écrivains en prison

QUE RACONTE CE LIVRE "ECRIVAINS EN PRISON"?

Communiqué par Mavis Guinard (*)

Dans cette anthologie vous rencontrerez des hommes et des femmes qui se sont retrouvés en prison et ont survécu pour la raconter. Ces écrivains, fameux ou non, font preuve, envers et contre tout, de dignité et de philosophie, et même d'un certain humour. Leurs récits parlent plus d'ennui que de torture, reviennent sur le bonheur passé plutôt que le malheur présent. Les récits choisis sont sobres, criants de vérité. Ils - et elles - décrivent la dureté du quotidien carcéral afin de mieux nous ouvrir les yeux, certains que ce n'est que par une image fidèle que l'on viendra à bout de cette infamie consistant à jeter en prison ceux qui ne pensent pas comme vous. Ils racontent les barreaux, les sols durs, la faim, les conditions d'hygiène primitives ou inexistantes, et la coupure de tout rapport avec l'extérieur; la promiscuité ou l'isolement; l'inquiétude sur le sort de votre conjoint, de vos enfants, de vos parents ; et puis toutes ces peurs, peur de la vermine, de l'obscurité, de devenir fou, de vouloir se suicider.

POURQUOI CETTE ANTHOLOGIE?

"Ecrivains en Prison" présente les témoignages de soixante écrivains, de tous bords, jetés en prison pour délit d'opinion, pour avoir dénoncé l'injustice ou l'intolérance. Ces hommes et ces femmes racontent le quotidien de la prison depuis le moment où la porte de la cellule se referme. Certains ont survécu. Comment? La rage contre la prison les aide à survivre. Il faut le raconter. Leur imagination devient une manière d'évasion. Même privés de papier, ils continuent à écrire, dans leur tête, sur les murs, sur du papier w.-c, entre les lignes d'un bouquin. Ils - et elles -ne baissent pas la tête, continuent à défendre leurs idées. La vérité viendra peut être à bout de cette infamie: jeter en prison des gens qui ne pensent pas comme vous. Cette anthologie réunit des textes rédigés hier et aujourd'hui par des écrivains en prison...des dissidents russes, coréens et indonésiens, des femmes et des hommes du Maroc, de Turquie, d'Afrique du Sud, d'Iran, de Palestine, d'Argentine, de Cuba.

Après l'édition anglaise, "This Prison Where I live", parue en novembre 1996, voici "Ecrivains en prison" diffusé chez les libraires par Labor et Fides Genève au prix de 38 francs suisses. En effet, une édition en français, langue officielle du P.E.N, semblait essentielle. A part les extraits d'auteurs célèbres - Soljenitsyn, Vaclav Havel, Semprun, Primo Levi, déjà publiés en français - quarante auteurs moins connus hors de leurs pays étaient inédits en français. Le centre P.E.N. suisse romand est francophone mais aussi multilingue. Parmi ses membres écrivains ou journalistes, certains ont bien voulu traduire extraits et poèmes, souvent d'après l'original. Cette anthologie n'aurait pu paraître sans leur aide désintéressée. Les chevilles ouvrières de cette édition sont notamment Fawzia Assaad pour les textes arabes; Jean-Jacques Fiechter, auteur de polars littéraires, pour les lettres de prison de Dashiell Hammett, connu pour le Faucon Maltais; Juliette Monnin-Hornung, pour les poèmes cubains; Luce Péclard, Mary Anna Barbey, Mary Guerry, un jeune journaliste vietnamien, l'infatiguable journaliste Laurence Deonna et la rédactrice Brigitte Mantilleri.

Les droits d'auteurs de ce livre seront versés au Comité P.E.N. des Ecrivains en Prison. Depuis 1960, ce comité- un peu comme Amnesty International - vérifie les cas; s'efforce de les faire relâcher, ou améliorer leurs conditions de détention; aide les familles. Est-ce que ces fax, ces pétitions, nos lettres (polies) aux gouvernementx servent à grand'chose? Parfois, oui, lorsque ces gouvernements ont besoin de la bonne opinion internationale. L'image de l'écrivain derrière les barreaux peut se retourner contre ses geôliers. En 1997, un dixième de nos prisonniers a été libéré et, parmi eux, un écrivain turc aveugle, Esber Yagmurdereli, 52 ans, qui avait dénoncé les abus contre les Kurdes, a été relâché. C'était un de nos cinq cas les plus flagrants. les autres sont un étudiant chinois; un romancier égyptien accusé de blasphème; un journaliste péruvien condamné par un tribunal masqué; et un poète irakien établi au Koweit.

Ces succès encouragent P.E.N à redoubler d'efforts. Même si nos fax tombent dans des poubelles gouvernementales, ces protestations arrivent mystérieusement aux oreilles des écrivains en prison et les réconfortent.

