deux enfants, une prison

Deux enfants… une prison

- Maman ! dit naïvement la petite Brigitte, dimanche, si tu pars avec papa… on peut venir avec vous ?
- Oh, oui, on vous accompagne ! ajoute vite Olivier, comme si son enthousiasme devait à lui tout seul obtenir un oui définitif.
Mais la réponse d'Ilse est plutôt hésitante :
- Voyez-vous… mes chers enfants, il m'est déjà bien difficile d'accompagner papa. Je ne suis jamais entrée dans une prison. Alors…
- Alors justement, reprend Brigitte, on va venir avec toi. Comme ça, tu pourras parler à quelqu'un que tu connais déjà !
- Ecoutez bien, mes chéris ! conclut Ilse, papa décidera quand il sera là. S'il est d'accord, ajoute-t-elle malicieusement, alors nous irons les quatre en prison !
Vous l'avez compris : ce n'est pas que cette famille ait mérité l'emprisonnement. Oh, non ! Mais le missionnaire a été invité à parler aux prisonniers de Bukavu. Pour y être allé à plusieurs reprises, Joseph connaît l'endroit. Il sait dans quel misérable décor aura lieu la visite. Alors, cette fois, il a proposé à sa femme de l'accompagner. Mais pas un instant il n'a été question des enfants. On la doit à Brigitte, l'idée d'y aller en famille.

De retour à la maison, Joseph est consulté.
- Emmener Brigitte et son petit frère… pourquoi pas ? dit-il. Rencontrer des enfants pourrait faire du bien à ces hommes. Ils n'ont peut-être plus vu les leurs depuis longtemps déjà.
- C'est une bonne idée ! déclare donc Joseph.
Et les enfants pourront peut-être chanter ! ajoute Ilse. Olivier et Brigitte ont une bonne voix. Ils connaissent plusieurs beaux chants. C'est en les écoutant qu'ils ont commencé d'apprendre le français. Mais ils en savent aussi plusieurs dans la langue du Zaïre. Heureusement. Ainsi les prisonniers pourront comprendre ce qu'ils entendront.

Ce dimanche matin, c'est donc pour deux adultes et deux enfants que va s'ouvrir la prison…
Quand ils pénètrent dans la cour, tous les regards se tournent vers eux. Un soldat les accompagne jusque dans une pièce sombre. Il y flotte une odeur de moisi, comme dans les lieux mal aérés. C'est là que Joseph s'adressera aux détenus.
Soudain, de l'extérieur un bruit étrange attire l'attention des enfants. Un curieux cliquetis qui se rapproche…
Bientôt, ils voient entrer les prisonniers. Plusieurs de ces hommes traînent une chaîne entre leurs deux pieds. Leurs poignets aussi sont entravés. Chaque pas, chaque geste secoue des anneaux de métal. Oh, la triste musique ! Quelle misère sur ces visages amaigris ! Ces hommes mangent quand leur famille veut bien leur apporter quelque chose. Sinon… ils meurent de faim !

