..deuxième discussion..

opinion publique

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Un monde sans prison..?, ce petit livre d'Albert Jacquard a déjà fait l'objet d'une émission radiophonique avec les Souverains anonymes il y a 6 ans..
Abolissons la prison n'est pas encore écrit, mais l'idée d'abolir la prison, bien que minoritaire, a au moins, le mérite de questionner la pertinence d'une telle institution, son rôle sociale et politique..

Alors, nous vous lancons la question:

"Est-il possible de dire abolissons la prison sans se sentir ridicule voire fou..?"

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1-

Bien, voici un sujet qui comme vous le savez m'interesse particulièrement. Aussi je vais essayer d'y répondre de manière philosophique.

Définissons d'abord les termes.

Est-il possible ? ==> Est-il raisonnable, est-il imaginable, est-ce réalisable
de dire ==> D'affirmer devant un auditoire
abolissons ==> Mettons fin

PRISON : trop complexe à définir, le coeur de ma réponse la définiera le mieux possible
sans se sentir ==> état affecté par soi sur soi, inhérent à soi-même, et donc, pas de jugement extérieur direct
ridicule voire fou ==> Etre ridicule ou être fou est un jugement qui porte sur sa différence par rapport à autrui.

D'une manière immédiate, il est tout à fait possible de répondre "oui" à la question. Cependant, voici une objection, philosophique. Se sentir ridicule vient du jugement que l'on porte soi même sur ses propres actes en marges de la normalité. Etre fou, c'est peut-être ne pas être conscient de sa différence. Aussi le terme fou me parait être une totologie dans la question. Mais ceci n'est qu'un détail....

Je pense que la question réelle que vous soulevez est la suivante:
Est-il imaginable et réalisable aujourd'hui de se dresser devant l'opinion en réclamant un changement radiacal du système carcéral ?

La prison aujourd'hui qu'est-ce que c'est ?
Deux camps s'affrontent.
Certains pensent qu'il s'agit d'un camp de vacances pour criminels, avec une place au chaud, nourri, blanchi tous les jours. De temps en temps des séances télé, du sport, etc. La seule contrainte est de ne pas voir l'extérieur des murs de la prison. Mais la prison est une cité au coeur de la cité. L'autre camp juge la prison comme trop dure et ne servant à rien. Passer vingt ans entre 4 murs à observer les mouches voler, à discuter avec son co-locataire tatoué de la tête aux pieds. Ce n'est pas ça qui réintegrera les prisonniers dans la vraie vie.

Moi je pense (mais n'ayant pénétré dans une prison je me limite aux supositions) que la réalité se situe entre les deux. La prison aujourd'hui, n'est plus un simple cachot remplit de rats où l'on vous jette une soupe froide et du pain dur à travers un trou à peine plus large que l'assiette et ouvert pour ce seul geste un peu humain envers la bête féroce enfermée là dedans. La prison n'est pas non plus le Ritz (un fameux hotel français de luxe), on y mange pas du caviard le midi et du homard le soir. On n'y a pas son 200 m2 habitable où les gardiens de prison seraient vos valets. La prison aujoud'hui, est un lieu de détention, vous entrez un jour à l'intérieur de votre cellule, munis de votre habis qui vous ote toute personnalité, et vous en sortez un beau jour, quand votre peine est enfin achevée. De temps en temps en effet vous avez le droit à un peu de détente, 1H de télé par ci, 1H de sport par là. Mais que c'est-il passé réellement pendant ces longues journées ? Car le rôle de la prison aujoud'hui est-il seulement de séparer les incurables sociaux du reste du monde ? Se poser la question de ce qu'est la prison, sans se poser la question de ce qu'elle devrait être, c'est comme dire qu'un vin est bon alors que jamais on a gouté à un autre cru. Aussi la prison reste un mystère pour beaucoup. D'un point de vue extérieur, on a même l'impression que parler de LA prison est une erreur, car chaque prison semble différente de l'autre. Un guide michelin des prisons serait presque souhaitable. Mais qu'est-ce que devrait être la prison, voici la question fondamentale que nous devons nous poser avant de nous interroger sur ce que devrait 'subir' idéalement le jugé coupable. La prison, si elle veut être juste, doit remplir deux fonctions essentielles:
- Protéger les citoyens de la menace d'autrui (en l'occurence, les prisonniers)
- Soigner les prisonnier (si tant est qu'ils soient malades) ou au moins les réintégrer

