..neuvième discussion..

VIDE

Si vous voulez joindre votre opinion dans cette page vous n'avez qu'à cliquer et exprimer
anonymes@arobas.net

X X X

Hommes et femmes d'esprit que vous êtes
Je vous fais une requête
Parlez-moi du vide qu'inspire certains mots, et de certains mots qui ne disent rien sinon vide..
Ou mieux encore, y'aurait-il à votre avis un endroit aussi vide que la prison.. ?
Pourquoi persiste en moi cette pensée que vous avez quelque chose à dire sur le sujet..
Des mots d'esprit que vous seul, vous êtes capable d'acoucher..

Le vide et la prison.
Le vide est-il une sorte de prison..?
De quel côté de la prison y a t-il plus vide..?
À quel niveau se situe le vide dans la vie en prison..?
Et si le vide s'avérait bénéfique en prison..?!
Et si la prison servait à faire le vide..?!

XXXXXXXXXX

"Bonjour, Je m'appelle Leslie et suis étudiante à Lyon. Je travaille actuellement sur un dossier d'enquête qui a pour thème le vide. Dans le cadre de mon travail, je tente de trouver des témoignages sur la conception et le rapport que les hommes, quelques soient leurs origines, activités ou caractères, entretiennent avec le vide: qu'il soit scientifique, artistique ou sentimental. Les prisonniers doivent souvent ressentir un vide relationnel fort. Si quelqu'un a le temps, la gentillesse ou la patience de me répondre, cela me serait très utile. Merci d'avance. Leslie"

XXXXXXXXXX

1-

Bonjour.

A propos du vide, il m'est revenu à l'esprit cette phrase de Saint Exupery " L'amitié est un pont jeté par dessus l'abîme de la solitude "

Catherine.L.Daures

XXXXXXXXXX

2-
Salut !
Etant moi-même claustrophobe et souffrant de vertige (le vide...:-) ,
j'étouffe parfois au milieu
de mots. Je me fais alors une infusion d'anti-vide :
je viole les mots, je les accouple, les jette les uns contre les autres, j'essaie de les faire danser .J'essaie de ne pas être "prisonnier" des mots , devenir "sérieux" autrement dit, de ce sérieux qui n'a rien à voir avec la réalité, ce sérieux qui s'écoute parler, qui s'admire...

Les mots creux, les phrases tellement profondes qu'elles n'évoquent - et ne contiennent - que du vide les mots vides de sens, ou le sens vide de mots (vouloir dire quelque chose, mais ne pas trouver les mots pour le dire... (des émotions pour lesquelles on n'a pas encore inventé de mots ?)

Je ne connais pas personnellement la vie en prison, mais me connaissant, je pense qu' il n'y a peut=être pas d'endroit où le "vide" soit le plus terrible.

Le vide en soi, le vide autour, le vide alentour? Quoi faire alors pour emplir ce vide, ou pour le contourner, ou pour le remplacer.?

Je me dis souvent que la prison c'est un monde "inverse", un monde prés du monde, mais jamais dedans, toujours "à côté" - écarté et ignoré, présent mais muré. La vie s'arrête en quelque sorte, alors qu'elle continue. "là-bas", et c'est comme si deux "temps" coexistaient sans se rencontrer: le temps de "dedans" et celui de "dehors".

C'est peut-être là qu'on sent le mieux - ou le plus péniblement - le poids du Temps; ce temps qui passe, immobile ou ironique. Dehors, on peut "tuer le temps"; dedans, on subit le temps, il encercle, étouffe. On pense...

Pascal parlait du "divertissement" , manière de s'occuper pour ne pas penser. Bien sûr, toute la vie, au fond, n'est qu'un divertissement, en attendant le Grand Saut. Mais cela doit sûrement être plus pénible à passer, à supporter "dedans", entre quatre murs, que "dehors"...

Quel rapport avec le Vide ?
Peut-être qu'il est plus "facile" de sentir ce vide, de se sentir vide, inutile, exilé, entre 4 murs. Et qu'il est d'autant plus difficile de "remplir" , d'occuper ce vide dedans que dehors...
Et que je peux trés bien comprendre ceux qui ne supportent pas, ceux qui n'y arrivent pas.

Y arriverais-je moi-même si... ?

Amicalement
Hervé

PS: Comme je l'ai dit, je ne connais pas la prison "de l'intérieur", je ne peux donc qu'imaginer... Et j'espère n'avoir pas trop fait de ""phrases vides"... :-)

XXXXXXXXXX

3-
Selon mon expérience personnel, le vide que nous identifions en nous, est un manque... et certainement un manque d'abord affectif.

Si le vide intérieur, vous est synonyme d'angoisse et de vertige, et que de manière angoissé, vous vous laissez conduire par des pulsions qui n'ont pour but que de le combler, c'est bien là que vous êtes privé de votre liberté.

Au contraire, il faut faire un homme de soi et laisser ce vide prendre toute la place, toute sa place... et respirer profondément dans le calme et l'acceptation...

Et si par mégarde, qui sait, une profonde tristesse vous envahissait face à tous ces manques qui vous habitent, il faut demeurer debout tel quel! La larme qui peut couler sur la joue n'est rien d'autre qu'une caresse de l'âme qui s'épanouit...

On n'a pas à se poser la question de ce qu'est la vie et de ce que nous foutons dedans... On n'a qu'à se laisser guider par ce que nous découvrons dans le vide. Car curieusement c'est bel et bien au coeur de notre vide intérieur que notre richesse est emprisonné et lui ouvrir une fenêtre aussi rarement soit-il, déclenche irrémédiablement une suites d'actes créatifs qui ne nous appartient pas vraiment, mais qui fait de nous un être participant pleinement à cette mystérieuse illusion qu'est la vie...

En espérant que ce témoignage bien personnel trouvera résonance dans vos murs.

Georges-André Asselin
http://www.oricom.ca/gaaslin

XXXXXXXXXX

4-
Je ne crois pas en la prison. Ni en sa pertinence, ni à son atroce réalité. Si on m'y envoyait, je me pendrais.
Mais je crois au vide.
Le vide existe pour que s'y meuve le plein.
S'il n'y avait pas de vide, rien ne pourrait bouger.
Ainsi, lorsque nous ressentons le vide, c'est qu'une partie de nous hérite d'une grande place où bouger et cela l'angoisse, car la liberté peut faire à certains aussi peur que la prison.

Il faut profiter de nos moments de vide, d'angoisse, d'isolement, de rejet, de terreur même. Car ils peuvent servir à être transmutés, en une immense source de Vie.
Vous avez déjà remarqué ces gros blocs de béton, tout à coup fendillés par un brin d'herbe?

La Vie est ainsi: douce, imperceptible, tranquille, et la plus puissante de toutes les forces, à en éclater le béton. Une force amoureuse, un élan vital, une énergie de lumière en marche vers la lumière.

La Vie, le brin d'herbe. Une petite chandelle, peut-être, dans une immense caverne.
Une petite chandelle qui nous murmure son amour. Pour l'entendre il faut taire l'angoisse du vide, non en la refoulant, mais en la traversant.

Et alors, sa lumière éclaire l'intérieur tout entier et devient soleil.

André de Sève
6 avril 2000

 






retour à livres d'or