Un prisonnier arrive, une grosse corde passée autour de son cou. Elle soutient un tam-tam. L'homme avance lentement. De ses deux mains alourdies par une chaîne, il tambourine tandis que d'autres prisonniers entrent encore en traînant les pieds.
Soudain, d'une voix forte, au rythme du tam-tam, son porteur entonne un cantique très connu.
Une soixantaine d'hommes ont pris place sur les bancs. On transpire déjà dans cette salle. Bientôt les vêtements colleront à la peau. Soixante paires de regards interrogateurs passent des deux enfants à leurs parents, puis des parents aux deux enfants.
- Bonjour, mes amis ! dit Joseph en guise d'introduction. Comme vous le voyez, je suis revenu. Je vous l'avais promis. mais cette foi, je ne suis pas seul.
Joseph s'arrête, se baisse, prend Brigitte sous les bras et hisse la fillette sur une table
.
Elle est bientôt rejointe par Olivier, qui, par de grands gestes, salue à sa façon.
- A vos regards étonnés, continue Joseph, je vois que vous avez de la peine à comprendre : Comment ce couple à peau blanche peut-il avoir des enfants noirs ? je vais vous le dire. Tout petits, Brigitte et Olivier étaient bien misérables. Nous les avons trouvés sur l'île Idjwi, presque abandonnés. On nous les a donnés. Nous les avons pris chez nous .Nous les avons soignés. Nous les avons aimés. Nous les avons adoptés. A présent, ce sont nos enfants. Si vous le voulez, dans un moment, ils vont chanter pour vous…
Brigitte et Olivier regagnent leur place au bout du banc. Collés l'un contre l'autre, ils sont rassurés de sentir, sur leur épaule, le bras de leur maman.
- Je vous ai parlé d'adoption, reprend Joseph. Et bien, ce matin, j'ai une bonne nouvelle pour vous tous : le Dieu puissant qui a créé le monde désire vous adopter, vous prendre comme ses enfants. Il nous voit comme nous sommes, prisonniers de chaînes encore plus lourdes et plus solides que celle-ci. Il sait dans quelle misère nous a plongés le mal pour dominer sur nous. Malgré ce que nous sommes, Dieu s'intéresse à chacun de nous. Il nous aime. Il l'a montré en laissant mettre son Fils sur une croix. Jésus a payé là le prix de notre adoption.

- Dieu est saint. Il ne fera de nous son enfant que si notre cœur est lavé, même d'un passé plus sombre que cette pièce. Cela, Dieu peut le faire, mais… le voulons-nous ? Sommes-nous prêts à le lui demander ?
Dans la salle, c'est le silence. Ou presque car à chaque mouvement, une chaîne se fait entendre.
- A présent, dit encore Joseph, avec leur maman, Brigitte et Olivier vont chanter quelque chose pour vous…
Bientôt trois belles voix entonnent un cantique basé sur le Psaume 37 :
"Fais de l'Eternel tes délices, il te donnera ce que ton cœur désire. Recommande ton sort à l'Eternel, mets en lui ta confiance. Il agira, oui il agira."

Pour que les prisonniers voient bien les deux enfants, Joseph les a hissés de nouveau sur la table. Du haut de cette estrade, ils chantent de tout leur cœur, très simplement.
Suit un autre chant, en kiswahili cette fois, un chant que tout le monde connaît : "Nani anapenda watoto ? nanianapenda watoto ? ni Yesu, ni Yesu. Alikufa kwa muti kuondoa makosa. Yesu anapenda watoto." "Qui aime les enfants ? C'est Jésus. Il est mort à la croix pour enlever nos péchés. Jésus aime les enfants !"

Emus, plusieurs détenus baissent la tête. Quelques larmes roulent sur les joues. Le chant est fini. Tout le monde applaudit. Spontanément plusieurs prisonniers se lèvent, s'approchent des deux enfants, et les serrent très fort dans leurs bras. Surpris, Brigitte et Olivier sont un peu effrayés. Mais un sourire de leurs parents les rassure. Ils se laissent donc toucher par ces mains rudes, des mains qui ont peut-être volé, frappé, même tué…

Il fait chaud, on suffoque dans cette pièce. Mais à présent Joseph invite ces hommes à reconnaître leurs fautes devant Dieu, à lui demander pardon pour leurs péchés, leurs vols, leurs crimes...
Touchés dans leur cœur et dans leur conscience, plusieurs se mettent à genoux. A haute voix ils implorent la pitié de Dieu.
Une voix entonne un chant connu. Il est repris par beaucoup d'autres voix.
Ce dimanche matin, plusieurs prisonniers se sont repentis. Ils ont demandé à Dieu de changer leur coeur. Dieu les a entendus. Il les a adoptés.

Avant de partir, il faut que Brigitte et Olivier chantent encore : "Nani anapenda wato, nanianapenda watoto, ni Yesu…"
Après avoir été eux-mêmes tirés de la misère, ces enfants viennent d'être deux petits instruments, faibles mais utiles dans la main d'un Seigneur si grand, si bon et si puissant.

Toi aussi, tu pourras être utile pour Dieu, d'une façon sûrement très différente, bien sûr. Mais à une condition : que ta vie soit vraiment dans sa main. Le veux-tu ?

Page créée le 9 août 1997 par s-e.

 


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