La première de ces fonctions est parfaitement propre aux prisons actuelles pendant la durée du "séjour" en prison. La question est de savoir 'qu'en est-il ensuite ?'. C'est peut-être la réponse apportée par la seconde fonction curative. Cependant l'on constate que dans les faits, rares sont les prisonniers qui ressortent guéris ou réintégrer de la prison. Dans le cas des réels malades, la science psychanalitique aujourd'hui ne permet pas encore de traiter nombre de maladies psychiques... la prison pourra donc porter autant d'éffort que possible sur les soins médicaux, un malade restera un malade. En ce qui concerne les réinsertions, le problème est tout autre, si l'on considère le crime commis comme un accident de parcours et non comme une maladie. Ces accidents de parcours sont souvent dûs à des problèmes sociaux, à un entourage néfaste, socialement ou moralement. La réinsertion doit donc apporter au prisonnier une meilleur situation sociale après son incarcération. Mais ceci pose un gros probleme d'éthique sociale. Sous quel principe, quel droit, peut-on privilégier socialement quelqu'un qui a commis un crime envers la société(quel qu'il soit) au détriment d'un exclus social qui lui n'aurait commis aucune faute ? De même, on ne peut forcer un prisonnier à ne plus fréquenter son entourage après son incarcération... Il faut alors sortir le bon vieil adage: "mieux vaut prévenir que guérir". En effet, la réinsertion sociale, qui comme nous l'avons vu semble indispensable à la cure d'un prisonnier, ne peut se faire en aval (c.a.d après l'incarcération), mais en amont (c.a.d avant). La meilleur des prisons, c'est qu'il n'y en ai pas. Si tous les problèmes sociaux étaient résolus au sein de la société, il n'y aurait plus lieux de mettre des gens en prison, puisqu'il semble que seuls resteraient les malades mentaux. Hors, idéalement encore, il faut les soigner dans des lieux hospitaliers, et non dans des prisons.

Ainsi, il ne parait pas du tout fou ni ridicule de proclamer l'abolition des prisons. Mais encore faut-il s'en donner les moyens.

Aussi, je poursuivrais le raisonnement au delà, puisqu'une société sans problèmes sociaux n'est qu'un idéal, une utopie, qui dans les faits ne trouvera jamais vie. Et la philosophie doit essayer d'être à la fois universelle (ce que je viens de tenter de faire) et conjoncturelle (seconde partie de mon raisonnement).

Il faut s'intérroger maintenant sur la légitimité du système carcéral actuel. Les deux fonctions essentielles à la prison évoquées plus haut constitituent les deux rôles ideaux que doit remplir le système judiciaire idéal. A celles-ci viennent se greffer la fonction préventive sur laquelle je ne m'étendrais pas. Aussi, il s'agit d'abord de protéger les citoyens d'une menace d'autrui, tout en réintégrant les criminels (non-malades). Il me parait évident que la réinsertion ne peut se faire par l'isolement. L'homme rentré à 20 ans en prison ressort comme le même criminel "gonflé d'âge" à 40 ans. La prison n'a fait qu'appuyé sur -pause- pendant 20 ans. De plus, dans l'hypothèse vérifiable où il arrive que des prisonniers ressortent positivement de la prison, comment justifier le fait qu'un peine de 20 ans eut-été plus efficace qu'une peine de 5 ans ? Il y a un moment, un stade, où l'allongement de la durée de l'incarcération ne sert plus à rien. Idéalement donc, il faudrait que le criminel continue à vivre dans la société, mais soit dans l'impossibilité de regagner la criminalité. Il s'agit donc d'aider les criminels à avoir un parcours plus facile dans leur nouvelle vie surveillée, de sorte qu'il ne retombe pas d'où ils viennent. Des travaux sont effectués en ce sens aux Etats-Unis, mais sont malheureusement en très petite échelle, et effectuée il me semble sur des prisonniers à bas-risque. En théorie, il s'agit bien du système parfait, mais en pratique, difficile d'assurer la sécurité d'autrui, ce qui est le principal soucis de la justice...

