Claude Lucas


Les faits
. Claude Lucas a commis un hold-up avec prise d'otages en 1987. Il a été arrêté en Espagne l'année suivante et condamné à huit années de prison pour "port d'armes". Il en a accompli six dans l'enfer des prisons espagnoles à Madrid, Séville, Algésiras, Daroca, prisons que l'on nomme à juste titre des "cimetières" étant construites sur des zones désertiques où rien n'est plus oppressant que le silence et la chaleur en été.

Il a été extradé en France en 1994. Après deux ans de préventive en décembre 1996, il a été jugé par la cour d'assises de Bourg-en-Bresse. Le compteur est alors remis à zéro, et il est condamné à douze ans de réclusion assortis d'une peine de sûreté de quatre ans. Les six années de réclusion en Espagne n'ont pas été prises en compte dan l'état actuel de la juridiction française, puisqu'elles ont été accomplies à l'étranger. Remarquons que ses complices de 1987 qui avaient été arrêtés en France, étaient déjà libres au moment de son procès de décembre 1996.

Or, Claude Lucas est écrivain. Il est l'auteur d'un livre, SUERTE, publié par Jean Malaurie dans la Collection "Terre Humaine" chez Plon, livre où le personnage -comme l'écrit François George- est "écartelé entre la violence de l'instinct et le raffinement de l'esprit".
Rémanences
34600, Bédarieux (France)

Sélectionné au Festival du premier roman de la ville de Chambéry, il a connu un très grand retentissement dans la presse nationale et a obtenu le Prix France-Culture. Ecrit dans le cauchemar de la vie d'une cellule partagée à quatre voire à six avec des détenus drogués et violents, il constitue un témoignage significatif sur la condition pénitentiaire, car Claude Lucas n'a jamais séparé son destin de celui de ses codétenus. S condition l'amène à réfléchir sur le rôle de la prison, sur son utilité. A travers sa démarche intellectuelle, l'auteur est devenu un autre individu; par un lent travail réflexif, il a repris en main son destin qui avait basculé un jour, à 14 ans, par la maladresse inconsciente et irresponsable d'un adulte. SUERTE est le témoignage que Claude Lucas est un autre homme aujourd'hui. Ecrire SUERTE, c'est tourner la page, c'est se rendre compte sans complaisance -comme l'affirmait Jean Malaurie lors de son audience- "qu'il avait construit sa vie de façon tout à fait absurde".

Certes, le talent d'écrivain qu'on lui reconnaît est une chose et sa responsabilité pénale en est une autre. Il le dit lui-même : "Je tiens à faire la distinction entre le roman et la réalité". Or sa condamnation repose en partie sur cette confusion. Doit-on juger Flaubert parce qu'il "suicide" Madame Bovary? Doit -on encore de nos jours maudire l'auteur des Fleurs du Mal? Doit-on effacer de notre mémoire Sade sous prétexte qu'il fut embastillé, Verlaine détenu à Mons, Wilde à Reading, Genet à Clairvaut, ou pire Soljénitsyne au Goulag? Tout autrement qu'on l'a cru Claude Lucas, à travers son écriture envisagée comme thérapie, s'est défait de ses vêtements pour en revêtir son personnage Christian Lhorme. Or du point de vue judiciaire, sa réussite littéraire offre une importante garantie de réinsertion. Il est désormais un auteur reconnu, joué sur de nombreuses scènes de théâtre, certains de ses écrits font l'objet d'adaptations cinématographiques, des recueils de nouvelles viennent de paraître, d'autres livres sont en préparation dans lesquels il s'investit corps et âme ce qui lui assure un réseau d'amitiés autour de lui comme à travers la France entière émanant tant du monde intellectuel et artistique que de la ville de Saint-Malo qui reconnaît cet égaré qui s'est récemment marié en prison, comme un de ses fils prodigues. Nous partageons la certitude que pas un jour de plus n'est nécessaire pour que Claude Lucas trouve désormais sa place, librement, auprès de celles et ceux qui l'attendent. Garder plus longtemps Claude Lucas en prison, ce n'est plus défendre la vérité ni servir la justice, c'est tout simplement persister dans l'erreur pareille à celle qui voulait voir en Dreyfus un coupable.

"On emprisonne pas Voltaire" disait le Général de Gaulle. Cette liberté, nous aspirons vivement à ce qu'elle lui soit accordée. Car veut-on d'un écrivain parmi nous ou veut-on d'un futur martyr ?
C'est pourquoi le libérer, c'est reconnaître que les neuf années de privation de liberté ont rempli leur double fonction de punition et de protection de la société d'une part, de changement et de transformation de l'homme, d'autre part; le libérer, c'est dire aussi que l'action de soutien en faveur de Claude Lucas ne peut être détachée du sort des autres prisonniers qui supportent des conditions de vie les transformant souvent en éternels marginaux; le libérer, c'est reconnaître que dans tout acte, il existe des causes profondes qui marquent à jamais un homme des stigmates de la faiblesse, de la douleur et manque affectif accumulés depuis l'enfance et dont la condamnation ne tient pas compte; le libérer, c'est accorder foi dans la reconnaissance sincère, honnête et sans tricherie, des erreurs commises; le libérer, c'est reconnaître l'effort dans le combat mené pour effectuer un tel changement en soi et qui amène l'individu à rendre service à présent à la société.
Telles sont les raisons pour lesquelles les auteurs des articles qu'on va lire, comme les signataires dont les noms suivent, comme aussi les auteurs des milliers de lettres reçues au siège du comité récemment créé soutiennent à nouveau le recours en grâce présenté une première fois le 25 juin 1997 par Me. Olivier Metzner auprès de M. Le Président de la République Française.

 

(Yvan Mécif)


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