2 sept. 2019 | Vidéos, Rencontres médiatisées, Reportages

Mohamed Lotfi

Texte: Jean Charbonneau. Ex-détenu et Souverain anonyme

Trois entrevues
Radio Canada

Pour Mohamed Lotfi, l’art semble être un jeu d’enfant espiègle dont la mécanique s’active tantôt sous la pulsion de la défense et de l’instinct de survie, tantôt sous celle du désir et de la passion.

Marocain d’origine, Québécois d’adoption, ancien danseur de ballet, à la fois peintre, cinéaste, journaliste, comédien, réalisateur, animateur à la radio, cajoleur-né, cet acrobate de l’art passe d’un tremplin à l’autre, sans cesse projeté par les ressorts de sa créativité dans le grand cirque de la vie.

En 1989, il dirigeait cette fois sa perche radiophonique pour franchir le mur de la prison de Bordeaux et se retrouver en milieu carcéral où, avec le concours des détenus, il parvenait à créer une série d’émissions radiophoniques communautaires qui font encore aujourd’hui de leurs auditeurs de vrais captifs.

Le 11 novembre 1990, Michel Mongeau, président des Gens de la radio, lui rendait hommage en lui remettant le Prix de la meilleure réalisation de l’année pour son émission radiophonique Souverains anonymes et pour « l’initiative qu’il a prise d’explorer l’univers carcéral dans un traitement radiophonique remarquable par la qualité des témoignages, la chaleur des musiques et le dynamisme des montages ». Durant les vingt-trois premières années, Souverains anonymes a fait le tour des radios communautaires du Québec. Quelques radios associatives et étudiantes, en Ontario, au Nouveau-Brunswick et même en France.

Sa « réussite en prison », Mohamed Lotfi la doit à son expérience du milieu des marginaux, source d’inspiration pour ses nombreux reportages, en particulier chez les sans-abri, les poètes maudits, les « assis entre deux chaises », les pro-Palestiniens, les psychiatrisés, enfin... les gens sans voix.

Grâce à quelques adeptes de la réinsertion sociale de l’administration de Bordeaux, Mohamed se voyait autorisé à recevoir des « gens bien » du monde artistique, politique, syndical et médiatique qui viendraient échanger hebdomadairement avec des « présumés bons à rien », détenus qui, grâce à cette heureuse initiative, prendraient désormais conscience de leur identité propre en reliant le réel à l’idéal et en s’élevant au-dessus de leurs problèmes particuliers et de leurs frustrations personnelles pour voguer sur les ondes de l’entendement humains.

Cesser de maux... dire. Et avoir son mot à dire.

C’est la formule que propose Mohamed Lotfi lorsqu’il enseigne à ses frères détenus à mettre leurs instincts d’agression au service de leurs instincts de vie, par l’entremise radiophonique du cri primal. Bravo !

C’est de l’art en barre !

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