14 déc. 2017 | Rencontres, Vidéos, 2016 à 2020, Débats de Souverains

Serge Bouchard

" j’ai compris ce que c’est l’anthropologie le jour ou je vous ai entendu à la radio parler du petit pénis de Donald Trump''

Version complète!

Violence coloniale envers les autochtones!

Je quitte ma cellule

Je traverse les couloirs
Je salue mes amis
Je leur dis " à plus tard "

Je n'quitte pas Bordeaux
du moins pas encore
je m’évade dans les mots
et la musique des noirs

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me pose
en vers et en proses
Je te salue homme de parole
Et je te plaide notre cause

Serge Bouchard

Bienvenue parmi les
Souverains anonymes

1- Monsieur Bouchard, je suis Lync-Adams, mais comme tous mes amis, appellez-moi Caspy! C’est un plaisir, que dis-je, un honneur et un privilège de vous recevoir à notre château. Avec tous ce que j’ai vu, entendu et lu de vous en préparant cette rencontre, j’ai l’impression de vous connaître depuis toujours. Vous êtes anthropologue, écrivain, chercheur, homme de radio et surtout un ami, un grand ami, du peuple rieur, les innus (À ne pas confondre avec les innuits). Depuis 50 ans, vous défendez la cause des peuples oubliés, ceux que les John A. Macdonald et les Amhurst de ce monde, ont voulu jeter dans la poubelle de l’histoire. Vous défendez le droit à la dignité et au respect des premiers habitants de ce continent, ceux qu’on appelle aujourd’hui les Premières Nations. Déjà, adolescent, en regardant des films de cow-boy, toi tu prenais toujours pour les peaux rouges. Vers l’âge de 20 ans, alors que les jeunes de ta génération rêvaient de partir en Europe ou aux Etats-Unis, toi tu rêvais de voyager dans le nord chez les Montagnais. Un rêve que tu as réalisé. Depuis 50 ans, tu es l’ami du peuple rieur (titre de ton dernier livre), les innus, à ne pas confondre avec les innuits! Avant de te poser ma première question, j’aimerais te présenter une chanson que j’ai créée en m’inspirant de ton intervention à la Commission des Relations avec les peuples autochtones. J’ai invité l’artiste rappeur Emrical pour la chanter avec moi et voici ce que ça donne : (projection vidéo)

En écoutant ton intervention à la Commission des relations avec les peuples autochtones, je me suis dit que les abénaquis, les hurons, les montagnais, les cris, les mohwaks, les algonquins de ce pays ne pouvaient espérer meilleur avocat pour défendre leur cause. Mais une question me taraude : Pourquoi un blanc de l’est de Montréal se sent concerné par le sort des hommes rouges ? Pourquoi il les défend avec autant de cœur et de vigueur ?

2- Bonjour Monsieur Bouchard, je m’appelle Kevin. Avec mes amis Souverains, nous avons regardé plusieurs heures de votre intervention à la Commission sur les relations avec les peuples autochtones. Si tous les québécois pouvaient t’écouter attentivement comme nous l’avons fait, je suis sûr que beaucoup changeraient leurs regards sur les vrais Souverains d’Amérique. En tant que citoyen, appartenant à une minorité qui subit encore du profilage racial, je suis sensible à la cause des autochtones, je suis sensible à toutes les victimes du racisme, du mépris. Mais contrairement à toi, je n’ai pas passé 50 ans de ma vie à lutter contre le racisme. Toi à 14 ans, tu as trouvé ta voie, tu savais que tu voulais être anthropologue. Moi à 21 ans, je cherche encore ma voie.. Mais je suis content de rencontrer un homme aussi inspirant. Je n’ai pas encore trouver ma voie, mais j’ai une voix, une voix qui parle, une voix qui chante.. Une voix qui veut donner vie aux barreaux de ma prison. (Kevin chante).

