..Homage à Jimmy..

Y Neige Pas à Port-Au-Prince

Chus pas un sans papier mais un sans citoyenneté

l’eau pis le feu pis l’air d'un sol qui refuse de se taire

homme sans chiffres, sans numéros, chus pas un zéro

Mais j'viens d’un coin de terre appelé

Ventre de ma mère

Chus pas un ange mais un noir moins noir que la toge de vos jugements

Les Anglais vous ont volé ce pays en colonisant le français pis l’iroquois

Vous m’avez déporté trois fois pis toujours j'reviens québécois

Juges, procureurs, montrez moi vos papiers rien qu’une fois

Pis j’vous dirai qui et ce que vous êtes parfois…

Chus pas un sans papier mais un sans citoyenneté

l’eau pis le feu pis l’air d'un sol qui refuse de se taire

Homme sans chiffres, sans numéros, chus pas un zéro

Mais le Héros d’un coin de terre appelé

ventre de ma mère
Oubliez le pas comme vous m’avez oublié pis déporté.

Signé : Je me souviens...

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C'est en apprenant l'histoire de Jimmy que j'ai décidé de lui dédier ces quelques phrases. Comme lui, je suis arrivé très jeune ici et s'il se sent aussi québécois que moi, j'imagine aujourd'hui quel doit être sa douleur, son désarrois, sa détresse, sa tristesse... Moi et Jimmy on a plusieurs points en commun dont le plus important :Celui d’être un être humain, une âme à part entière, un souverain anonyme. Aussi, pour des raisons qui me sont propres j’ai toujours refusé de me considérer comme un citoyen canadien : J'ai pas de carte de citoyenneté pis j'en veux pas! Vous m’en donneriez une que j'm'empreserait d'la mettre au feu. Disons que j'me sens beaucoup plus citoyen québécois que canadien. Aussi quand les autochtones de ce pays émettront ce genre de cartes j'me ferais un plaisir et un devoir d'en acquérir une...

En quelques mots ''Monsieur Denis Codère'' la déportation de Jimmy ne présage rien de bon: elle est défaite de tout ce qui est social et sociable en nous, pour ne pas dire ''abandon de tout ce qu'il y a d'humain'' ...

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Quand J'étais Petit Je N’étais Pas Grand

J’venais d’avoir cinq ans lorsqu’ on a quitté la Belgique pour le Québec. Cétait en 1965 pis Montréal m’attendait. J’sais pas si tu l’sais, mais quand t’arrive d’la Belgique le Québec, tu trouves ça grand, bin grand! Pis en regardant autour de moé j’me sentais p’tit, bin p’tit…

Adieu frites liégeoises, bandes-dessinées, Titins, Tounesols et capitaines Hadocks! Bonjour poutines, ribouldingues, Bobinos, Bobinettes et capitaines Bonhommes!

En descendant de l’avion, j’étais qu’un jeune blanc-bec pas mal déboussolé. Dorval était triste pis je trouvais que Montréal puait le gaz. Dans c’te ville où tout était grand pis démesuré comme l’hiver pis le froid, j’étais loin de tout ce que j’avais connu pis j’m’ennuyais ferme de mon p’tit monde, d’ma p’tite Belgique natale.

J’avais pas d’amis icit, pas de cousins, pas de parenté; Mes frères étaient trop vieux pour jouer avec moé pis mes parents trop occupés à travailler, à gagner leur vie. Faut dire qu’à cinq ans, les chocs culturels, on est pas bin bin équipé pour ça. Ça fait que j’me sentais seul, bin seul...

Quartier St-Michel école St-Damas

Mes premiers jours dans’l’quartier furent plutôt difficiles; J’avais peur d’ approcher les enfants d’mon âge, je parlais pas comme eux, pis j’t’rouvais qu’y parlaient mal; J’osais pas leur dire parce qu’y’étaient pas mal sensibles pis gros, bin gros...

