7 janv. 2021 | Rencontres, Audios, Vidéos, 2001 à 2005, Débats de Souverains

Je est un autre

Se mettre dans la peau d'un autre pour retrouver sa peau!

Le grand jour, de la prison à l'Odéon
(Extrait)


Tu quittes ta cellule
Tu traverses les couloirs
Tu salues tes amis
Tu leur dis " à plus tard "

Tu n' quittes pas Bordeaux
Du moins pas encore
Tu t’évades dans les mots
devant un rideau noir

Ta vie est un roman
Ta vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que tu te me poses
en vers et en proses
Je te salue public
Et je vous plaide leur cause

Bienvenue parmi les Souverains anonymes

"Je est un Autre" est une citation du poète Arthur Rimbaud. Le grand comédien Louis Jouvet en a fait une devise pour son théâtre.Dans mon projet, je voudrais en faire un exercice théâtrale au service de la réhabilitation. Un détenu participant à l’atelier sera invité à parler de lui à la troisième personne. J'inviterais les participants à créer des textes dans lesquels ils jouent leurs propres rôles mais en faisant du Je un Autre. Le but est de les amener à prendre un recul sur leur réalité. Une façon artistique de contempler son reflet mais avec la distance appropriée que procure l’art dramatique. Dans un processus de réhabilitation, une distance salvatrice est nécéssaire. Cet exercice de lucidité peut s’avérer salutaire. Je l’ai déjà expérimenté plusieurs fois dans le passé avec les Souverains, notamment dans une quinzaine de court-métrages. Cette fois, je veux me concentrer sur un moyen purement théâtrale. Quelques comédiens professionnels participeraient volontiers au projet.

Dans le documentaire français "Le grand jour, de la prison à l'Odéon" (Voir extrait ci-haut), le metteur-en-scène Sylvie Nordheim mène une expérience originale auprès des détenus d'une prison parisienne. Elle a réussi à les mettre sur une vraie scène, devant un vrai public avec une création collective signée par tous les détenus participants. Le résultat est fantastique et l'accueil du public est aussi chaleureux qu'encourageant. Ces détenus ne deviendront pas nécessairement des comédiens professionnels, mais ce processus de création a révélé le meilleur en eux. Ils en témoignent eux-mêmes. Dans l'entrevue qui suit le documentaire, un ancien directeur de prison affirme que la culture doit entrer en prison pour émanciper la personne incarcérée.

"Souverains anonymes, c'est la culture qui entre en dedans" a écrit un jour la journaliste Ariane Émond. Et si la culture prenait cette fois le chemin du théâtre ?

Mohamed Lotfi

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