QUE SIGNIFIE P.E.N. ?

En anglais, PEN. signifie plume. Ce sont aussi les initiales de Poètes, Essayistes et Nouvellistes. Cette association a été fondée à Londres en 1921 par une femme, Catherine Ann Dawson Scott, qui voulait créer un club d'écrivains où les membres seraient partout bien accueillis. Après la Grande Guerre, beaucoup pensaient qu'une paix durable viendrait de l'entente entre les peuples. La dimension internationale de P.E.N. en a fait son premier succès. Aujourd'hui, les centres P.E.N. se retrouvent sur 5 continents, comptent des dizaines de milliers de membres dans plus de 90 pays. On y retrouve des écrivains de tout bord: les réunions peuvent devenir houleuses mais leur lien le plus solide est devenu la défense de la liberté d'expression et celle des écrivains en prison en particulier.

En effet, le droit à la liberté d'expression reste menacé: pour chaque écrivain libéré, un autre peut se retrouver en prison. Le Comité doit veiller et réagir promptement aux menaces de mort et aux assassinats d'écrivains et de journalistes. Une nouvelle stratégie a été adoptée pour parer à l'impunité des meurtriers. Ainsi, des manifestations publiques en Argentine (en faveur du journaliste José Luis Cabezas) et en Irlande (meurtre de Veronica Guerin) ont obtenu des enquêtes et abouti à quelques arrestations.

P.E.N. a inscrit dans la Déclaration des Droits de l'Homme que "tout individu a droit à la liberté d'expression"(*). P.E.N. défend toujours ce droit. Les premier cas d'écrivains persécutés apparurent dans les années '30. D'abord des Allemands. Puis, en Espagne, l'exécution du poète Garcia Lorca souleva des protestations dans le monde entier. Lorsque Koestler fut lui aussi condamné à mort, l'intervention de P.E.N. le fit libérer. Après la guerre, au fil des années, P.E.N. est venu au secours d'autres écrivains célèbres, futurs Prix Nobel ou hommes d'Etat: Pasternak, Vaclav Havel, Soljenitsyne, Wole Soyinka et de bien d'autres, moins connus. Un des cas les plus difficiles a été celui de Kim Dae Jung. Rien ne laissait deviner qu'il occuperait aujourd'hui le siège de Président de la Corée du Sud.

Depuis 1960, le Comité des Ecrivains en Prison s'occupe de cas d'écrivains ou de journalistes emprisonnés, torturés ou tués. Les centres P.E.N. adoptent des prisonniers d'opinion comme membres d'honneur. A Genève, le "centre P.E.N. suisse romand" est une tête de pont auprès des Nations Unies. Chaque année, notre membre Fawzia Assaad, assiste en tant que dél≠guée de P.E.N. International aux séances de la Commission des Droits de l'Homme.

La prison est devenue le moyen de faire taire les dissidents, le lieu où l'on enferme ceux qui osent critiquer les régimes. C'est un lieu terrifiant, barbare, l'enfer sur la terre. Pourtant, chaque année, des hommes et des femmes dénoncent l'injustice ou l'intolérance et se retrouvent en prison. La liberté d'expression est le droit qui sous-tend tous les autres. Lorsque le silence tombe sur les pires atrocités, leurs auteurs n'ont plus de comptes à rendre. P.E.N. lutte pour briser ce silence et alerter l'opinion.

QUEL EST LA FORCE DE P.E.N. ?

Sa portée internationale la rend particulièrement efficace. Lorsque la liberté d'expression est attaquée même dans un petit pays, les voix des écrivains s'élèvent de partout. Et quand il s'agit des plus célèbres d'entre eux, connus dans le monde entier, cela fait beaucoup de bruit. Rien n'irrite autant l'opinion internationale que l'image de l'artiste derrière les barreaux. P.E.N. a su souvent démontrer aux dictateurs que ce n'est pas en emprisonnant un écrivain que celui-ci abandonnera ses convictions ou qu'elles seront oubliées.

COMMENT ONT-ILS SURVECU?

Il faut survivre, non seulement physiquement, mais pour préserver sa propre intégrité. La rage accumulée contre la prison galvanise l'envie de survivre. Rêver qu'il s'en sortira pour tout raconter, mais que personne ne voudra l'écouter, devient le pire des cauchemars pour Primo Levi. Pour certains, leur propre imagination devient un outil de survie et même d'évasion. D'autres écrivent sur les murs, sur des savonnettes, sur du papier w.-c, entre les lignes d'un bouquin.

(*) L'article 19 de la Déclaration universelle des Droits de l'homme:
"Tout individu a le droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit."

(**) Mavis Guinard a mené le projet de la publication des "Ecrivains en prison". Elle est journaliste à Lausanne, membre de l'Association suisse des journalistes et écrivains du tourisme (ASSET).


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