2023-12-21 | Rencontres, Vidéos, Débats de Souverains, 2020 à 2025

Mélissa Lavergne

À force d'imaginer l'Iroko, il a fini par se dresser au milieu de ma cellule

Intégrale de la rencontre

Je quittes ma cellule

tu traverse les couloirs
Mes salue mes amis
Je leur dis " à plus tard "

Je n' quitte pas Bordeaux
ce n'est pas un drame
tu m’évade dans les mots

et les yeux d'une femme

Ma vie est un roman
Ma vie est une chanson
Qui en est l'auteur
c'est toute la question

Des questions que je me poses
en vers et en proses

Je te salue belle et brave femme
Et je te plaide notre cause

Mélissa Lavergne
Bienvenue parmi les Souverains anonymes

1- Bonjour Mélissa, je m’appelle Peter. Comme on dit, jamais deux sans trois. Tu es au Souverains anonymes pour la troisième fois. Mais cette fois, tu es avec nous comme écrivaine. Ton premier roman l’Iroko a été publié il y a un an. Mais avant d’en parler, si tu permets Mélissa, j’aimerais d’abord te faire une petite déclaration… d’amour! Moi Peter, si je devais diriger un festival de musique haïtienne, c’est à toi que je ferais appel pour être une porte-parole.

Mélissa Lavergne, D’après mes recherches, tu es devenue une africaine de coeur. Depuis ta tendre jeunesse, tu pratiques les percussions de l’Afrique de l’ouest, des caraïbes, de Cuba et d’autres rythmes du monde. Ta peau est blanche, tes yeux sont bleus, mais ton coeur bat au rythme du royaume mandingue, celui qui existe encore musicalement et culturellement en Afrique de l’ouest, qui s’étend du Haut-Sénégal au Haut-Niger, en passant par Guinée Conakry, là où tu as un atterri un jour pour consacrer ton lien éternel avec l’Afrique. Un voyage initiatique qui a laissé en toi des marques profondes. De ce voyage, tu as approfondis ton ouverture à l’autre. De ce voyage tu as appris que « JE EST UN AUTRE ».

Durant ce voyage de plusieurs semaines en Afrique, tu n’habitais pas dans une chambre d’hôtel cinq étoiles. Non, tu as vécu le quotidien des africains pauvres! Tu as partagé leur pain et leur ris! Tu as écouté la parole des djembéfola (Les maîtres du djembé). tu as même goûté à certains regards hostiles. Tu as vécu ce voyage comme un rituel initiatique. Après une telle épreuve, désormais, plus personne ne peut t’accuser d’appropriation culturelle. L’Afrique appartient aux africains, mais elle appartient aussi à tous ceux et celles qui, comme toi, l’ont tatoué dans leurs coeurs. Voilà pourquoi, je n’aurais aucun problème à te nommer porte-parole d’un festival de musique haïtienne, cubaine, dominicaine ou africaine! Voilà, c’était ma déclaration d’amour!

Passons maintenant à la première question: Comment vas-tu Melissa?

2- Bonjour Mélissa, je m'appelle Ronald. Laisse-moi te dire d’abord MERCI de m’avoir permis de voyager avec toi en terre africaine à travers ce premier roman qui raconte ton premier voyage dans le continent de mes ancêtres.

Évidement, c’est l’auto-fiction, une forme de littérature dans laquelle l’auteur devient un personnage du roman. Cela suppose de savoir lire entre les lignes. La fiction se confond avec la réalité et la réalité devient fiction. Martine c’est toi et en même temps ce n’est pas tout à fait toi. J’ai déjà lu Martine à la plage. Ici, Martine est en Afrique de l'ouest! Précisément en Guinée Conakry. Après une rupture amoureuse, Martine part le plus loin possible pour guérir de cette peine d’amour. C’est là où je note un point commun avec Martine, ton alter-ego.

