Fleur de pavot

Longtemps dans la nature, il y a longtemps déjà
Marchande d'illusions en grimoires connus
Jadis elle a fleuri aux douleurs des bras
Semant aux horizons des ardeurs imprévues
Allumant dans les corps, incendiaire joyeuse
Mille feux rougeoyants aux brasiers incertains
Éteignant dans les yeux, fourbe et paresseuse
tous les reflets de l'âme au miroir sans tain
Elle a grandi partout, attirant avec elle
le goût du peu, du trop et les rêves d'argent
et les désirs aussi, évadés d'irréel
maquillés d'artifices, lisier de notre temps
Elle a nourri l'esprit, indigente de l'âme
Elle a veillé, sournoise, au repos des douleurs
Cultivant l'habitude comme rêve de femme
Cueillant au quotidien, les chutes et les pleurs
Souvent elle se promène, de besoin en peut-être
Aux ondes de nos sens elle rythme ses appâts
Vainqueur d'un oui furtif qui n'a jamais pu naître
Des faiblesses vaincues, de notre vie à trépas
Maîtresse exigeante, amante doucereuse
Envahissante fleur en des jardins secrets
Dans notre glèbe vierge du cultive, odieuse
Les graines du mépris, les tiges du méfait
Et tu t'en prends déjà à l'enfant de nos vies
Tu le nourris d'absences, de joyeuses chimères
Et tu lui prends la main et puis la veine aussi
Sans regarder jamais dans le chagrin des mères
Et si, par aventure, quelque amant insoumis
Se dressait courageux, Don Quichotte rétif
A tes attraits d'enfer, aux fortunes, promis
Alors du fonds des curs, petit bonheur hâtif
Alors enfantera dans un monde meilleur
Graines du devenir aux racines d'hier
Tu accroches l'espoir à l'aiguille des heures
Tu caresses nos joies, tu réjouis nos prières.

MLF
automne 1992

 


retrour à litterature des Souverains | retour à création