3- Bonjour Monsieur Bouchard, je m’appelle Sylvain. Je viens de Valdor, je suis métis, Roméo Saganash est un de mes proches.. J’ai vécu longtemps à côté d’une réserve. Je rêve que les réserves du Canada vont disparaître de mon vivant. Votre travail d’éducation et de sensibilisation sur les peuples autochtones est en train de donner fruits. On assiste à tout un mouvement qui remet en question notre perception des peuples autochtones. Au moment où on se parle il y a une commission d’enquête sur les assassinats mystérieux de 1200 femmes autochtones. Nous avons été témoin des larmes du Premier Ministre du Canada en train de demander pardon à tous les hommes et femmes qui ont subit de l’homophobie dans l’armée canadienne. Ma question est simple. Crois-tu sérieusement que Trudeau le fils va réparer les erreurs du Trudeau le père sur le dossier des Premières Nations..? De quelle façon les amérindiens pourront devenir des citoyens à part entière en payant leurs taxes comme tout le monde mais tout en respectant leur us et coutumes et surtout leurs territoires..? Demander pardon c’est un premier pas! Autrement dit, Justin va t-il un jour pleurer de chaudes larmes en demandant pardon aux Premières Nations pour tous les crimes dont ils ont été victimes ?

4- Bonjour Monsieur Bouchard. Je m’appelle Brandon. Je vous avoue que je fais partie des gens qui ont porté longtemps beaucoup de préjugés sur les amérindiens. Moi aussi j’ai longtemps pensé que les amérindiens sont des perdants, devenus des alcooliques, des suicidaires et qu’il y avait rien à faire pour les intégrer dans la société. En vous écoutant, j’ai appris combien nous sommes redevables à ces peuples riches par leurs différences, combien ils ont beaucoup contribué au développement du Canada. J’ignorais totalement les persécutions qui ont marginalisé ces peuples. Moi, je suis originaire de l’Amérique latine. Mes ancêtres sont espagnoles. J’ai envie de dire aux Premières Nations du Canada, défendez-vous, défendez-vous, défendez-vous, je suis avec vous!

5- Bonjour je m’appelle Suarez. Chez-moi au Venezula, il y a 23 nations autochtones. Il n’existe aucune réserve. Les Yanumami, les Yecuana et les autres ont droit à des territoires amazoniens pour pratiquer leurs traditions. Croyez-vous que le Canada a beaucoup de leçons à apprendre de plusieurs pays d’Amérique latine ?

6- Bonjour Monsieur Bouchard. Je m’appelle ZineAlabidin qui veut dire en arabe le plus beau des esclaves de Dieu. Mais devant toi aujourd’hui, je ne me sens pas esclave. Je me sens libre de parler d’un sujet important. Le pardon. Je viens d’un pays qui a connu pendant dix ans la guerre civile : J’ai été témoin de choses horribles. Des hommes ont tué des femmes et des enfants innocents. Mohamed m’a demandé est-ce que j’arrive à pardonner aux terroristes leurs crimes. J’ai répondu. Je ne peux pas pardonner des choses impardonnables. Je laisse à Dieu le soin de les pardonner ou pas. Moi, peut-être un jour je serai capable de pardonner. Peut-être qu’un jour Dieu va me donner la force de pardonner. Mais je ne pourrais jamais oublier. D’ailleurs, personne ne devrait oublier les horreurs de l’humanité pour ne pas les reproduire. Chaque jour, dans mes prières, je demande à Dieu de me pardonner et de pardonner à l’humanité entière. Le pardon est un chemin vers la paix. Puisque vous êtes un grand connaisseur des peuples autochtones, je me demande si un amérindien canadien est capable de pardonner à l’État canadien toutes les injustices qu’il a subit ?