À chaque fois je reviens à Bordeaux, c’est pour guérir d’une femme. À 56 ans, je peux le dire avec conviction que les femmes ont été la source de mes bonheurs et aussi la source de mes malheurs. Je suis comme Martine de ton roman, après une rupture amoureuse, je me trouve désemparé, perdu, je perds un peu mes repères! Probablement tout cela a un rapport avec mon lien fusionnel avec ma mère. Mais on est pas ici pour faire ma psychothérapie.

Revenant à Martine, ton alter-ego. Ce qui m’a intéressé dans ce roman c’est la façon avec laquelle, elle essaye de guérir de sa rupture. Il y a même un moment dans ton roman ou elle se laisse charmer par Aboubakr.. L’histoire ne dit pas si Martine est allée au bout de cette tentation, guérir d'une peine d'amour par une aventure amoureuse. Mais si je lis bien entre les lignes, je crois que oui. Tant mieux pour elle. Si cela a pu l’aider à tourner la page.

Question: Mélissa: Est-ce que ce voyage en Afrique t’a aidé à tourner une page de ta vie ou a ouvert une nouvelle ?

3- Bonjour Mélissa, je suis David. Merci d'être avec nous. Moi aussi, j'ai été accompagné de ton roman pendant une semaine. Je l'ai lu de la première à la dernière page.

Je retiens de ton roman L’Iroko que tu as vécu un Choc culturel durant ton premier voyage en Afrique. Je te rassure tout de suite. Moi, j’ai quitté le Cameroun à l’âge de 6 ans pour la France et à chaque retour, je vis moi aussi un choc culturel. Après trois jours, je commence à réaliser à quel point je suis devenu français. C’est juste normal.

La différence avec toi peut-être c’est que moi, je ne vis pas le choc d’une façon aussi brutale. Quand le douanier me demande de l'argent, je ne discute pas. Parfois, je lui donne avant même qu'il ne le demande. Je sais que le douanier camerounais n'a pas le même salaire que le douanier camerounais.

Avec le temps, j'ai finis par vivre les différences culturelles entre la France et le Cameroun comme un enrichissement. Je reviens du Cameroun toujours grandi. Le pays n’est pas aussi moderne que la France, mais il n’est pas moins riche.. D’ailleurs si les pays africains n’étaient pas si riches, les pays européens comme la France n’auraient pas colonisé l’Afrique. Ils n’auraient pas exploité ses richesses..

Dans ton livre, la richesse africaine que tu mets en avant, c’est la musique. J’ai interprété ce voyage en Afrique, malgré les épreuves, malgré le choc culturel, comme une façon de ta part de rendre hommage à ce continent souvent humilié, méprisé, mal connu.

Mais avant que tu ailles vers l’Afrique, l’Afrique était venue vers toi, par la musique. Je veux savoir, est-ce que l’expérience d’écriture de ce livre t’a rendu plus en paix, pas seulement avec l’Afrique, mais avec toi-même aussi ?

4- Bonjour Mélissa, je suis Mickael. Je profite de ta présence pour lire un petit poème que j’adresse à ma bien-aimée Maggie.

L’amour m’attend à ma sortie

Je ne dormirai plus seul au lit

Toi et moi, une combinaison parfaite

J’ai hâte de ne plus avoir frette.

Il est écrit au ciel, notre futur

Je l’ai gravé sur le mur

Je me vois déjà père de nos enfants

Des mini-toi, des mini-moi, grandissants

À chaque visite, je me retiens de t’embrasser

Tu me quittes, je reste seul et embarrassé

Seul l’espoir de partager ta couche

Calme mon désir avant que je me couche

Je te promet que je serai l’homme de ta vie

Tes parents m’aimeront à la première vue

Tu es la preuve que l’amour existe encore

Comme une sorcière, tu m’as jeté un sort

Je serai aussi l’homme de ta cuisine

Tu goûteras à mes recettes de Chine

L’Inde ça sera pour soigner nos âmes

Nous marcherons en haut de la haute-montagne

Tu es une femme courage, femme de terre

Ma confiance en toi est entière

Tu es celle que j’attendais, ma destinée

Tu m’as guérie de choses que je n’ose exprimer

Toi et moi, nous portons des plaies

Le bonheur, personne ne nous pas donné ses clefs

Sur ma route, il fallait que tu passes

D’un simple regard, nous avons composé un mot de passe.

