..Aime, 10 janvier 01..

Nos fenêtres

18 h 40 AM

Ce matin, le soleil fait l'amour à ma fenêtre et mon âme, en chaleur, rayonne de plaisir. Les poètes sont en poésie et les amants du jour aux lumières de l’amour. Aujourd’hui brûle de désirs et ma fenêtre s’étire jusqu’à ma curiosité. Elle m’observe, sa nature s’émotionne. La beauté du phénomène me sidère, m’incinère... Je n’en crois pas lueur, sa littérature pleure... Du soleil plein la figure, de l’étoile plein l’aventure : je cherche la fissure... Hier encore, ma fenêtre loin de son Phébus, me dessinait son paysage d’hiver. Au grand froid de ses nuits, me citait son poète maudit, me criait sa poésie : au deuil de l’éphémère s’habillait de voiles blancs, de recueils opalescents, à l’étoffe du verre et du jour me tissait les strophes et les vers de son amour, à l’essor des poudreries me soufflait les vaisseaux de sa mort et de sa vie, aux jets de neiges sonores me hurlait tempêtes d’interdits , me murmurait son amant, sa solitude, son Nelligan...

Aujourd’hui, l'amante diaphane, de plus en plus brûlante, de plus en plus offerte, de plus en plus pénétrée, retrouve un bien aimé. Aux landes du soleil, de lumières mêlées aux vers embrassées, l'acte se fait plus cinglant, plus occultant, plus irradiant : ma chambre, mon lit, mes yeux, mes pensées sont littéralement « ensexoleillés »...

À midi, ma fenêtre me dit : Cosmologie d’un printemps avant-coureur, mosaïques d’été couleurs passé -présent-avenir, érotisme intemporel, exaltations spatio-sensuelles, bouquets de voluptés éternelles, explosions-implosions infinies, apothéose de la vie...

Fasciné, l'œil encore vitreux, comme liquéfié en elle, je l’admire. Au zénith, le renaissant se fait plus cinglant, plus coïte. La belle sublimé en perd son deuil hiémal, son voile hivernal, sa bucolique virginale ; Étrangement, son âme tourne au cristal : du fond de quelque vague onirisme ma pensée est au sept couleur de son prisme. Nelligan se couche et ma fenêtre me touche ; Elle s’endort et peine... sa pensée est couleur Lune d’or lointaine…

Je ne sais pas pourquoi, mais, aux premières lueurs du printemps, c'est toujours comme ça ; Nos fenêtres font l'amour aux quatre âmes du temps, et puis, deviennent tristes subitement, comme si elles avaient perdu quelque chose de précieux, d’inestimable, une partie d'elles même, création-procréation, qui jamais ne reviendra… Aujourd'hui, goutte à goutte, le soleil a fait fondre ses jardins de givres ; personne encore ne s'en doute : écoutez ! regardez ! Aux premières lueurs du printemps nos fenêtres font l'amour et pleurent Nelligan...

4:21 PM

Aime le Souverain
Nicodème Camarda


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