..où es tu jeune femme..?

Le mineur

Une flamme au vent vacille
À pas fatigués
Un visage la suit

Au village des yeux effrayés
L'énigme s'ébruite
On écoute, on l'observe

Au loin, la lueur hésite,
Engouffre des galeries
Disparaît, réapparaît
Longe les charbonnages
Remue des ombres,
Éventre l'obscurité

À l'abandon,
l'âme en pays bas tourne en rond

Lampe au casque
Luciole de nuit
L'arcane va,
Pelle et pic à bas,
Àla sueur de son front
Cracher l'éthane de ses poumons

Rendre un dernier honneur
aux spectres de son passé
Les visages enfouis
Mineurs, amis,
morts ensevelis

l'espoir aux blancs des yeux,
Le lémure pénètre une glèbe épuisée
La houille du temps
Bas-fonds de nos terres
Affamés d'entrailles ouvrières

Parfois, quand porte le vent
On l'entend user ses lignes de vies :
À même les sols humides,
Ses mains sondent les glaises d'un sang muet:
Leur extraire une escarbille de vie
Une dernière volonté
Un souvenir fossile

Bousculé par le temps,
Les poignées de vent
Le revenant s'égare, confondu
Aux hurlement d'une poulie
Il entend les cris et les pleurs des compagnons perdus

Traumatisée, la mémoire soulève la poussière
La flamme oscille terrifiée
Retourne les cailloux, roule les pierres
La peau et les os de ses frères
Comme autrefois,
Le coeur au ventre piochait son sous
À coup de méthane, à coup de grisou
La mort a fait un trou :
Ici, des hommes ont cherché d'autres hommes
Ils n'ont rien trouvé..
Au jour qui vient,
L'oeil du survivant toujours s'éteint..

Aime le Souverain
Nicodème Camarda
30 avril 2001


retrour à litteratures des souverains | retour à création