Claude Lucas, son histoire

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Sa naissance. Claude Lucas naît le 30 octobre 1943. Son père est déjà marié et père de famille. Pour éviter le scandale, sa mère, qui est célibataire, va accoucher à La Baule. Il est élevé à Saint-Malo par sa grand-mère et sa tante qui tiennent le Café du Bassin mais ignore tout de ses parents.


Ses études.
Après des études primaires chez les Frères de l'école Saint-Jean à Recabey, il entre, en 1954, en classe de 6 ème au Collège de Saint-Malo. Pendant trois ans, il obtient d'excellents résultats scolaires.

Son exclusion volontaire. Tout change en avril 1958, alors qu'il se trouve en classe de 3 ème. Il vient d'avoir 14 ans et apprend que ses parents se sont suicidés quand il avait dix huit mois... Sa famille lui laisse entendre qu'ils se sont tués à cause de lui. Frêle adolescent, il devient la FAUTE ! Sa vie bascule, c'est la chute des résultats scolaires. Il est en plein désarroi. L'abandon de sa mère lui pose une interrogation désespérée.

Son existence est vide de sens et il tente alors de se supprimer. Rencogné dans le creux des rochers du Fort-National, il sort de la poche de son pantalon la petite lame de rasoir Gillette soigneusement enveloppée dans un mouchoir et entreprend, maladroitement mais consciencieusement, de s'entailler les veines du bras gauche. Il en réchappe mais, en totale révolte, il commet de nombreuses incartades au collège de Saint-Malo qu'il est invité à quitter Il devient interne au collège de Vitré. Personne ne se penche sur son problème, il fugue et, encore une fois, est obligé de changer d'école. C'est le lycée de Rennes qui l'attend. Personne ne le comprend, personne ne l'aime, personne ne l'aide non plus ! Il fugue à nouveau. Arrêté près de Tourcoing par une patrouille de douaniers, le juge des enfants le place, pour son plus grand malheur, en maison de correction. Là, à la maison d'arrêt de Loos et pour une simple fugue, il découvre le monde de l'ENVERS, celui des déchets de l'humanité...

Il est ensuite placé dans un centre de rééducation près de Rennes. Il y reste 6 mois puis entre en classe de seconde au lycée Champollion de Grenoble. Il est logé dans un foyer de jeunes travailleurs qui n 'est rien d'autre qu'un véritable repaire de voyous. Ils se font forts de l'initier à ses premiers cambriolages. Il travaille dans l'hôtellerie mais complètement déstabilisé, persuadé lucasque sa vie n'a aucun sens, il sombre rapidement dans la délinquance. Il n'a alors que 16 ans et écoule le produit de ses vols auprès d'une tenancière d'un bar de prostituées.

Trois ans plus tard, à 19 ans, pour intimider un proxénète qu'il voit brutaliser une des filles de ce bar, il sort une arme et tire. L'homme est tué. Claude Lucas est condamné à 5 ans de prison mais avec sursis, compte tenu des circonstances. Appelé sous les drapeaux en 1963, il déserte au bout de quelques mois. En 1964, il est arrêté à Marseille pour vol et port d'armes. Il est condamné à 2 ans de prison et son sursis de 5 ans est révoqué. Il est transféré en 1965 à la sinistre centrale d'Ensisheim pour y purger une peine de 7 ans dans des conditions inhumaines. En 1970' il est libéré de prison et lâché, avec 600F en poche, dans un monde totalement bouleversé par mai 68. Il a 27 ans et avoue avoir vécu, pendant des années d'expédients inavouables

En 1973, il vient à Saint-Malo faire un pèlerinage sur les lieux de sa jeunesse. Il prend conscience que le jeune garçon qui vivait là s'est totalement décomposé. Ce n'est plus qu'un fantôme dont la présence vient profaner la splendeur romantique de la cité corsaire. Il fait ses adieux à sa grand-mère - une pauvre vieille rabougrie de quatre-vingts ans qui lutte pour se mouvoir mais qui est encore capable de reconnaître le revenant ... Elle décède en 1975 . En 1979, il commet un hold-up chez un diamantaire lyonnais. Il échoue et tente de se suicider une seconde fois mais la cartouche fait long feu. Il est condamné à Lyon, en 1980, à 8 ans de réclusion criminelle. Son existence continue à s'inscrire dans un monde parallèle totalement absurde et où la vie s'écoule comme si de rien n'était.

Son insertion par l'écriture. C'est alors qu'il réagit et décide de reprendre des études en prison. Il s'inscrit à l'Université de Lyon III et passe avec succès le Bac où il obtient 20/20 en philo. Il opte ensuite pour un 1er cycle de philosophie et choisit de présenter une UV d'exégèse biblique ! Il est transféré au centre de détention de Melun où il est correcteur à l'imprimerie administrative de la prison. Il bénéficie d'une remise de peines pour bonne conduite.

En 1986, Claude LUCAS sort de prison avec en mains deux manuscrits, écrits pour préparer sa réinsertion. A Paris, il tente en vain d'intéresser les éditeurs ! Après cet échec douloureux, totalement seul, à bout de ressources et d'espoir, il replonge dans les braquages. C'est ainsi qu'en 1987, il commet, avec d'anciens détenus du milieu lyonnais, un hold-up qui échoue mais à la suite duquel il prend la fuite. Lors d'un contrôle d'identité, il se fait arrêter en Espagne et condamner pour port d'armes à 8 ans de prison. Commence alors, pendant 6 ans, l'enfer des prisons espagnoles à Madrid, Séville, Algésiras, Almeria,Daroca. Construites sur des zones désertiques, avec rien d'autre que le silence oppressant et la chaleur atroce en été, les gardes civils les appellent à juste titre des cimetières . Les jours y sont interminables, les années n'en finissent pas de s'étirer Il y connaît la souffrance, la peur et les transferts épuisants de prison en prison dans des cellules partagées à 4 ou 6 avec des détenus violents et drogués. C'est un atroce cauchemar qui n'en finit pas de durer

Dans cet enfer, pour ne pas devenir fou, il écrit la nuit. A la lumière d'une petite lampe bricolée, il écrit " Suerte ("chance",en espagnol) son roman autobiographique. Il y montre son destin tragique et vide de tout sens. Il y dépeint l'univers carcéral et l'exclusion volontaire qui marque au fer rouge toute son existence.

Extradé d'Espagne en 1994, il est depuis deux ans détenu à la prison de Villefanche-sur-Saône. En janvier 1996, il édite Suerte pour lequel il vient de se voir décerner le prix littéraire 1996 de France Culture. Il a écrit la pièce de théâtre "l'Hypothèse de M. Baltimore", chez Aléas Editeur, ainsi, qu'un recueil de nouvelles Chemin de Fleurs, chez Flammarion.

Henry Gasnier
Président du Comité de Soutien


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