7- Bonjour Monsieur Bouchard, je m’appelle Ronald. J’aurais tellement aimé être présent à cette rencontre. Je voulais pas partir avant de vous laisser un petit témoignage. Au moment où vous regardez ces images, je suis sûrement en train de conduire un camion. Un camion dont les yeux ne sont pas tristes. Un camion qui a encore beaucoup de chemin à faire, des payages à admirer, des terres à explorer, des hommes et des femmes à embarquer, des parkings de motels pour se reposer. Un camion qui a encore beaucoup d’amour à donner. Un camion qui me mènera au sud. Là où je vais me refaire la peau. Là où je vais retrouver ma couleur.. Mon cher Serge, tu viens de remporter le prix du Gouverneur Général pour ton livre « Les yeux tristes de mon camion ». J’ai ton livre entre les mains. Comment ne pas aimer un livre qui commence avec ces phrases : «Tu donneras vie aux barreaux de ta prison, tu t’évaderas par la fenêtre ouverte de ton imaginaire, rien ne peut t’empêcher de te recueillir devant une pierre humide, devant une clôture de broche, rien ne t’interdit de résister jusqu’au dernier coup d’œil.. ». Ces mots me vont droit au cœur parce que je les entends. C’est de moi que tu parles Serge. Si je résumes ces mots Serge, tu es en train de me dire : Tu as été un jour Souverain à toi de le rester pour toujours.. Est-ce que je me trompe Serge ?

8- Bonjour Monsieur Bouchard, je m’appelle Gérard. Nous sommes de la même génération, je vous connais. Je connais surtout votre voix. Reconnaissable parmi mille et une voix. À ta voix, j’ai envie de rendre hommage. Elle est d’abord musicale, un peu théâtrale, souvent, elle est magistrale.. Ta voix faite pour dire les choses importantes, pour révéler la beauté du monde, pour raconter l'histoire des remarquables oubliés. C’est fou, fou, fou combien cette voix est chaleureuse, humaine, radiophonique. Dans ta voix, tu deviens l’autre tout en restant toi-même. Merci d’être et de rester ce que tu es : L’unique, le magnifique, le beau et le remarquable Bouchard.

9- Monsieur Bouchard, j’ai compris ce que c’est l’anthropologie le jour ou je vous ai entendu à la radio parler du petit pénis de Donald Trump. J’ai compris ce jour-là que l’anthropologie c’est comprendre l’histoire de l’homme dans tous ses aspects. Souvent c’est à partir de petites tailles des détails de l’homme qu’on peut comprendre par exemple pourquoi a inventé le racisme, pourquoi il veut gardé Jérusalem pour lui tout seul... Je suis très sensbile au racisme. Cela me concerne particulièrement, mais je ne connaissais pas Gobino, cet intellectuel français qui sépara les hommes en trois races, les noirs étaient en troisième rang et les amérindiens n’en faisait même pas partie. Gobino les considérait comme un résidu de la race humaine. Je voulais juste vous dire MERCI de m’avoir fait comprendre que j’étais un anthropologue qui s’ignore.

Comme vous Monsieur Bouchard, moi aussi tous les humains sont mes frères! Même les roux.. Je vous remercie infiniment de nous avoir fait l’honneur de votre présence et de vos paroles. Au nom de tous mes camarades, je vous déclare Serge Bouchard Souverain anonyme.

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«Tu donneras vie aux barreaux de ta prison, tu t’évaderas par la fenêtre ouverte de ton imaginaire, rien ne peut t’empêcher de te recueillir devant une pierre humide, devant une clôture de broche, rien ne t’interdit de résister jusqu’au dernier coup d’œil. […] L’humain, au temps où il avait les yeux ouverts, a toujours vu les mille facettes d’une chose, les mille sens d’un mot, les mille visages des bêtes, les mille couleurs d’une plante, ainsi que les liens mystérieux qui unissent le fer à l’étoile, le brouillard à l’arbrisseau, la montagne à la mort, la mort au corbeau et le mélèze à l’enfantement. » Extrait, Les yeux tristes de mon camion.