Bientôt, c’est la fin de mon exil

Bientôt, toi et moi sur une île

Ma bien-aimée, ma dulcinée, Maggie,

La vie est belle depuis que tu es dans ma vie!

5- Rebonjour Mélissa, c'est encore Peter. Ton livre a été mon compagnon de cellule pendant une semaine. Pendant une semaine, j'étais ailleurs, quelque part en Afrique, sous un soleil ardent, autour de moi, il y avait Aboubakr, ….

J'entendais leurs chicanes, leurs rires, leurs frustrations et leurs joies. Je te voyais aussi avec ton djembé au milieu de cette cours. Malgré les regards sévères du grand maitre, tu étais en communion avec ces hommes qui font trembler le sol par leurs mains battantes. Tu les as suivi sur le chemin mandingue, là où les cœurs battent à l'unisson! Sur ce chemin, tu as appris à suivre ton cœur! Tu as appris le dépassement de soi! Et depuis, tu ne cesses de te dépasser, malgré les embuches et les obstacles.

L'Iroko c'est le titre de ton roman. C'est aussi le nom d'un arbre africain sacré. À force d'imaginer cet arbre, 45 mètres de hauteur, 150 centimètre de diamètre, il a fini par se dresser au milieu de ma cellule. Un arbre africain au milieu d'une cellule de prison dans le nord d'une ville du nord. C'est ça le miracle d'un livre. Il rend possible l'évasion, le voyage, la musique. Ton livre a rendu possible une chaleur africaine dans un froid nord-américain. Il m'a appris aussi que parfois, il faut aller loin pour se séparer d'un proche. Toi, t'es allé en Afrique, moi je suis venu à Bordeaux. À chacun son voyage. Tous les voyages mènent en Afrique, berceau de l'humanité. Nous avons souvent chanté l'Afrique ici à Souverains anonymes. Écoute ce poème Mélissa et accompagne-moi stp :

Si j’étais une danse, je serais la danse d’une couleur

Celle qui me rappelle d’où je viens

Celle qui donne à mon sourire l’éclat du jour, la fierté des miens !

Ma couleur n’est pas un déguisement pour amuser les citoyens

Ma couleur, c’est la danse du soleil sur chaque Africain

Chaque Ivoirien, chaque Congolais, chaque Haïtien chaque Nigérien, chaque Sénégalais ou Mauritanien

Chaque Somalien, chaque Égyptien,

chaque Maghrébin chaque Antillais,

chaque Jamaïcain, chaque québécois, chaque être humain!

Les miens sont sous-représentés dans les grands médias

Surreprésentés en prison

Je ne danse pas la danse de la trahison

Je danse la danse des miens

Celle de Malcom et Martin

Ils se sont battus pour que moi, je danse la danse du soleil

Celle qui me rappelle d’où je viens, celle qui fait du bien

Ils disent œil pour œil, balle pour balle

Moi, je dis «danse pour danse» et j’ouvre le bal!

Mélissa et Kattam, à vous de jouer et à nous de vous applaudir!

6- Mélissa Lavergne, Merci d'être venue nous voir pour la troisième fois! Merci d'avoir écrit ce livre. Merci de continuer à voyager et à écrire! L'Iroko, c'est ton premier. Ça ne sera pas le dernier. Ton prochain, je le lirai dehors, j'assisterai à son lancement, en attendant, continue de nous éblouir par ton écriture, tes rythmes et ton sourire. Je remercie les deux personnes qui t'accompagnent aujourd'hui. Deux grands amis à toi. Kattam et Tina Maalaoui, .. En passant. J'aimerai bien que Tina soit notre prochaine invitée. Au nom de tous mes camarades, je te déclare Mélissa Lavergne Souveraine anonyme.

SA/ML 2023

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