..où es tu jeune femme..?

3001 Odyssée de la Terre

Nous sommes un : les survivants in vitro du génome humain. Nés dans l’apesanteur de l’espace notre corps est sur Terre. Nous avons une entaille au front qui saigne et notre souvenir est disparate. Nous avons oublié pourquoi nous sommes ici : la raison de notre présence. Nous avons une mission à accomplir, mais laquelle ? Nous nous souvenons d’un désastre : la fonte des pôles, l’effet de serre. Nous avons aussi la mémoire d’une station orbitale, d’une rentrée en atmosphère, d’un amerrissage forcé et d’une femme... Nous perdons beaucoup de sang et dérivons dans cet océan blessé à mort ; le gène mouillé, souillé, honteux. Ève n’a pas survécu à l’écrasement : nous pleurons sa perte et l’univers aussi. La Genèse anticipée n’aura pas lieu. Ève n’est plus et, nous voici : embryon inutile d’un monde émondé. Réfugié dans l’éther d’un calcul artificiel ; Nous cherchons à comprendre mais, notre cerveau nous refuse toute explication logique.

En désespoir de cause, notre alvéole de survie est devenue radeau d’infortune. De l’éprouvette à l’alvéole, de l’alvéole au radeau, le gène est dans le cercueil. Plus nous ramons et plus nous l’enfonçons dans le bitume d’une mer maudite : géhenne qui paralyse tous nos efforts, nos espoirs de régénérations. Nous sommes dans le pétrole jusqu’au cou. Tels les Ulysses d’un univers à l’agonie, nous recherchons la terre d’un organisme vivant, mais rien : Ève est morte. L’odyssée d’un brin d’herbe nous rendrait heureux et la colère d’un quelconque Poséidon, nous rassurerait.

Nous sommes l’oracle d’une civilisation perdu. Le ciel est muet, pas un son, pas l’ombre d’une plume à l’horizon. Acide inanimé, le paysage qui s’offre à nos yeux est d’Hadès. Ici sont morts les dieux. Tout est détruit. Dans le fiel du génome qui a tout machiné, nous nous sommes embourbé dans l’allée simple d’un non-retour. Aujourd’hui, nous contemplons l’héritage du grand responsable : sous le ciel de l’homo industriel...

Le vent est lourd de conséquences et le soleil d’acier. Notre programme de survie s’épuise. Décrypté, notre ADN se déforme à l’infini : notre fin est imminente. D’altérations en mutations notre raison cingle de Charybde en Scylla. Nos forces nous abandonnent. Nous ramons mais, n’avançons plus. Notre homniscience n’avait pas prévu l’imprévu : les marécages de l’inconnu, les longitudes, les latitudes corrompues. L’oeil dilaté, la lèvre boursouflée, la langue infecte, la gorge fiévreuse, notre soif de vie se soûle d’inexistence : nous sommes au bord de l’extinction et nous pensons encore à Ève... La vie nous quitte, la mort nous sourit : nous entendons la voix d’un autre monde : nous prêtons l’oreille à l’au-delà ; la voie persiste : existe... Notre coeur bat des records d’arythmies : d’inconsciences ; le chant de la sirène se fait d’instinct : Climax génétique ? Chant du cygne de la Terre ?

Esprit de l’univers ! Souffle des temps !

Où sont passés fleuves et rivières,
Esprit de l’atmosphère ! Souffle des vents !
Où est la glèbe de mes enfants ?

Esprit terrestre ! Essences sylvestres !
Où sont nos mers ? Où sont nos paires ?
Esprits des Celtes ! Essences des Druides !
Où sont nos forêts et leurs fluides ?

Esprit des steppes ! Jardins sans fin !
Blondeurs des blés ! Couleurs des prés !
Où est l’ébène ? Où est l’Éden ?
Où est la vigne ? Où est le vin ?
Où sont sèves, semences et pins ?

Règne végétal ! Règne animal !
Où est le gène original ?
L’élixir virginal ?

Esprit des Flore ! Souffles des Faunes !
Que sont devenus le Charme et l’Aulne ?
Brises Matinales ! Bises Champêtres !
Que faisait l’Érable au sein de l’Hêtre ?

Esprit de l’aire de la lumière !
Qu’on fait les hommes !
Où est mon Cèdre où est mon Orme ?

Essences des bois ! Parfums des breuils !
Où sont Roses et Chèvrefeuilles ?
Esprit des Cimes ! Faîtes des Au-delàs !
Où sont Cyprès et Séquoias ?

Aurore Primale ! Souffle Boréal !
Où est mon Frêne ? Où est mon Chêne ?
Où est le Gui ? Où est le Houx ?
Où est le Sel ? Où est la Vie ?
Où est le Celte ?
Où sont les Druides et leurs Magies ?
Où est le Houx ? Où est le Gui ?
Le Houx et le Tout de nos Vies ?

Aime le Souverain
Nicodème Camarda
9 février 2001


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