J'en resterais là pour aujourd'hui, j'espère avoir fait avancer les idées dans le sens voulu, et surtout n'oublier pas mon bas âge (17 ans) qui ne me procure certainement pas assez de recul sur la réalité... (Il faudrait aussi parler pour etayer la thèse de l'abolition des prisons du prix d'une incarcération, exhorbitant)

KAD REDAL

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2-

"la prison est une sorte d'instrument à bouc émissaire", c'est votre propre phrase exprimée dans votre première réponse au thème "manger de la marge" que j'avais proposé au forum il y a quelques semaines. Vous avez raison. La prison est un outil d'avertissement apparemment efficace dans l'imaginaire (inconscient collectif) collectif. Combien de personne n'ont pas osé commettre de crime par peur d'aller en prison. Et pour que cette peur soit justifiée, la prison devait être à l'image de la peur qu'elle inspire..
1- La prison telle qu'elle existe force, dans l'imaginaire collectif, une apparence (voire une illusion) de "justice".
2- Elle annonce l'éminence du châtiment..
Oui, les criminels, petits et grands, sont des bouc émissaires..(sans excuser leur crimes)
Les politiques et les programmes de réinsertion sociale dans les prisons sont loin d'être suffisants.. (une petite minorité de détenus seulement en bénéficient)
Toutes les réflexions et analyses, philosophiques, politiques ou sociologiques ne pourraient être sérieuses sans s'attaquer d'abord à l'institution-prison avant de s'attarder sur les institutionnalisés-prisonniers.. Mais, Pour quelqu'un de 17 ans qui n'a jamais mis les pieds en dedans, votre réflexion est digne d'admiration.. les Souverains vous répondront. En attendant, cliquez ici.

ML

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3-

J'ai peur de m'être mal exprimé aux sujets du "bouc émissaire".
Entendez-vous par là que les prisonniers ne sont au fond pas coupable des crimes qu'on leur reproche?
Si c'est le cas alors désolé, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Il est évident que ces personnes sont le plus souvent (pour ne pas dire presque toujours) coupables de leur crime. On ne peut pas aujourd'hui remttre ça en cause même si l'on est jamais à l'abri des erreurs judiciaires.
Je pense que mon expression "bouc émissaire" voulait dire autre chose (au fond pas si différent) dans le contexte. La thérorie du bouc émissaire est une théorie philosophique. Elle dit que parfois, la société va mal. Elle est en crise, socialement, économiquement, politiquement, etc. Et elle cherche un (des) coupable(s). Dans la thérorie, ces coupables n'ont pas forcémment mal agit, mais dans le cas de la prison, il ne faut pas nier que si. Le fait est qu'elles sont ouvertement et publiquement désignées comme coupable, et font l'objet d'une sorte de désenvoutement. Le coupable est le mal qui provoque la crise, et il faut le séparer du reste de la société. Alors les juges ne sont pas très justes, et forcent la sentence. Ils montrent l'exemple. Mais bien sûr, la culpabilité de ces gens n'est pas à remettre en cause. C'est la peine qu'il faut réviser.

Je pense que vous aviez cependant vu la chose comme ceci, mais je préfère m'en assurer.

