Femmes de Palestine

LE MONDE DIPLOMATIQUE - FÉVRIER 1998 - Page 14



« RABAB », un film de Rashid Masharawi

Femmes de Palestine

Par DOMINIQUE GODRECHE

PRÉSENTÉ lors du 19e Festival du cinéma méditerranéen à Montpellier, Rabab, du réalisateur palestinien Rashid Masharawi, évoque l'univers carcéral propre à la condition féminine - hors de toute considération politique -, car, dit l'auteur, « je n'apprécie pas l'idée que le cinéma palestinien soit un cinéma d'occupation et que nous utilisions l'art simplement pour lutter contre Israël. A chaque fois qu'un réalisateur palestinien fait un film, on essaie d'y voir un problème palestinien. Je ne suis pas d'accord ! Il s'agit d'un art, et je n'ai pas fait ce film pour parler de la femme palestinienne, mais d'un état d'emprisonnement inhérent à la condition féminine ».

Rabab retrace, de l'intérieur d'une prison, la trajectoire d'une jeune femme condamnée pour le meurtre de son époux. Mariée contre son gré à un homme qui la violente, elle finira par le précipiter du haut d'une terrasse le jour où il la surprend en compagnie de son prétendant et la soupçonne d'adultère. Filmé en noir et blanc et en couleur, le récit se déroule principalement dans la prison, métaphore de l'enfermement mental créé par les jeux de la mémoire, mais aussi de la soumission féminine.

Né à Shati, un camp de réfugiés de la bande de Gaza, Rashid Masharawi vit et travaille depuis deux ans à Ramallah, où il tente de développer des productions palestiniennes. Après Couvre-feu, Prix du public en 1994 au Festival de Montpellier, et Haifa, son deuxième long métrage, en 1995, Rabab est son dernier film de fiction. Pour Masharawi, il s'agissait avant tout de dire que la femme doit « être active, refuser d'accepter ce qu'on lui impose, se rebeller, sous peine de se créer sa propre prison ». Dans Rabab, l'héroïne essaie d'abord de se suicider en sautant de la terrasse, avant de lutter avec son mari : « Sauter n'est pas une attitude très positive ; cela signifie disparaître, commente le réalisateur. Rabab reste silencieuse et accepte tout ce qu'on décide à sa place. Une femme doit pouvoir crier. »

C'est la fréquence de ses déplacements entre Gaza et Amsterdam qui a inspiré cette réflexion au réalisateur : « La situation des femmes à Gaza est difficile parce que c'est un lieu vraiment fermé : un million de gens, encerclés par un fil électrique. Lors de mes voyages, cette image est restée dans mon subconscient et m'a amené à établir une comparaison ! »

DOMINIQUE GODRECHE.


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