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Connaissez-vous Massassoit, le vieux sage de la nation wampanoag, Jean-Baptiste Faribault et Jean Baptiste Eugène Laframboise, ces aventuriers canadiens-français qui ont bâti l’Ouest américain, ou l’oncle Yvan, revenu de la guerre alors que plus personne ne l’attendait, ou la tante Monique de Santa Monica ? Saviez-vous qu’une vieille Honda était douée de la parole, qu’une grande tortue sacrée vivait sur le boulevard Pie-IX, qu’un camion des années 1950 avait des yeux, et que ces yeux pouvaient parfois être tristes ? Voilà quelques-unes des merveilles que l’on découvre ici, ainsi que mille autres, grandioses ou infimes, lointaines ou familières, cachées dans le passé que nous avons oublié, chez les humbles que nous n’écoutons plus, ou bien là, tout près, dans la nature qui nous entoure comme dans la ville que nous habitons, mais que notre modernité trépidante et notre obsession de la vitesse et de l’efficacité nous empêchent de saisir. Car pour les saisir, écrit Serge Bouchard, l’humain doit avoir « les yeux ouverts », c’est-à-dire des sens, un cœur, une intelligence et une mémoire capables de reconnaître la beauté secrète des choses, les joies et les souffrances quotidiennes qu’apporte à chacun, et particulièrement aux humiliés de ce monde, le simple fait de vivre, d’aimer, de vieillir. Après C’était au temps des mammouths laineux (2012), voici de nouveau une trentaine de petits essais écrits avec cet art qui est la marque unique de Serge Bouchard, le timbre même de sa voix : un art qui est à la fois celui de l’anthropologue, nourri par une attention passionnée aux visages et aux récits inépuisables des humains, et celui du poète, confiant dans les pouvoirs révélateurs de l’imagination et du langage.

Né à Montréal en 1947, Serge Bouchard est anthropologue, auteur et animateur, il communique sur toutes les tribunes sa passion pour l’histoire des Amérindiens et des Métis, pour la nordicité, pour l’Amérique francophone. Diplômé de l’Université Laval (1973) et de l’Université McGill (1980), son mémoire de maîtrise portait sur le savoir des chasseurs innus du Labrador alors que sa thèse de doctorat décrivait et analysait la culture des camionneurs au long cours dans le nord du Québec. Au terme de ses études, il a œuvré dans les domaines de la formation interculturelle, de l’environnement, de la justice, de l’ethnohistoire et de la culture des métiers. Entre 1987 et 1990, il a dirigé les services de recherche en sciences humaines de l’Institut de recherche en santé et en sécurité du travail du Québec. De 1990 à 1996, il a été conseiller en management et organisation du travail auprès de l’armée française. Tout au long de sa carrière, il a réalisé des études de terrain sur la Côte-Nord, au Labrador, au Nunavik, à la baie James et au Yukon.

Écrivain, Serge Bouchard est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont L’homme descend de l’ourse, Mathieu Mestokosho, chasseur innu et C’était au temps des mammouths laineux. Ses deux derniers livres, Elles ont fait l’Amérique et Ils ont couru l’Amérique – un projet de trois tomes en collaboration avec Marie-Christine Lévesque – explorent l’envers de notre histoire. En outre, l’auteur signe chaque mois la chronique Esprit du lieu dans la revue Québec Science et collabore de façon régulière à L’Inconvénient, une revue de littérature, art et société.

Homme de radio, Serge Bouchard a animé à Radio-Canada Première des émissions phares telles que De remarquables oubliés, Une épinette noire nommée Diesel et, durant seize ans, Les chemins de travers. Il coanime à présent l’émission C’est fou, tous les samedis soir, en compagnie de Jean-Philippe Pleau. Communicateur de grand calibre, Serge Bouchard donne également des conférences depuis une trentaine d’années devant des publics variés, au Québec et partout au Canada, aussi bien sur les réalités des peuples autochtones que sur nombre de sujets philosophiques et d’actualité qui préoccupent notre monde.

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