Cordialement,

KAD REDAL

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4-

Assurez-vous, ce n'est pas la cupabilité des criminels que je voulais remettre en cause mais bel et bien les façons avec lesquelles les peines sont administrées..
Le mandat actuel d'une prison:
Détenir une personne considérée dangereuse de telle date à telle date.
La personne incarcérée est-elle moins dangereuse après la date de sortie..?
La prison ne pose pas et ne veut pas poser cette question. Et pourtant, c'est la question fondamentale.
La prison se limite à montrer aux citoyens avec la complicité des médias que désormais, les coupables sont en cage "dormez tranquilles..". C'est dans ce sens là, que je trouve la prison comme un instrument à bouc émissaire.

Si vous étiez au Québec, je vous aurais invité à rencontrer les Souverains anonymes qui ont beaucoup apprécié votre réponse à la question sur l'abolition de la prison. Le site des Souverains contient quelques mille pages dont certains articles de fond à la page
"écris sur la prison"Cliquez.

Cordialement,
ML

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5-

Bonjour,
L'incarcération d'un être humain entre les quatre murs d'une cellule revient au même que de l'enterrer vivant dans un cercueil bien cloué. Comme la peine capitale, cette conduite n'est pas digne de celle d'une société qui se veut et se dit "humaniste". J'ai moi-même été détenu pendant une dizaine de mois, et je sais que seule l'expérience vécue peut faire comprendre cette réalité.

Comment peut-on s'arroger le droit de mettre un être libre dans une cage d'où il n'apercevra plus le soleil et le ciel qu'à travers des grillages et des barres d'acier ?! Depuis vingt années j'ai recouvré la "liberté", mais je garde la hantise de l'enfermement comme une peur animale restée ancrée en moi, car l'effort d'adaptation me permettant ne pas devenir fou, et grossir le pourcentage déjà énorme des suicidés fut épuisant et ne me laisse pas intact psychologiquement, mais demeure vingt ans après. Je rêve encore souvent que je me réveille en prison, dans une cellule...

Pourquoi ne pas regrouper les vrais criminels par "affinité" et les isoler sur quelques îles désertes, en les encadrant juste de quelques éducateurs spécialisés afin de pourvoir à l'organisation de leur séjour libre sur l'île, et bien sûr de les dissuader de s'enfuir à la nage...

Et surtout, avec la possibilité de transiter par d'autres îles au fur et à mesure de leur repentir sincère, avant de réintégrer définitivement la société des âmes paisibles et bien intentionnées...

Car j'ai bien dit les "criminels", tous les autres n'ayant rien à faire en prison. Moi ? J'étais à l'époque toxicomane, et j'ai osé cambrioler le coffre-fort de l'hôpital psychiatrique de mon quartier, accompagné d'un copain aussi malade que moi... Le jour du procès, la victime, c'est-à-dire le pharmacien de cet hôpital, témoigna en ma faveur en révélant que je m'étais même excusé avant de m'enfuir, pour cette peur que nous lui avions occasionnée afin qu'il nous livre son stock de produits palliatifs au manque d'héroïne qui nous tenaillait. Ce qui m'a valu je pense la grâce de ne pas retourner quelques années de plus, moisir à l'ombre.

Mais même "dehors", en liberté non surveillée, je ne peux oublier tous ceux avec qui j'ai fraternisé pendant ce séjour, ni tous les autres qui continuent de subir l'horloge quotidienne des grosses clefs dans les serrures blindées, ce grincement lugubre qui ponctue chaque événement cyclique du petit système carcéral, du parloir à la douche, ou de la promenade au repas...

Dieu m'a donné la force d'attendre la liberté sans sombrer, mais je crois que je ne pourrais jamais vraiment être heureux tant que je saurais que d'autres êtres souffrent, enfermés et seuls, ou que d'autres sont libres, mais de mourir de faim ou de froid dans l'isolement affectif.

"Que Ta Volonté soit faites, sur la terre comme au Ciel"...

Imanuel
1 mars 2000






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