Comme un pays au beau milieu d’un autre pays…

Ça fait que, j’me sentais différent, bin différent…

L’école St-Damas était toute grise, un bloc de béton carré, bin carré…

J’me souviendrai toujours d’mon premier jour d’école; Moman m’en avait pas parlée: J’étais pas vraiment prèt. J’avais six ans, pis j'savais pas qu’à m’ abandonnerait dans une classe pleine d’enfants que j’connaisais pas. Ce jour là, quand j’ai réalisé qu’à s’en allait, j’ai déchiré la chemise du prof qui essayait d’me retenir: La pauvre! j’lui ai quasimant arraché le bras…

Les enfants qui avaient vu étaient tout aussi traumatisés que moé: p’tête plus…

Heureusement, la récréation pis ses jeux me firent oublier mon manque de préparation, de dépaysement. À six ans j’étais pas dès plus bavards mais c’ était pas le cas de mes nouveaux copains; Citron que j’ai dont eu d’la misère à les comprendre mais le plus drôle dans tout’ça c’est qu’eux autres y comprenaient toute ce que j’leur disais: Non mais, parfois, c’est tu assez frustrant d’être comprit quand, toé, tu comprends pas la motiée de ce qu’on te dit.

Ça fait que... tu te trouve niaiseux, bin niaiseux…

À chaque fois que j’mouvrais la trappe, j’avais l’impression qu’on riait de moé ou pire qu’on se moquait de mon accent. Le Belge, c’est comme ça qu’y’m surnommait pis j’aimais pas ça. Après toute, mes parents étaient italiens pis dans ce temps-là des italiens à l’école française y’en mouillait pas des tonnes. Batège! quand ils l’ont su y m’ont surnommé le Wops!

J’aurais du m’la fermer.

Ça fait que chus devenu comme muet pis triste et rêveur, bin rêveur…

Au fil des ans tout ce beau monde était devenu une espèce de grande famille pour moé. Je devais avoir entre huit et neuf ans pis j’comprenais pas que l’ amitié que j’portais dans mon cœur, c’était bin plus que d’l’amitié. Même si parfois on se moquait de moé pis de mon accent, mes p’tits amis j’les aimais gros, bin gros…

J’dois dire que même si la p’tit école à été une épreuve difficile j’en garde un bon souvenir. Au fait, j’me demande pourquoi les grands appellent ça ‘’la p’tit école’’ J’la trouve grande moé c’t’école-là!

Aujourd’hui la grande St-Damas à changée de nom maintenant faut dire ‘’ Léonard de Vinci‘’ un Wops celui-là, un vrai...

Tu parles d’un bandes d’ingrats toé! Après toute c’qui m’ont faite endurer y ’auraient pu la nommer par mon nom c’t’école. Faut dire que St-Nicodème ça sonne pas bin bin québécois mais Léonard de Vinci encore bin moins: Pis c’te mosus là y’a jamais mit les pieds au Québec, dans l’quartier ou dans l’ école…

Bah ! j’leur pardonne, un jour y’en nomeront p’tête bin une pour moé...

J’vous ai tu parlé des deux perles de mon enfance : mes deux ‘’professeuses’ ’ (elles avaient de belles p’tites fesses toutes rondes) Madame Bienvenue pis sa fille. Je me demande bin ce qu’elles sont devenues aujourd’hui? Bin non pas leurs fesses! J’aimerais ça leur dire toute l’affection pis la gratitude que je leur voue pis pas juste à cause de leurs fesses mais plus à cause d’leur accueille, d’leurs sourires pis d’leur amour pour les enfants…

Un jour, Madame Bienvenue (mère) s’est aperçue que mes compagnons de classe me bombardaient de toute sorte de noms comme Nico-dinde pour Nicodème et LaMarde pour Camarda, vous savez, à la longue, on s’y habitue. Ce jour là, Madame Bienvenue m’a demandé de me lever pis d’me tenir dret devant la classe, pis à m’a demandé comment je m’appelais:

– Nicodème Camarda !? que je lui ai répondu tout étonné…

Ensuite, Madame Bienvenue s’est adressé à la classe en lui demandant de ne pas l’oublier pis qu’elle voulait pas entendre d’autre nom que le mien lorsqu’on m’adressait la parole ou qu’on parlait de moé.

La classe est resté silencieuse un moment pis moé aussi; J’ai bin essayé de retenir, de cacher, les larmes qui me trahissaient mais ces idiotes étaient trop profondes pour être contenues. Pis tout doucement, avec tendresse, affection, Madame Bienvenue m’a serré dans ses bras. Vous savez, les sanglots qui s’en suivirent, j’savais pas d’où y venaient mais Madame Bienvenue elle, elle le savait...

Madame Bienvenue qu’elle professeur extraordinaire, quel être exceptionnellement humain, généreux, compréhensif…

Aime le Souverain
Nicodème Camarda
21 octobre 2002


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