écoute des faits. Si on ne franchit pas ce premier cap, je ne vois ce qui pourrait différencier la peine du mort d'une passion pure et simple. Et qu'on vienne pas me dire que le problème est que ça coûte de l'argent.

Un criminel qui récidive à sa sortie de prison, n'est-ce pas un crime de l'avoir libéré ?

C'est une grave erreur de jugement de la part de la justice. Ce n'est pas un crime puisqu'il n'y a rien d'intentionnel.

Une solution qui consisterait à modifier son cerveau, sa personnalité, pour éliminer tout risque de récidive, serait-elle préférable à la mort ?

Sûrement pas. Soustraire à l'assassin sa liberté de choix entre le bien et le mal comme le fait le gouvernement pour le meurtrier Alex dans Orange Mécanique relève du totalitarisme. La vraie victoire de la société serait de rendre moral un assassin non par la force mais par la raison.

Le prix d'une vie ne vaut-elle pas ce que cette vie estime du prix des autres ?

Si tu veux mais alors je te conseille de t'en prendre à la violence légitimée des régimes dictatoriaux qui ont sut faire de la mort une industrie, à la guerre aussi, qui n'est rien d'autre qu'un grand réservoir à assassins rendus innocents et honorés en grandes pompes au nom de la patrie. C'est plus important que de décider du sort du criminel anonyme.

Thanatos.

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La simple idée d'une erreur judiciaire, est suffisante en soi comme argument (pour injustifier la peine de mort).

Sébastien Brousseau.

 






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